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Le 2 décembre 2005

Le Franco

André Boudreau : une vie bien remplie

Editeur : Le Franco

La francophonie canadienne est en deuil alors qu’un de ses grands, André Boudreau, s’est éteint, le 23 novembre dernier, à l’âge de 60 ans, perdant ainsi le combat qu’il menait contre le cancer. L’Acadien, qui était établi en Alberta depuis 1980, était considéré par plusieurs comme le père du « Congrès mondial acadien ».

Natif de Nigadoo au Nouveau-Brunswick, André Boudreau étudie à l’Université de Moncton où il obtient, en 1969, un baccalauréat ès arts en sociologie.

André Boudreau travailla au Nouveau-Brunswick, entre 1970 et 1980, année où malgré son amour inconditionnel pour sa patrie natale l’Acadie, il décide de la quitter pour déménager à Edmonton. À cette époque, tout en travaillant pour la United Brotherhood of Carpenters and Joiners of America, il fait du bénévolat pour diverses associations francophones. Il occupa, notamment, le poste de vice-président de l’Association des scouts et guides de l’Alberta (ASGA). Puis, à partir de 1984, il fut directeur de la section francophone de l’Association.

Quelques années plus tard, soit en 1987, il fonda la Société éducative de l’Alberta qui, au fil des années, est devenue une organisation reconnue tant par les anglophones que par la francophonie albertaine. C’est sous son patronage que la communauté francophone d’Edmonton se dote, en 1989, du premier centre culturel francophone; le Centre culturel Marie-Anne-Gaboury (CMAG) qui, par la même occasion, honore la mémoire de Marie-Anne Gaboury, la première femme blanche à s’installer dans l’Ouest canadien.

Aujourd’hui, plusieurs organisations occupent les bureaux du CMAG. Le mot d’ordre au Centre fut et sera partenariat alors que plusieurs contrats avec divers clients (Ressources humaines et Développement des compétences, Patrimoine canadien, Bureau des technologies d’apprentissage, Industrie Canada, Agence internationale de la francophonie, permettent au CMAG d’élargir ses horizons, que ce soit à l’échelle internationale (obtention en 1999 d’un cours de formation en entretien d’ordinateurs, à Yaoundé, au Cameroun et ouverture, en 2001, d’une première classe informatique au Campus de Yaoundé, grâce à la Société éducative) ou encore dans l’exploitation des technologies de l’information et des communications (trois réseaux d’apprentissage communautaire ont vu le jour grâce aux efforts d’André Boudreau, soit Tourisme branché, Être branché en français et La Famille de l’an 2000).

En plus d’avoir mis sur pied la Société éducative de l’Alberta, André Boudreau fut aussi fondateur et administrateur de plusieurs associations francophones, acadiennes et philanthropiques telles que la Fondation Centre culturel Marie-Anne-Gaboury Foundation, Tours Franco-Fun (tour opérateur/réceptif), Netour (guide touristique canadien sur Internet), la Société culturelle Mamowapik et la Société acadienne de l’Alberta (co-fondateur). La Société a aussi donné naissance à d’autres services qui ont marqué l’emploi de plusieurs francophones en Alberta comme Option Plus et Accès@emploi.

Au fil des années, André Boudreau aura été gestionnaire de plus de 50 contrats en développement des ressources humaines dans la communauté.

Néanmoins, l’oeuvre majeure de cet Acadien fier de ses origines est sans contredit la fondation (en 1988) et la présidence (1988-1995) du Congrès mondial acadien 1994. Du 12 au 22 août 1994, plus de 200 000 Acadiens participent au plus grand rassemblement jamais vu depuis la déportation des Acadiens en 1755. Cette première édition eue tellement de succès qu’en 1999, un deuxième Congrès mondial acadien a lieu en Louisiane (États-Unis) et un troisième s’est déroulé en Nouvelle-Écosse, l’an dernier. Pour cette 3e édition, environ 80 personnes, membres de la délégation du Centre culturel Marie-Anne-Gaboury, ont fait le voyage.

Sa dernière grande bataille aura été de se joindre à Warren Perrin, un avocat Acadien de la Louisiane, dans sa requête demandant des excuses officielles au gouvernement britannique face aux torts commis il y a plus de 250 années, soit la Déportation de 1755. André Boudreau a même célébré le 15 août 2000, jour de fête des Acadiens, à Londres alors qu’il s’est rendu au palais de Buckingham pour tenter de remettre une lettre en mains propres à la reine.

Ces démarches ont porté fruit puisque le 10 décembre 2003, le gouvernement fédéral a dévoilé la Proclamation royale instaurant le 28 juillet comme Journée de commémoration de la Déportation de 1755. Même s’il ne s’agissait pas d’excuses officielles, le gouvernement du Canada a tout de même reconnu les « faits historiques » et les « épreuves et les souffrances » causées par la Déportation, de 1755 à 1763.

Au cours de sa carrière, André Boudreau a reçu de nombreux prix prestigieux soulignant sa contribution au développement et à la promotion des francophonies canadienne et acadienne. En 1993, le Moniteur acadien élit André Boudreau au titre de «Communicateur de l’année» pour la région du sud-est du Nouveau-Brunswick. Puis, en 1994, l’Association canadienne-française de l’Alberta lui remet le prix d’excellence Eugène C. Trottier (visibilité), le remerciant ainsi pour les efforts consacrés à promouvoir l’épanouissement et la reconnaissance de la communauté francophone. Ensuite, en 1996, conjointement avec la Fondation Langelier, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui décerne à son tour le prix Séraphin-Marion dédié à la personnalité s’étant illustrée dans la communauté francophone hors Québec.

Deux certificats honorifiques sont également remis à André en 1997. Le premier, «Honneur au mérite», lui est décerné par Sheila Copps, alors ministre du Patrimoine canadien. Il reçoit aussi un certificat de reconnaissance de la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick et de la municipalité de Nigadoo pour sa contribution à la promotion et au développement de l'Acadie.

La reconnaissance ultime pour tout le travail accompli lui est rendue en avril 2000 alors que la Gouverneure générale du Canada le nomme Membre de l’Ordre du Canada : « Cet Acadien, fier de ses racines et établi en Alberta, se dévoue inlassablement au développement de la francophonie canadienne. Il est le fondateur et administrateur de plusieurs associations francophones, acadiennes et philanthropiques, dont la Société éducative de l’Alberta qui encourage les Franco-Albertains à s’orienter vers le marché de l’emploi francophone. L’oeuvre majeure de cet amoureux inconditionnel de l’Acadie demeure sans contredit la fondation et la présidence du Congrès mondial acadien, lequel a été choisi par l’UNESCO comme activité de la Décennie mondiale du développement culturel », est-il écrit.



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