Par : Rachelle Des Rochers
Editeur : Le Goût de Vivre
Atelier : Le rôle des femmes dans la protection de la biodiversité et la diversité
Culturelle
Dans cet atelier, La Via Campesina, « mouvement [apolitique] international composé d'organisations paysannes de petits et moyens agriculteurs, de travailleurs agricoles, de femmes ainsi que par des communautés indigènes d'Asie, d'Afrique, d'Amérique et d'Europe », nous a entretenus sur l'importance de la souveraineté alimentaire des peuples, c'est-à-dire libre de l'exploitation par les multinationales, pour protéger les droits des peuples et des paysans.
La relation entretenue avec la nature est le reflet de la relation entre humains. Toute forme de préjudice envers la nature engendre ce même mode d'interaction entre nous. Le capitalisme, système patriarcal de consommation de masse, et par le fait même, de destruction de la planète et des valeurs humaines, encourage l'individualisme, l'égoïsme et la compétition. Moi, moi, moi - je suis le meilleur - je me trouve bonne d'avoir accompli… La nature est tout autre. Lorsqu'on tente d'y introduire des semences comme celles de Terminator, stériles, dont le seul but réside dans la marge de profit engendrée par Monsanto, ses dirigeants et ses actionnaires, le risque de pollinisation avec les cultures indigènes, la menace à la diversité biologique et à la santé humaine s'avèrent trop importants pour s'y laisser leurrer.
Le sentiment d'appartenance, une des valeurs fondamentales de l'humanité, peut toutefois se retrouver par la réappropriation des terres par les paysans, par la réactivation gastronomique culturelle, par les échanges créés au marché entre la ville et la campagne et par les liens nous unissant à la terre. De par leur physiologie, les femmes peuvent ressentir plus adéquatement le passage du temps, élément essentiel dans la relation avec la terre-mère. Pour ce faire, on doit aussi connaître les phases de la lune pour y déceler les périodes propices aux procédés de culture. Aussi, les femmes, ayant la capacité de donner naissance, reconnaissent aisément la nécessité de la diversité de la vie, qu'elle soit biologique ou culturelle. Nous tous représentons une partie intégrante de la nature. Sa destruction est synonyme de notre autodestruction.
Atelier : Éducation et activisme
Des représentants du programme School for International Training (SIT) ont exposé certaines facettes de cette initiative. Il s'agit d'un échange entre universités et écoles se-condaires états-uniennes, surtout, mais aussi canadiennes, et latino-américaines pour construire un monde plus juste. Dans l'accomplissement de leur mission, soit de préparer les étudiants à devenir des leaders, des professionnels et des citoyens efficaces au plan interculturel, qui sauront agir et réfléchir, le SIT offre divers programmes sur le terrain, tel celui en Écologie et environnement.
L'activisme en éducation s'avère nécessaire pour contrer la perspective idéologique du discours néolibéral envahissant. Comme on le sait aujourd'hui, le néolibéralisme ne tend plus vers le développement humain mais bien vers le développement technologique et l'accumulation de profits. Son intérêt réside alors dans l'abolition du pouvoir de l'État, entrave au libre marché, et dans la désintégration sociale, suivant la doctrine Diviser pour mieux régner. Le remplacement des écoles publiques par des écoles privées s'inscrit dans cette tendance à vouloir le contrôle ultime, jusqu'à la pensée et le comportement, depuis la tendre enfance.
Le programme School for International Training permet aux étudiants de réaliser que la pauvreté existe bel et bien, non seulement sur papier. La culture d'ailleurs est vécue dans son contexte, et non simplement consi-dérée comme un artefact dans les livres. Une immersion réelle parmi des peuples indigènes permet notamment de constater in vivo les désastres du néolibéra-lisme. On peut penser aux pertes des terres des paysans chiliens aux mains de grands propriétaires, depuis Pinochet à aujourd'hui. Dans cette optique, les Mapuche accueillent des étudiants, suivant leurs propres conditions et avec des enseignants de leur communauté, pour offrir une dimension réaliste de la précarité de leur situation et de leurs luttes dans le but de reconquérir leur dignité.
