Le 17 février 2006
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
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| Yves Frenette, historien, s’est intéressé à la correspondance chez les Acadiens et francophones aux XIXe et XXe siècles. Photo : Caroline Déchelette
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Écrire pour ne pas oublier
Par : Caroline Déchelette
Editeur : Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
Pendant longtemps, l’écriture a fait partie de la vie quotidienne. Prendre une plume et coucher sur papier ses états d’âme ou encore raconter sa vie de tous les jours n’était pas chose surprenante. Yves Frenette, professeur d’histoire au Collège universitaire Glendon à Toronto, s’intéresse au phénomène de la correspondance, véritable médium de communication entre les familles et les individus.
C’est dans le cadre de son travail sur la francophonie nord-américaine et sur les phénomènes migratoires que M. Frenette en est venu à s’attarder aux lettres. « On sait comment une personne s’est rendue d’un point A à un point D, mais on ne sait pas pourquoi elle est passée par B et C », a indiqué l’historien. Il a donc cherché à entrer dans l’univers mental des « gens ordinaires » (pêcheurs, cultivateurs, ouvriers). C’est dans les lettres qu’il a trouvé leur voix.
Aux XIXe et XXe siècles, les gens écrivaient du matin au soir. La lettre était centrale dans la vie de tous les jours. Ils y parlaient de leur vie quotidienne, de leurs sentiments. Souvent, il y avait un motif pour écrire qui n’était pas dit de façon explicite, mais qui sous-entendait un problème ou une question particulière. Par exemple en 1851, Cécile Melanson a écrit une lettre à son fils, Stephan, qui travaillait sur des bateaux aux États-Unis. Elle lui donne des nouvelles, mais le but réel de la lettre est de lui dire que sa santé et celle de son père vont mal et qu’il doit revenir pour s’occuper d’eux.
La lettre unissait une famille. Les migrants ont beaucoup écrit à leurs proches restés dans leur pays d’origine soit pour les inciter à les rejoindre, soit pour leur dire que tout allait bien ou simplement pour garder contact et maintenir les liens familiaux ou amicaux. Selon M. Frenette, au fil des lettres, il est possible de percevoir les changements qui s’opèrent dans la façon de se voir et de voir les autres. « On remarque également une évolution au niveau linguistique. On voit comment des gens sont passés du français à l’anglais. »
La plupart du temps, ce sont les femmes qui rédigeaient les lettres. Cela faisait partie de leur fonction de mère. M. Frenette a étudié la correspondance d’une femme sur plusieurs décennies. Elle écrivait aux diverses femmes de la famille. Il s’agissait d’un vrai réseau de correspondance entre femmes. « Au fil des lettres, il est possible de voir des changements au niveau des mœurs et de la façon de dire les choses. »
Plus les gens étaient instruits, plus la langue était belle. Chez les moins instruits, on avait des phrases plus simples et plus de fautes. Même les analphabètes écrivaient. Ils le faisaient par l’intermédiaire d’un autre. Il en était de même lorsqu’ils recevaient une lettre. « Cela siginifie que les gens savaient que la lettre serait lue par quelqu’un d’autre. Ce n’était donc pas quelque chose de privé. »
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, M. Frenette a vu d’un œil positif l’arrivée d’Internet. Selon lui, par la présence d’Internet, la génération actuelle s’est remise à l’écriture. Il est donc essentiel pour lui que, tout comme les lettres, les courriels soient imprimés et gardés. C’est important pour les historiens.
L’historien invite les Acadiens et francophones à garder leurs lettres. S’ils ont des questions, il leur conseille de se rendre au centre d’archives de leur région ou de communiquer avec lui par courriel à [email protected].
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