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Le 22 mai 2006
Volume 22
Numéro 15
Le Gaboteur
La province développera le Bas-Churchill
Un pas important vers l’autosuffisance ?
Steven Watt
Saint-Jean -
Saint-Jean
Lors d’une conférence de presse tenue le 9 mai dernier, le premier ministre Danny Williams a annoncé que Terre-Neuve-et-Labrador dirigera elle-même la construction de nouveaux centres hydroélectriques sur le fleuve Churchill. Cette décision a été prise suite à l’évaluation de soumissions reçues dans le cadre d’un appel de propositions. Elle écarte notamment un projet proposé par les gouvernements de l’Ontario et du Québec ainsi que par la firme SNC Lavalin, qui aurait été dirigé par ces trois entités. À leur place, c’est la société d’État Newfoundland and Labrador Hydro qui sera responsable de la planification, de la construction et du fonctionnement.
Selon le premier ministre, cette décision répond aux besoins de la province à la fois en termes de politique sociale et de politique économique. M. Williams l’a présentée en disant qu’elle « correspond au programme du gouvernement provincial qui vise le développement des ressources de façon à ce que le peuple en tire un avantage maximal et qui nous amènera sur la route vers l’autosuffisance. »
En effet, en commentant la décision du gouvernement, de nombreux observateurs ont évoqué les cas récents de l’usine Abitibi à Stephenville et surtout les négociations avec Exxon Mobil au sujet du champ pétrolier Hebron où le gouvernement a refusé d’accéder aux demandes de ces entreprises.
Naturellement, M. Williams a aussi évoqué l’histoire de la centrale hydroélectrique à Churchill Falls. Selon les termes d’un contrat de 65 ans signé en 1969, les avantages économiques reviennent principalement au Québec tandis que Terre-Neuve-et-Labrador reçoit quasiment rien pour l’électricité générée sur son territoire. « Fini les jours remplis de remords au sujet d’ententes qui nous laissent subordonnés à d’autres peuples » a-t-il proclamé.
Partenaires
Mais si Terre-Neuve-et-Labrador veut diriger elle-même le projet, la province ne pourra pas le mener à terme de façon entièrement indépendante. Lors de la conférence de presse, le premier ministre a répété à plusieurs reprises que ceux qui aimeraient investir dans le projet – à titre minoritaire, bien sûr – étaient toujours les bienvenus. Or, de nombreuses questions ont été posées au cours des derniers jours sur le rôle que joueront divers partenaires et l’influence qu’ils pourront exercer.
Notamment, afin de pouvoir emprunter l’argent nécessaire pour amorcer le projet, la province aura besoin d’une garantie de prêt du gouvernement fédéral. Selon M. Williams, diverses affirmations du premier ministre Harper à ce sujet indiquent qu’il n’y aura pas de problème à recevoir cet appui du fédéral. Toutefois, il est possible qu’on demandera à la province de vendre une plus grande partie de l’électricité au Canada plutôt qu’aux États-Unis
De même, il faudra négocier avec Hydro-Québec Transénergie, l’organisme qui gère le système de distribution électrique dans la province voisine, pour que l’électricité générée soit distribuée aux marchés ontariens et américains. M. Williams a souligné que même si l’idée de transporter l’électricité produite sur le Bas-Churchill en dessous du Golfe Saint-Laurent et à travers les provinces Maritimes n’est pas entièrement écartée, il est fort probable qu’elle passera par le Québec.
En direct de Goose Bay
L’incertitude entourant ces différentes questions est à l’origine de la plupart des critiques. En particulier, l’opposition libérale se demande si la région du Labrador verra des retombées sociales et économiques du projet. Yvonne Jones, la députée pour la circonscription de Cartwright-L’Anse au Clair, déclare que le concept tel que décrit par le gouvernement est bon. Toutefois, elle pose une série de questions : « On parle beaucoup de maximiser les avantages pour la province, mais qu’est-ce que cela veut dire pour le Labrador ? Ceux qui habitent la côte du Labrador auront-ils accès à de l’électricité moins chère ? Est-ce qu’on profitera du projet hydroélectrique pour attirer de nouvelles industries dans la région ? » Mme Jones souligne aussi la nécessité d’inclure la nation métisse du Labrador dans les négociations.
Même si très peu de détails sont disponibles pour l’instant, le gouvernement semble vouloir souligner l’aspect labradorien du projet dès le départ. Même si le premier ministre a fait l’annonce à Saint-Jean, le ministre des Ressources Naturelles, Ed Byrne et les médias labradoriens on pu participer à la conférence de presse via téléconférence.
De plus, les retombées économiques pour la région devraient être importantes. Le coût total du projet est évalué à entre 6 et 9 milliards $. Au moment où les travaux de construction battront leur plein, entre 2500 et 3500 travailleurs seront sur le chantier.
Premières études
Malgré les annonces publiques et les débats, l’ouverture de nouvelles centrales hydroélectriques à Gull Island et à Muskrat Falls n’est pas pour demain. Au plus tôt, ils seront branchés à la grille nord-américaine en 2015. Même le premier ministre a souligné qu’il reste de nombreuses études à faire et des décisions à prendre avant que le projet soit même officiellement approuvé.
À date, quatre contrats ont été attribués dans le cadre de la préparation du dossier d’impact sur l’environnement. Ces études porteront sur différents aspects du fleuve Churchill soit les dynamiques de la glace, de l’eau et du sédiment, la présence riveraine de petits mammifères durant l’hiver ainsi que l’abondance et la distribution de phoques.
Des appels d’offres pour sept autres contrats ont été émis au début du mois de mai et les études continueront durant l’été et l’automne 2006. Le dossier d’impact final sera préparé en 2007.
8 www.nlh.nf.ca
Editeur : Le Gaboteur
Edition : 2006-05-22
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