Pendant leur séjour à l'étranger, les étudiants sont appelés à s'impliquer dans la vie communautaire locale pour approfondir leurs connaissances des conditions réelles dans lesquelles les gens vivent. De retour dans leur pays d'origine, ils sont d'autant plus enclins à contribuer à rendre le monde plus juste et équitable.
Atelier : La stimulation musicale, instrument de transformation sociale
Alberto Chicayban nous a expliqué comment la musique est porteuse de symbolisme et de pouvoir de transformation sociale. La musique fait partie de l'identité des peuples, parfois même de communautés ou de groupes d'intérêt. On transmet les habitudes musicales aux enfants au même titre que les conventions sociales, car la musique fait partie du conditionnement aux règles établies. Tout changement musical reflète donc une transformation de la société.
La musique est un langage. Le rythme influence le système limbique, impliqué dans les réactions de défense, d'alimentation, de reproduction et les activités sexuelles. La mélodie, elle, touche surtout les sentiments, les affinités et les affects, activités du cortex. Un effet de profondeur est créé par l'harmonie, au niveau du néo-cortex. Ainsi, divers langages et dialectes musicaux existent pour former un système de communication dans le monde entier. Ce système sert à créer des liens sociaux et des relations interpersonnelles.
Le potentiel musical s'avère énorme. La musique peut servir à diverses fins, négatives ou positives : doctrines, propagandes, conditionnements, ou encore baume à la souffrance physique ou psychologique et broderie du tissu social. L'on doit donc rester vigilant quant aux messages subtils que nous envoie l'amalgame de notes parvenant à nos oreilles, et à notre cerveau. Derrière la musique se cachent des intentions.
Utilisés à bon escient, ces intentions peuvent transformer des vies. Alberto, animateur de l'atelier et musicien, nous a démontré comment il réussi à faire revenir à la vie des personnes âgées dans des foyers d'accueil. En douceur, il les incite à jouer d'un instrument facile à tenir dans la main, alors qu'il fredonne des chansons de leur époque. Le sourire apparaît et elles se mettent à battre la mesure et à chanter avec lui. Après seulement trois mois, ces gens, dans leur posture cambrée sur leurs chaises, se sont mis à jouer ensemble même après le départ d'Alberto, signe du succès de son approche. Ils avaient créés un lien entre eux et la joie de vivre les habitait.
Conférence : Stratégies impérialistes, militarisation et résistances des peuples
Des représentants comme Françoise David, récemment élue porte-parole du Parti Québec Solidaire (PQS), Michèle Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec et de la Marche mondiale des femmes, et Samir Amin, écrivain et économiste tiers-mondiste, ont explicité, en deux sessions différentes, les impacts du néolibéralisme sur les peuples et les résistances grandissantes devant l'apartheid économique mondial.
Si le capitalisme se veut le système par lequel on prône la propriété privée des moyens de production et d'échange, le néolibéralisme est une doctrine qui voit à réduire le pouvoir de l'État au minimum pour laisser la voie libre à la compétition soutenue par le système. L'impérialisme, pour sa part, tente de tout contrôler : l'espace, la nature, le corps et l'esprit, par des moyens tels la peur de l'autre pour mieux garder les gens divisés, l'emprise des médias par des multinationales, l'éducation par le système privé, etc. Les États-unis semblent dominer cette tentative d'hégémonie et de mercantilisme culturel (contrôle des médias, mode, musique, éducation), économique, politique et idéologique. Pour contrer l'impérialisme, l'ONU a adopté plusieurs résolutions depuis 1948 mais aucunes ne sont respectées. On s'évertue même à inventer des institutions pour renforcer la domination. Samir Amin perçoit l'OMC comme étant le « mi-nistère des colonies de l'impérialisme collectif imposé par les États-unis, le Canada et l'Europe ». Résultats : des pays comme ceux de l'Amérique latine produisent beaucoup d'aliments mais leurs enfants souffrent toujours de famine. Aussi, l'oppression vécue par les Autochtones passe par le pillage des ressources naturelles à leur détriment et par le retrait de leurs droits fondamentaux.