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Le 18 juin 2004


Temps frisquet, mais accueil chaleureux

Par : Eric Batalla
Editeur : Le Franco

Waterton- Quelle est, vraiment, la différence entre un habitué et un fidèle? Différence sans doute ténue, dans le cas du Festival du film français de Waterton, puisque l’un comme l’autre peut se présenter à l’Opera House muni du coussin qui est maintenant quasi de tradition chez certains, en déférence aux sièges peu matelassés de la salle où sont projetés courts et longs métrages faisant partie de la programmation. Le fidèle, cette année, a certes fait abstraction du mauvais temps qui a sévi tout au long de la fin de semaine du 11 juin pour braver les routes en plein orages et même tornade, dans quelques cas sur de longs trajets, d’aussi loin que Winnipeg. Au constat du bulletin-météo, le simple habitué est peut-être resté chez lui...

À moins, bien sûr, que les habitués soient aussi des fidèles, que l’on a encore une fois eu peine à dénombrer avec exactitude pour cette 5e édition du Festival, sinon pour noter que les huit longs métrages et six courts métrages au programme ont permis d’enregistrer 1600 entrées au guichet de l’Opera House. Pour être forcé aussi, en soirée du samedi, de refuser l’entrée à une trentaine de personnes pour la projection du film La grande séduction (Canada, 2003), la salle de plus de 200 sièges étant pleine à craquer - d’autant plus que des chaises avaient même été ajoutées.

Tous ces habitués-fidèles, avec ou sans trait d’union, se présentent chaque année à Waterton pour un petit bain de films, soit, et encore sans nécessairement voir tous les films au programme, mais aussi pour un bol de nature dans le creux d’une vallée coincée à la quasi-frontière avec les États-Unis, et ce, souvent, malgré un vent à décorner tous les hiboux, et cette année, une bruine occasionnelle qui s’avérait cependant négligeable comparée aux averses soutenues et aux orages massifs qui affectaient les régions un peu plus au nord. Waterton, havre de tranquillité au milieu des tourmentes, à bien des égards...

Waterton, aussi lieu de villégiature et petit monde tout à fait particulier, puisque pas encore entièrement trappe à touristes, mais en fait, semble-t-il, refuge pour quelques personnages que l’on découvre ainsi, année après année, au hasard des rencontres. Pour des petites histoires de couleur locale qui donne substance à ce qui serait autrement, peut-être, de caractère un peu anonyme. Les histoires de fantômes locaux, par exemple, ou celles reliées au travail d’artistes et d’artisans de l’endroit qui ont pignon sur rue dans des galeries parfois étonnantes.

Ou, plus simplement, comme celle de cette propriétaire d’un magasin de confiserie, vendant chocolats, noisettes et bonbons, qui se trouve hantée, en quelque sorte, par un tamia (chipmunk) qui se croit bien entendu au Paradis. La propriétaire en question est en fait presque aveugle, et d’ailleurs, à la caisse, ses clients lui font ainsi la lecture des prix des articles achetés avant d’accepter la facture, sans tricherie aucune, semble-t-il. Mais la dame n’est pas sourde: elle entend parfaitement le tamia galoper sur le plancher de bois, à la recherche d’un nouveau morceau pour son terrier situé sous la véranda au devant du magasin. Et les clients qui entrent et sortent croisent alors l’animal éperdu de bonheur, dans son va-et-vient constant que la propriétaire, elle, accepte avec magnanimité en gardant sa porte ouverte.

Le charme du Festival de films de Waterton est un peu cela aussi, en plus d’une programmation qui, cette année encore, en a offert pour tous les goûts. Trois invités sont venus ajouter à la programmation, pour cette 5e édition de l’événement, soient les acteurs Ousseynou Diop, qui a présenté le film L’extraordinaire destin de Madame Brouette (Sénégal, Canada, France, 2002), Danny Gilmore, qui, elle, a encadré la projection de Gaz Bar Blues (Canada, 2003), et Johanne-Marie Tremblay, qui a clos le Festival en parlant du film Les invasions barbares (Canada, France, 2003).

Et comme d’habitude, prix de jury il y a eu, deux en fait, l’un amenant une virtuelle égalité entre Les invasions barbares et Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (France, 2003) - celui-là très beau film d’ailleurs, avec une performance magistrale offerte par Omar Sharif - dans la catégorie longs métrages, l’autre primant Déformation personnelle (Québec, Canada, 2003) dans la catégorie courts métrages. Et tous les habitués-fidèles du Festival de repartir alors vers leur domicile respectif, en se promettant une nouvelle visite dans douze mois, et donc de nouvelles rencontres avec soit des fantômes inquiétants, soit des tamias grassouillets.



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