Le 2 juin 2005
Volume 9
Numéro 22
Nouvelles de Timmins
Assimilation et perte d'identité
Phénomène du bilinguisme au Canada
Par : Doris Bouchard
Editeur : Nouvelles de Timmins
Timmins-
Doris Bouchard
TIMMINS - Les Nouvelles
Récemment, le Conseil public du Nord-Est recevait dans ses locaux de Timmins, le professeur universitaire de Toronto, Monsieur Denis Haché.
Monsieur Haché travaille régulièrement avec différents conseils scolaires afin de développer des projets qui traitent principalement de l’assimilation des jeunes étudiants, c’est-à-dire, la vitalité linguistique des étudiants francophones. Monsieur Haché enseigne aussi des cours universitaires en administration en éducation.
Le projet dont Monsieur Haché s'occupe présentement concerne toutes les écoles francophones du Conseil scolaire public du Nord-Est ontarien. Il a pour but de dresser un profil identitaire des élèves, des parents et des enseignants des écoles du Conseil scolaire public du Nord-Est, concernant l'assimilation des francophones. L'objectif est d'aller chercher des données d'il y a 10 ans et 5 ans en les comparant avec les données d'aujourd'hui, afin de savoir si elles sont positives ou négatives. Advenant que les données soient négatives, il faudrait trouver des moyens pour corriger les situations.
"Le phénomène de l'assimilation est un phénomène global, au niveau de la minorité franco-phone hors Québec", explique Monsieur Haché. Il semble que la région des prairies, de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick soientt les plus touchées.
L'assimilation est un processus lent et surnois qui conduit à la perte de l'identité. Lorsque la personne perd son identité, on la considère complètement assimilée.
"Lorsqu'on parle de bilinguisme au Canada, on semble parler de grandes réalisations, comme si on était les seuls à y avoir pensé", mentionne Monsieur Haché. "Au Canada, on a ce phénomène des francophones qui se disent bilingues mais qui, finalement, ne parlent bien, n'y le français, n'y l'anglais" ajoute-t-il. "Se dire bilingue n'est pas une culture; c'est tout simplement posséder deux langues. Ça ne comprend pas les croyances, les valeurs, les moeurs, les traditions et les coutumes; c'est tout simplement pouvoir parler deux langues", explique Monsieur Haché.
Dans son allocution, le chercheur mentionne qu'il y a un niveau de fierté qu'on devrait avoir dans ses origines et on devrait être capable de se tenir debout et de défendre ce à quoi on a droit.
Le bilinguisme n'a rien de mal lorsqu'il est additif; c'est à dire lorque les personnes augmentent leurs connaissances en ajoutant une nouvelle langue, sans nuire à la langue première. Mais lorsque le bilinguisme est soustractif; c'est à dire que la langue maternelle devient déficiente et qu'en augmentant d'une nouvelle langue, on en perd une autre, on peut se poser des questions sur le vrai sens d'être bilingue.
Les écoles font beaucoup concernant la conservation de la langue française. Mais il y en a encore beaucoup à faire. "Il faut travailler du côté de l'assimilation, la survivance de la langue, la francisation de nos institutions et s'assurer que les étudiants qui sortent des écoles, possèdent très bien le français, tout en pouvant parler l'anglais. L'apprentissage de l'anglais ne doit pas aboutir à la perte du français chez nos jeunes; plus ils s'englissisent, plus ils perdent leur français et c'est un prénomène qu'on observe actuellement chez les jeunes", explique Monsieur Haché.
La solution est d'avoir des institutions scolaires qui vont promouvoir l'acquisition du français de qualité et une identité. Il faut que les étudiants soient fiers de leur origine française. Monsieur Haché ajoute qu'il faut cette fierté, sinon, on a honte de son origine. À son avis, c'est un phénomène qui se voit chez les jeunes, comme chez les adultes, d'avoir honte de mentionner qu'ils sont d'origine francophone et refusent même de parler français.
Dans une communauté majoritairement anglophone, la minorité francophone a toujours à se battre pour imposer sa culture. Il faut donc être assez forts, fiers et convaincus de sa culture pour s'imposer dans toutes ses valeurs, son dialecte et son accent qui fait la beauté du français de son coin de pays. En tant que minorité, pour survivre et progresser, c'est une action quotidienne d'affirmation, que ce soit avec les pairs ou face à la majorité. C'est une question d'affirmation. "Si on ne s'affirme pas, on prétend qu'on n'existe pas. Dans les places publiques, si on ne s'adresse pas en français au départ, on ne contribue pas à la promotion et au respect de la culture française. Pour être capable de poser ce geste, il faut croire en son héritage culturelle et en être fier, sinon, on passe de l'autre côté", mentionne Monsieur Haché.
Malheureusement, le racisme existe encore et ce n'est pas seulement dans la couleur de la peau qu'il se manifeste. Le racisme existe envers les francophones, les autochtones et les immigrés. Lorsque le racisme se manifeste devant nous, ça devrait être une raison de plus de s'affirmer avec plus de fierté. Ça devrait nous stimuler à faire plus de promotion de sa culture et nous convaincre que la survivance dépend de cette affirmation quotidienne.
"Les institutions scolaires primaires, secondaires, collégiales et universitaires, ainsi que les hôpitaux et les services gouvernementaux sont des outils indispensables au développement du français. Et lorsqu'on parle d'institutions de langue française, on parle d'institutions complètement francophones, où on pourrait vivre majoritairement dans nos propres éta-blissements et où le jeu du nombre, n'entre pas en ligne de compte", explique le professeur Haché.
Les parents ont aussi un très grand rôle à jouer dans l'éducation des enfants et plus parti-culièrement, au niveau de la francophonie. "Il doit y avoir collaboration entre l'école et la maison dans l'acquisition de la langue et de la culture française, sinon, il y aura tendance à se ranger du côté de la facilité", signale Monsieur Haché. Il faut donc développer ce sentiment d'appartenance d'une langue et d'une culture et c'est un acte de foi et un effort journalier.
C'est intéressant que cette étude ait lieu dans notre millieu. Il serait agréable et peut-être surprenant de voir les résultats, lorsque l'étude sera terminée.
<< Retour
|