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Le 7 novembre 2002

Service de nouvelles de l'APF

«Le temps est venu pour un nouveau virage» La ministre Robillard lance le débat sur le bilinguisme au sein de la fonction publique fédérale

Yves Lusignan



Ottawa (APF) : Le gouvernement fédéral se prépare à donner un sérieux coup de barre au sein de la fonction publique fédérale, de façon à favoriser l’utilisation des deux langues officielles au travail.

Le présidente du Conseil du Trésor, Lucienne Robillard, a profité de la tenue d’un colloque sur la langue de travail organisé par le Conseil fédéral du Nouveau-Brunswick, pour réitérer l’intention d’Ottawa de passer à l’action. Les propos ne sont pas nouveaux, mais le ton est ferme.

Mme Robillard a clairement fait savoir que les cadres de la fonction publique qui occupent des postes bilingues dans des régions désignées bilingues «devront en subir les conséquences» s’ils ne sont pas bilingues d’ici le 31 mars 2003. Et elle a lancé un avertissement sans équivoque aux fonctionnaires qui caressent le rêve d’occuper un poste de gestionnaire.

«Si vous souhaitez atteindre les échelons supérieurs de la fonction publique, vous devriez commencer immédiatement votre formation linguistique. Les langues officielles devront désormais faire partie de votre plan de carrière.»

La ministre n’a pas l’intention de congédier les gestionnaires qui ne répondront pas aux critères linguistiques de leur poste le 31 mars 2003. Les cadres unilingues seraient plutôt mutés à un autre poste sans perte de salaire, ce qu’on appelle la mutation horizontale. L’autre possibilité serait d’imposer des pénalités financières aux cadres qui conserveraient leur poste.

La ministre, qui parlait à des hauts fonctionnaires du Nouveau-Brunswick, avait l’intention de «brasser la cabane» selon son secrétaire de presse Daniel Grenier. Manifestement, elle ne s’est pas privée de l’occasion qui s’offrait à elle.

«Il est impossible d’imaginer un premier ministre du Canada qui ne soit pas bilingue. Comment pourrions-nous imaginer un sous-ministre ou un cadre qui ne soit pas bilingue alors que les employés sous sa responsabilité parlent l’une ou l’autre des langues officielles? Les langues officielles doivent être une priorité, non seulement dans la théorie mais aussi dans la pratique» a lancé la ministre à son auditoire.

Elle a aussi remis en question deux vaches sacrées : l’embauche de fonctionnaires unilingues à des postes bilingues et la prime au bilinguisme.

En ce qui concerne l’embauche, elle estime qu’il y a suffisamment de fonctionnaires bilingues pour combler les postes qui nécessitent la maîtrise des deux langues officielles. Elle propose donc un changement graduel des règles d’embauche, «un échelon à la fois, du sommet à la base» qui amènerait la fonction publique à combler tous les postes bilingues par des personnes bilingues.

La ministre Robillard s’interroge aussi sur «l’utilité» de la prime au bilinguisme qui existe depuis 1977. Cette prime avait pour but à l’époque de reconnaître les efforts des fonctionnaires qui devaient utiliser les deux langues officielles au travail. La ministre souhaite évaluer l’efficacité de cette prime. Elle se demande notamment si les sommes allouées à cette prime ne pourraient pas plutôt servir à la promotion des langues officielles dans la fonction publique.

La ministre remet aussi en question les programmes de formation linguistique, disant que le gouvernement pourrait en retirer davantage. «Le gouvernement doit repenser son approche quant à la formation linguistique.» Selon la ministre, c’est la façon d’enseigner les langues qui pose problème.

Elle rêve d’une fonction publique où le fait de parler les deux langues officielles «n’est pas uniquement le résultat de l’application de règles, mais quelque chose qui va de soi…» Mais pour cela, le bilinguisme doit faire partie des valeurs canadiennes.

La sous-utilisation du français comme langue de travail dans les régions bilingues, est le signe que quelque chose doit changer dans la façon de promouvoir et de mettre en pratique les langues officielles, pense la ministre.

«Assurément, la bonne chose à faire consiste sans doute à encourager les employés à utiliser leur propre langue durant les réunions et à s’assurer qu’ils disposent des documents et des outils électroniques dont ils ont besoin pour leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes.»

Editeur : Association de la presse francophone


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