Le 8 juillet 2005
Le Reflet de Prescott-Russell
Trente ans d’existence célébrés en grand
Par : Élodie Daniélou
Editeur : Le Reflet de Prescott-Russell
EST ONTARIEN - La plus grande présentation musicale francophone de l’année a eu lieu au centre Corel de Kanata, ce jeudi, pour clôturer le festival franco-ontarien. Le spectacle, intitulé «Le trente, ça me tente», a attiré une foule nombreuse venue des quatre coins du Canada.
Animée par Jean-Marc Dalpé, la soirée du 30 juin a réuni la communauté francophone. Il s’agissait d’une présentation mémorable qui a atteint son but fondamental : célébrer en français en compagnie d’artistes comme Manon Séguin, Véronic DiCaire, Swing, Robert Paquette, Serge Monette, Paul Demers, Kevin Parent, Daniel Lavoie, Zachary Richard, Isabelle Boulay, Emeline Michel, Marcel Aymar et bien d’autre encore.
La présentation musicale a été organisée en fonction du contenu des chansons, comme le rapporte Brigitte Haentjens, metteur en scène de l’activité. «On voulait faire quelque chose d’intense, d’émotif, avec toutes les voix d’Amérique, avec nos cris, nos joies. On voulait quelque chose d’organique et non thématique », a-t-elle expliqué.
Financé en grande partie par le gouvernement de l’Ontario, grâce à un don de 318 000 dollars, le festival franco-ontarien se repose sur un budget total de 400 000 dollars qui a permis la réalisation d’un spectacle haut en couleurs auquel n’étaient pas forcément habitués les visiteurs. En revanche, plus de 4500 places ont été vendues, soit bien plus que les festivals des quatre dernières années.
La célébration des trente ans du festival y est pour beaucoup. «Ça fait trente ans que ça existe et c’est quelque chose d’étonnant. Il faut se réjouir de ce phénomène-là. On est là pour proclamer qu’on existe», a déclaré Zachary Richard, voyant dans cet effort un «coup de pouce pour un autre trente ans». «Les francophones savent réunir le monde», ont souligné les chanteurs Diouf. «On sait faire les choses en grand. C’est le reflet de ce que nous sommes», a complété Richard Stursberg, directeur de la chaîne de télévision CBC/Radio-Canada. Pour Lucie Boileau, présidente du festival, ces célébrations permettent de s’afficher en tant que francophone et de réunir la francophonie de partout. «On tombe dans les émotions fortes», a ajouté Daniel Lavoie.
Robert Paquette, l’un des ambassadeurs du festival cette année a rapporté : «D’habitude, on ne se préoccupe pas de la permanence en tant qu’artistes. Je trouve ça vraiment important ». Ce n’est pourtant pas un esprit de lutte qui anime et motive la participation de tous ces chanteurs, comme l’a souligné Véronic DiCaire, une artiste de chez nous. «Il faut faire la promotion et attirer les jeunes. Il faut faire bouger les choses, mais je n’ai jamais eu de rapport de combativité dans la chanson, c’est ma façon de faire. Mon apport est plutôt passif».
Des artistes comme le groupe Diouf soutiennent son opinion quand elle explique que ce genre de spectacle est plus une fête qu’une lutte pour la survie de la langue française dans la région et que c’est plus amusant ainsi. «Je ne le fais pour dire je le fais pour toi mon homme, c’est un choix personnel. Ce que je fais, c’est de la musique, pas de la politique, je ne suis pas politicien, je n’ai pas de cravate», a déclaré Michel Bénac, du groupe Swing. «Oubliez pour un soir la politique, les revendications, les récriminations.
Nous avons nos écoles, nos caisses populaires, nos enseignants, notre hôpital, oui, notre hôpital!», a fait remarqué Jean-Marc Dalpé, déclenchant l’approbation et la fierté
générale du public, fier d’être encore là après tant d’années. «Tout ce côté culturel vient de nos parents. Ce qui surprend c’est toutes ces choses qu’on a encore», a remarqué Robert Paquette.
Le festival franco-ontarien a permis cette année de célébrer trente ans de mobilisation franco-ontarienne. «C’est notre vision du tintamarre. Je vais célébrer, mais pas célébrer un peu, à 100 % pour dire qu’on est encore ici et pour longtemps», a soutenu Michel Bénac. «Nous sommes là et nous le crierons très fort. La francophonie est quelque chose de très vaste à préserver», a ajouté Daniel Lavoie pour sa part.
C’est «Notre place» que ces artistes ont donc chantée avec force et conviction. «Il n’y a pas de survivance, il y a une résistance», a assuré Isabelle Boulay. La musique se fait le reflet d’un peuple fort dont la seule revendication est de s’afficher tel qu’il est : franco-ontarien. Le temps d’un spectacle, les frontières sont donc tombées. Il n’y a plus qu’une langue en commun pour unir près de 5000 personnes : le français, cette langue des anciens.
«Il n’y a pas de langue minoritaire en musique parce que quoi qu’on chante, si c’est un tube, tout le monde va l’écouter», explique l’un des frères Diouf. Pourtant, Émeline Michel constate : «J’ai fait un album en français et il n’a pas du tout marché. J’en ai fait un en anglais et c’est celui avec lequel j’ai connu le succès». Malgré tout, sur scène, le drapeau franco-ontarien se dresse, symbole du succès de trente années, symbole d’une seule fierté : celle de l’esprit franco-ontarien.
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