Du rêve à la réalité; une réalité qui permet de rêver
Par : Étienne Alary
Editeur : Le Franco
Edmonton - « Si tout était à faire en mars 2005, on remarque aujourd’hui que vos dons ont permis de faire énormément de choses. » C’est le constat qu’a dressé le président d’Ubuntu Edmonton, Alain Nogue, à la vingtaine de personnes réunies à La Cité francophone, le 8 avril dernier, afin de participer à la première assemblée annuelle de l’organisme.
Ubuntun Edmonton, qui a vu le jour il y a un an maintenant, a comme objectif de venir en aire aux veuves et orphelins qui ont survécu au génocide du Rwanda. Les activités d’Ubuntu Edmonton sont ciblées dans le village de Kimironko, une communauté située en banlieue de la capitale du Rwanda, Kigali.
Cette aide se fait en deux temps. Dans un premier temps, il y a Nicole Pageau, qui est à Kigali depuis le 6 avril 2005 et dont l’objectif est de mettre en place les infrastructures nécessaires qui permettront aux gens sur place de se prendre en mains.
Dans un deuxième temps, il y a le conseil d’administration, situé à Edmonton, qui travaille à recueillir des fonds permettant de soutenir Nicole Pageau. Comme l’a souligné Alain Nogue, la première année n’a pas été des plus faciles. « La première priorité a été la création d’une équipe de gens qui accepteraient de mettre la main à la pâte », souligne Alain Nogue.
Les sept membres du CA se sont donc partagé diverses tâches, que ce soit le parrainage d’élèves, la commercialisation ou encore l’organisation d’activités et collecte de fonds. « Le conseil d’administration a dû relever plein de défis dès les premiers jours. Au départ, les deux seuls atouts du CA étaient la bonne volonté et l’enthousiasme de ses membres. Leur capacité à improviser ne connaissait pas de bornes », a rappelé le président d’Ubuntu Edmonton.
Une première activité majeure s’est déroulée, en octobre dernier au Fantasyland Hotel d’Edmonton, ce qui a permis à l’organisme d’amasser plus de 13 000 $. Cette activité, jumelée aux dons reçus et à quelques petits octrois, a permis à Ubuntu Edmonton de terminer l’année avec des revenues de près de 36 000 $ contre des dépenses d’environ 24 000 $. « Avec très peu d’argent, on est arrivé à faire des miracles », affirme Alain Nogue.
Au-delà de cette somme, quelques petits gestes ont aussi été posés. « Une des premières initiatives d’Ubuntu Edmonton a été d’amener les gens de la communauté d’Edmonton à parrainer des enfants d’âge scolaire du village de Kimironko afin de leur faciliter l’accès à l’école. Le nombre d’enfants qui bénéficient du programme est passé de 6 à 26 », note Alain Nogue, qui a tenu à souligner la participation des écoles Notre-Dame et St-Angela à ce projet.
Malgré un départ que les organisateurs qualifient de réussi, une vision à long terme doit être développée. « J’ai identifié trois grands défis auxquels devra faire face Ubuntu Edmonton. Il faudra décider si l’agence (l’organisme) va limiter son action à l’engagement de Nicole (Pageau) auprès des habitants de Kimironko ou si elle l’étendra après 2008 et à d’autres communautés au Rwanda et ailleurs », explique Alain Nogue.
Par ailleurs, « même si les donateurs et les agences qui appuient Ubuntu Edmonton sont nombreux et généreux, la situation financière de cet organisme demeure précaire. Présentement, les coûts pour diriger les projets dépassent nos capacités de percevoir des fonds. Il faudra étudier la question et trouver de nouveaux bailleurs de fonds », présente-t-il.
Ce dernier estime qu’il est essentiel d’arrimer les efforts faits à Edmonton à ceux des projets sur le terrain. « Pour optimiser les énergies de part et d’autre, il est proposé de déterminer qui est responsable de quoi et d’établir des lignes de communication claires et pratiques de gestion simple et efficace », informe le président d’Ubuntu Edmonton.
Du pain sur la planche
La coordonnatrice locale bénévole de l’organisme Ubuntu Edmonton, Nicole Pageau, était présente à l’assemblée annuelle afin de brosser le portrait de sa première année au Rwanda.
