Le 15 mars 2006
Le Forum social mondial: partie 1 - Retour sur le VIe Forum social mondial
Par : Rachelle DesRochers
Editeur : Le Goût de Vivre
On m'a demandé de rédiger un article sur le VIe Forum social mondial (FSM) mais j'ai préféré rendre mon texte sous forme de lettre, ou plus exactement, de témoignage. L'expérience du FSM à Caracas, du 24 au 29 janvier dernier s'est avérée trop subjective pour tenter de l'objectiver. J'aimerais vous faire ressentir, plutôt qu'intellectualiser, quelques activités et observations personnelles effectuées au sein de cette semaine fébrile, en présence de dizaines de milliers de gens de partout sur la planète. Tout d'abord, je ferai un bref survol de certains aspects du Venezuela. Ensuite, Caracas et ses gens vous seront décrits selon ma perspective, suivis d'une incursion au sein de quelques ateliers. Et pour terminer, nous verrons quelles ont été les retombées des forums sociaux depuis 2001. Ah! Permettez-moi toutefois un mot de la fin sur Chávez…!
Très bref aperçu du
Venezuela actuel
Sur le territoire d'environ un million de kilomètres carrés, aussi grand que le Texas et la Californie réunis, la centaine de genres de cocotiers jouxte la production de cacao, de vanille et de canne à sucre. À l'époque de la colonisation et même après l'indépendance du pays (1812), le cacao a fait prospérer plusieurs individus devenus tellement riches que leurs descendants actuels vivent encore des profits engendrés il y a plus d'un centenaire. Les familles des esclaves, eux, n'en ont toujours pas touché de bénéfices par contre.
Pendant ce laps de temps, le pays a connu moult turbulences politiques, surtout relayées entre deux partis, en passant par des coups d'État. Depuis son entrée au pouvoir en 1998, Chávez a permis à son peuple de regagner la santé, l'éducation et la dignité. En effet, il a entre autres ré-institué la gratuité de l'éducation post-secondaire. Donc, à l'Université centrale de Caracas, tout comme à l'Université bolivarienne du Venezuela par exemple, les milliers d'étudiants n'ont que les livres à défrayer.
En 2000, une nouvelle constitution voit le jour. Elle inclut des principes innovateurs tels la garantie des biens communs (éducation, santé, sécurité alimentaire, etc.). Pour ce faire, Chávez a lancé dix-sept « missions », c'est-à-dire des programmes sociaux, partie intégrante de la révolution bolivarienne. Au sein de la mission Robinson, 3 750 écoles ont vu le jour et une brigade d'alphabétisation a permis à 1,3 million de personnes d'apprendre à lire et à écrire. Ainsi, l'accès à l'éducation primaire, secondaire et supérieure se voit grandement facilité. Au sein de divers quartiers plus défavorisés, les gens gèrent leurs coopératives d'alimentation (fixes ou mobiles) grâce à la mission Mercal et profitent de prix à 30 % inférieur à celui du marché. Pour ce qui est de la santé, la mission Barrio Adentro permet l'échange de pétrole vénézuélien contre des médecins cubains. Ces professionnels de la santé, près de 10 000 à date, sont encadrés par un comité de gestion communautaire qui doit aussi assurer la coordination des stagiaires du Venezuela et l'édification d'une clinique. On y enseigne les bienfaits de la médecine préventive. Dernier projet à souligner ici : la mission Zamora. À date, cette réforme agraire a permis à près de 10 000 familles de récupérer deux millions d'hectares de terres, selon les sources officielles du pays.
Il faut toutefois garder à l'esprit que les citoyens du Venezuela ont eux-mêmes entrepris des transformations au sein de leur société bien avant l'arrivée du président Chávez. Un des villageois nous racontait comment, il y a vingt-quatre ans, ils se sont organisés pour améliorer leur existence. Le chef d'État actuel leur a procuré un renforcement et un soutien bienvenus dans leur processus.
Bien que les gens de certains barrios (bidonvilles) se prennent en main, le mouvement des femmes commence à peine à émerger. Le boom pétrolier leur a permis une insertion dans tous les secteurs du marché du travail mais elles n'ont pas encore plein accès à la scène politique.
La controverse créée autour des initiatives présidentielles provient à la fois des partis d'opposition et du gouvernement américain, qui les soutient. Habitués aux modes de la corruption, les élites craignent la perte de leurs opportunités d'enrichissement personnel. On y perçoit également un affront au système de libre marché, précepte au pillage de la nature et à l'exploitation des gens au profit d'une minorité.
Dorénavant dans les intentions belliqueuses des américains, est-ce que le Venezuela saura, avec ses nouveaux partenaires, triompher du joug mercantile imposé à la planète ?
À suivre...
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