Edmonton-
Pas nécessairement nouveaux, mais prenant une place de plus en plus importante à en juger par les réactions qu'ils provoquent, les programmes dits «spyware» sont devenus dans les années récentes le médium privilégié des annonceurs et des «marketeurs» qui oeuvrent sur Internet. Ces petits programmes sont souvent installés sur les ordinateurs à l'insu des usagers, ce qui amène certains spécialistes à assurer que près de la moitié de ceux qui «surfent le Net» de façon plus ou moins régulière sont en fait des détenteurs involontaires.
Les programmes en question, «spyware», «adware», «sneakware» et bien d'autres appellations encore, se sont répandus à un rythme infernal dans le courant des deux dernières années, en évoluant d'ailleurs bien plus rapidement que les logiciels qui les pourchassent et qui les délogent des disques durs dans lesquels ils sont ancrés. Originellement distribués ouvertement, dans le cadre d'offres pour des logiciels gratuits, ils sont devenus au fil des évolutions bien plus malicieux, du moins dans les mains de ceux qui n'ont aucun scrupule à certains égards; quelques-uns de ces programmes permettent en effet de rendre compte de certaines habitudes au chapitre du «surfing», et même du contenu des disques de ceux qui les hébergent. Et ceux-là deviennent de plus en plus difficiles à déloger, et même, en fait, à identifier.
Coupables habituels, et quand même pas trop dangereux, il y a d'abord et avant tout les programmes dits d'échanges de fichiers, au sein de réseaux «peer-to-peer», programmes tels Kazaa et Imesh, entre autres, qui sont distribués gratuitement avec le soutien de panneaux-réclames intégrés - d'où l'appellation «adware». D'autres, plus malicieux, sont intégrés aux fonctions d'installation, lesquelles réclament réponses à certaines questions (âge, sexe, niveau d'études, emploi, etc), puis font rapport régulier à leur «maison-mère» des activités de l'usager - d'où le terme «spyware». En volume, quand il s'agit de milliers d'usagers, les «maisons-mères» peuvent alors se livrer à de véritables sondages, en temps réel, sur les tendances de tel ou tel segment de population.
D'autres, pire encore, se greffent sur les disques durs au passage des usagers sur certains sites Internet, par le biais d'un codage HTML, le langage privilégié de l'Internet. Ces téléchargements en «drive-by» se font parfois avec le consentement des usagers, qui croient incorrectement que la procédure est nécessaire pour progresser sur le site visé. Mais souvent, ces téléchargements se font en arrière-plan, sans annonce aucune, d'où le concept de «sneakware». Plusieurs d'entre eux modifient alors les préférences de certains logiciels, avec des conséquences qui vont de l'embêtant au désastreux.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, rien de tout cela n'est illégal; et en fait, intégré aux fonctions des «x-wares» en question, il y a souvent, sinon toujours, des notices légales quant aux modes de service... lesquelles, par définition quand il s'agit de «sneakware», ne sont jamais lues. Entre-temps, les compagnies qui produisent des logiciels «anti-x», dont quelques-uns sont d'ailleurs distribués gratuitement, font des affaires d'or - évidemment, seule la version de base de ces logiciels est gratuite. C'est quand il s'agit de déloger les «sneakwares» malicieux, souvent «chevaux de Troie» (Trojan Horses), que les choses deviennent plus compliquées.
Mais les récents mois ont vu une recrudescence des hostilités; les producteurs de «x-wares» ont en effet développé de nouveaux moyens de s'infiltrer sur les disques durs des usagers. La dernière trouvaille: les BHO (browser helper objects), qui se greffent aux logiciels tels MS Internet Explorer et Netscape pour agir de façon intégrée, soit avec la présence d'une nouvelle barre à outils ou d'un bouton dit de recherche, par exemple. Ces «sneakwares» modifient les pages de sites favoris, de même que le site dit de base, pour ainsi ramener invariablement l'usager aux «sites-mères» de façon régulière, souvent en causant l'apparition de fenêtres secondaires sur l'écran.
Certains de ces nouveaux programmes ont des racines si profondes qu'il est extrêmement difficile de s'en débarrasser. Et même si l'on y parvient, il faut alors réinstaller les logiciels de «browsing» (Explorer et Netscape) rendus inopérables par le processus. Et ce n'est plus seulement les logiciels-browsers qui sont affectés par ces attaques; le codage HTML fait aussi partie intégrante des logiciels de courrier, tel Outlook. Et donc, un courriel mal intentionné, dit «spam», peut installer un des programmes malicieux, soit directement, ce qui est encore assez rare, soit en démarrant le browser pour amener l'usager au site «infecté».
Les précautions à prendre face à ces fléaux sont assez simples, quoiqu'elles ne garantissent pas une sécurité absolue. D'abord, il s'agit de s'assurer que le mode de sécurité du «browser» utilisé soit installé de préférence à son plus haut niveau. Ensuite, l'utilisation de logiciels-détecteurs, tels Pest Patrol, Spybot Search & Destroy et Lavasoft Ad-Aware est fortement conseillée. Finalement, l'installation d'un pare-feu (firewall) est essentielle, et le choix ne manque pas à ce niveau, de logiciels gratuits tel ZoneLab ZoneAlarm aux programmes plus élaborés offerts par Norton et McAfee.
Parmi les «pestes» les plus connues, il faut citer la compagnie de marketing Gator, à elle seule responsable de près de la moitié des plaintes des usagers, plaintes effectuées auprès d'une variété d'organismes. Pourtant, Gator fonctionne de façon assez ouverte, alors que d'autres producteurs de logiciels-pestes restent dans l'ombre; c'est le cas, par exemple, de logiciels attachés aux portails Lop.com et Xupiter.com. Autre coupable souvent cité dans les plaintes des usagers, la compagnie Brilliant Digital Entertainment, dont le produit est greffé au logiciel Kazaa, lequel permet des échanges de fichiers MP3.
Évidemment, l'argument de défense de ces compagnies, du moins celles qui restent plus ou moins ouvertes quant à leurs activités, consiste à assurer que la distribution de certains logiciels ne pourrait plus être effectuée gratuitement si ce n'était d'un échange de bons procédés. De la même façon, assurent les porte-parole, que les poste de télévision présentent des annonces publicitaires pour payer leurs programmes, même si les téléspectateurs n'en sont pas nécessairement friands.