L’ouverture d’un centre d’accueil, appelé le Centre César, a été la première étape. Des visites individuelles ont ensuite été effectuées dans chaque maison de la communauté afin de « dresser une liste de veuves qui pourraient bénéficier de l’aide du Centre César et des services de la banque alimentaire », signale Nicole Pageau. « Au départ, nous avions 132 mamans d’inscrites, mais devant le succès du centre, nous en avons maintenant 158. Si on ajoute les enfants de ces mamans et les orphelins qu’elles élèvent, c’est pas loin de 750 personnes », énumère Mme Pageau.
Le Centre César est aujourd’hui la pierre angulaire du projet. « Le centre reçoit en moyenne 25 à 35 femmes par semaine, soit pour y travailler de l’artisanat ou de la broderie, pour demander la banque alimentaire, pour participer aux causeries du vendredi après-midi ou pour suivre un des trois cours qui se donne en couture, en artisanat et en tricot », indique Nicole Pageau.
La construction d’un poulailler a également été au menu de la dernière année. « Beaucoup de temps a été dépensé pour la coopérative du poulailler. Cependant, il y a eu bien des problèmes avec les femmes de ce petit groupe. Ce fut aussi le premier projet et comme de l’argent avait été reçu spécifiquement pour ce projet, il y avait une certaine urgence à le réaliser », explique Nicole Pageau.
La construction du poulailler est terminée, mais la coopérative a trouvé une nouvelle embûche sur son chemin. « On a pas de poules à mettre dans le poulailler, à cause de l’embargo sur la volaille relié à la grippe aviaire. On ne peut pas recevoir de poussins », avance Mme Pageau. « On explore présentement d’autres avenues », ajoute-t-elle.
Nicole Pageau reste positive. « Au départ, c’est le projet qui m’emballait le plus, mais ce projet a été le plus difficile à réaliser, lance Nicole Pageau. Cependant, ce projet m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. »
Défis de demain
Tout comme le président d’Ubuntu Edmonton, Nicole Pageau a relevé trois défis pour les prochaines années.
Il y a tout d’abord le côté formation. « Un grand problème auquel on se bute est le manque d’habiletés et d’aptitudes pour un grand nombre de veuves. Celles qui vont bénéficier d’une formation (…) ne seront prêtes à produire que dans un an. Il faut donc songer sérieusement à maintenir la formation, déclare Mme Pageau. Nous devons trouver du financement pour payer des formatrices afin qu’elles voient au développement de nouvelles habiletés chez les veuves. »
La mise en marché constitue aussi un défi majeur. « Les produits fabriqués se retrouvent en grand nombre dans les boutiques de la ville et à des prix très bas. Il faut donc trouver des moyens pour expédier ces produits pour être vendus au Canada », dit Nicole Pageau.
Identifier des produits à fabriquer et vendre au niveau local constitue le troisième défi.
Devant tout ce qui a été accompli, Nicole Pageau ne regrette pas le choix qu’elle a fait, il y a plus d’un an, maintenant, de quitter Edmonton pour venir en aides à ces personnes. « Bien que modestes, les résultats de ces premiers mois d’opération sont concluants. L’aide d’Ubuntu Edmonton aux veuves de Kimironko est valable et contribue à améliorer le sort de ces veuves rescapées du génocide de 1994 », soutient-elle. Nicole Pageau estime que le travail se poursuit avec « l’objectif prédominant de les aider (les veuves) à développer leur autonomie financière et ainsi retrouver leur dignité », conclut-elle.
Nouveau CA
Pour la prochaine année, tous les administrateurs ont été réélus, sauf Alain Nogue qui a quitté la présidence de l’organisme. Il sera remplacé par la vice-présidente, Jeanne Ndatirwa. « C’est une petite pause qu’il prend », a signalé Mme Ndatirwa.
La nouvelle présidente sera appuyée par Daniel Blais, Yves Caron, Igor César, Claire Desrochers Mélissa Loiselle et Roger Kirchen.
Site Internet
Depuis le début avril, il est possible d’en connaître davantage sur Ubuntu Edmonton en visitant l’adresse www.ubuntuedmonton.org.
Conférence de Roméo Dallaire
La prochaine activité de financement de l’organisme aura lieu le lundi 27 novembre alors que le sénateur Roméo Dallaire sera présent à Edmonton.