Le 20 mai 2004
Pour le centenaire de sa naissance Dali, créateur ou imposteur ?
Editeur : Le Franco
Génie pour les uns, escroc pour les autres, le peintre et sculpteur catalan a laissé une trace incendiaire dans l'histoire de l'art du XXe siècle. Qinze ans après sa mort, l'artiste génère toujours auprès d'un public insatiable un intérèt qui semble justifier le fait que plusieurs pays d'Europe ainsi que les États-Unis lui rendent hommage à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance, avec des expositions qui s'étendront dans certains cas jusqu'en 2005.
Né le 11 mai 1904 à Figueras, le divin Dali, comme lui-même aimait à s'appeler, est un Catalan issu d'une famille bourgeoise et aisée, qu'il s'est souvent plus choquer. Se montrant très vite plus doué pour le dessin et la peinture que pour les études classiques, c'est tout naturellement qu'il entre dès 1921 à l'Académie des beaux-arts San Fernando, à Madrid.
Il s'y fait très rapidement remarquer pour sa capacité à imiter les différents styles à la mode, de l'impressionnisme au cubisme. C'est le temps de son amitié avec le poète Federico Garcéa Lorca et de son intégration dans les milieux d'avant-garde espagnols. Mais l'Espagne ne peut suffire à ce jeune homme en quête de réussite artistique : il lui faut conquérir Paris. Lorsqu'il s'y rend pour un court séjour en avril 1926, il découvre sa véritable vocation sous la forme du surréalisme, animé par André Breton. C'est sous l'impulsion de ce dernier qu'il commence à peindre des compositions étranges, nées de ses visions intérieures. Il met à profit ses rêves pour inventer des images irrationnelles et fortes, comme Le sang est plus doux que le miel (1927), surprenant tableau dans lequel se mêlent des aiguilles, une carcasse d'ëne, un torse allongé d'où s'écoule du sang et d'étranges figures difficiles à identifier.
Grâce à ses audaces thématiques, Dali, selon sa propre expression, s'insinue aisément dans le groupe surréaliste. Il découvre la peinture de Magritte, De Chirico, Max Ernst, Mirù, Yves Tanguy, et se lie avec le jeune cinéaste espagnol Luis Buûuel, en compagnie de qui il réalise le premier film surréaliste, Un chien andalou (1928).
L'oeuvre remporte un grand succès, fait surtout de scandale, en raison de l'incohérence apparente du scénario et de la violence de certaines images. L'année suivante, Dali participe à la préparation de l'âge d'or, de Buûuel : jugé blasphématoire et antipatriotique, le film est interdit, et les surréalistes publient un manifeste pour le défendre. Les années 1929 à 1934 voient la première période d'épanouissement artistique de Dalé, qui a rencontré son inspiratrice, Gala, femme de Paul Eluard : elle quitte le poète pour devenir la compagne du peintre, qui l'épousera en 1958.
Ses oeuvres étranges assurent cependant à Dali une célébrité croissante, entretenue par André Breton, son principal défenseur dans le groupe surréaliste. Mais très rapidement Dali adopte une attitude critique à l'égard du mouvement et, en 1934, en raison notamment de ses attaques contre Lénine et de l'admiration (provocation?) qu'il affiche pour Hitler, il sera exclu du groupe.
Il continue cependant à peindre des toiles dans l'esprit surréaliste, auquel il demeurera fidèle toute son existence, même si, vers 1936, il manifeste à travers sa peinture un vif intérèt pour les maêtres italiens.
En 1940, il gagne les États-Unis, où il reçoit un accueil enthousiaste de la part des marchands, des critiques et du public. Dorénavant, il sera un des peintres les mieux payés du monde, un des plus illustres aussi, en raison des scandales qu'il suscite et de ses succès mondains. Dali, qui mène une vie luxueuse et extravagante entre les États-Unis, la France et l'Espagne, fait l'objet d'un véritable culte. Ni les rumeurs sur le grand nombre de faux Dalé circulant à travers le monde, ni ses entreprises les plus commerciales, comme la publicité pour le chocolat Lanvin dans les années 1970, ne ternissent une gloire éclatante, mais le peintre connait une fin d'existence assombrie par la mort de sa femme Gala, en 1982.
Parmi les peintres du XXe siècle, envers lesquels il s'est généralement montré critique, Dali fait figure d'exception car il utilise une technique tout à fait traditionnelle : ses tableaux témoignent d'un remarquable savoir-faire académique, qui lui permet de reproduire à son gré tous les objets du monde, dans un style parfaitement réaliste. Mais la contribution capitale de Dali au surréalisme reste son invention de la méthode paranoïaque-critique, qu'il définit comme une méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l'association interprétative-critique des phénomènes délirants.
Elle consiste, en réalité, à utiliser de manière rationnelle et logique des images délirantes censées venir de l'inconscient et des rêves, comme ses célèbres montres molles, ses éléphants à pattes d'araignée ou ses corps déformés.
Mais, si Breton, qui l'avait finalement ésavoué, lui trouve le méchant anagramme d'Avida Dollars, ses inventions, toujours humoristiques et farfelues, s'inscrivent dans la tradition de révolte dadaïste. Elles visent ê détruire l'idée bourgeoise ou sacrée de l'art pour l'art et à montrer que l'art est une manière de vivre, qui touche tous les domaines de l'existence.
Ainsi Dali s'est-il risqué à se transformer lui-même en oeuvre d'art, jouant d'un visage reproduit dans tous les journaux à la mode, et surtout de ses célébrissimes moustaches. Il orchestre ses apparitions en public, dont il fait des événements artistiques, sortes de happenings mondains. Il comprend que l'art du XXème siècle ne peut exister sans publicité, ni provocation ou pitrerie.
Mais il n'en est pas entièrement dupe, et ses écrits révèlent un indéniable talent littéraire. Dali s'illustre dans les genres les plus variés : mémoires (la Vie secrète de Salvador Dali, 1954), journal (Journal d'un génie, 1964), études (le Mythe tragique de l'Angélus de Millet, 1963), ou encore articles et poèmes. C'est peut-être d'ailleurs dans ses écrits qu'il apparait sous son visage le plus vrai, comme un esprit original, inventeur d'un monde fantastique et délirant, créateur d'une mythologie personnelle proche de la folie. Il est vrai que, selon ses propres mots, "la seule différence entre un fou et moi, c'est que moi je ne suis pas fou !".
Ndlr: Pour démontrer, si besoin est, que Salvador Dali reste aujourd'hui très présent dans les paysages artistique et médiatique planétaires, il pourrait suffire de mentionner que la seule inscription de son nom sur le moteur de recherche Internet Google permet de générer près de 1270000 documents. C'est à ces documents que l'article ci-dessus a puisé, particulièrement à quelques essais sur les grands peintres catalans du XXe siècle, parmi lesquels il faut compter Joan Mirù, Antoni Têpies, Antonio Clavé, Isidre Nonell et Josep Pon, parmi bien autres. Noter que Pablo Picasso, né à Mçlaga et donc Andalou, se réclamait pourtant de Catalogne pour avoir passé plusieurs années à Barcelone.
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