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Le 15 novembre 2002
Service de nouvelles de l'APF
Petite enfance : les parents francophones manquent cruellement de ressources
Yves Lusignan
Ottawa -
Malgré la décision du gouvernement fédéral prise en septembre 2000 de verser 2,2 milliards de dollars aux provinces et territoires au cours des cinq prochaines années pour le développement de programmes et services reliés à la petite enfance, les francophones n’ont droit à ces fonds qu’en Ontario et au Manitoba.
Pourtant, explique la directrice générale de la Commission nationale des parents francophones, Murielle Gagné-Ouellette, l’entente conclut avec les provinces précise que les programmes et services doivent inclure les enfants de différents milieux linguistiques, culturels, économiques et régionaux.
Les francophones ont également été oubliés lors de la création par le gouvernement fédéral de cinq centres d’excellence pour le bien-être des enfants en octobre 2000. Aucun de ces centres situés à Toronto, Winnipeg, Montréal, Thunder Bay et Vancouver n’avait songé à financer de la recherche sur les besoins des enfants francophones en milieu minoritaire.
Il a fallu l’intervention musclée de Santé Canada en juillet dernier, le ministère a carrément menacé de couper les fonds, pour obliger ces centres d’excellence à développer des partenariats avec les communautés francophones. Le centre de Toronto travaille maintenant avec la Fédération de la jeunesse canadienne-française et celui de Winnipeg veut développer une recherche sur les petite enfants et les adolescents en collaboration avec les francophones du Manitoba. Aux dernières nouvelles, les centres de Thunder Bay et Vancouver ne savaient toujours pas comment réagir à la menace.
La Commission nationale des parents francophones aimerait que le gouvernement fédéral ajoute un volet petit enfance à son programme à financement partagé sur les langues officielles en enseignement (PLOE). Ce serait à ses yeux la meilleure façon d’inciter les provinces à développer des centres de la petite enfance pour les communautés francophones. Sans ce coup de pouce financier d’Ottawa, on ne se fait aucune illusion sur la volonté des provinces de consacrer des fonds publics à la petite enfance en français. Surtout si les parents anglophones n’ont même pas accès à des services semblables dans leur langue.
Lors d’un colloque organisé par la Commission nationale des parents francophones à Québec du 14 au 16 novembre, les participants en provenance de partout au pays ont pu mesurer les besoins et les enjeux reliés à la petite enfance.
Il existe très peu de services en français pour la petite enfance au pays. Cela a un impact considérable sur la clientèle scolaire dans les écoles francophones, reconnaît la présidente de la CNPF, Ghislaine Pilon. «L’enfant qui est dans une garderie anglaise ne parle pas français lorsqu’il arrive à la maternelle. Il doit commencer à apprendre le français à l’école. Cela retarde son apprentissage.» Lorsqu’ils constatent que leur enfant ne progresse pas en français, de nombreux parents inquiets décident alors de l’inscrire à l’école anglaise. «Ils deviennent des assimilés. C’est courant. Tu vois cela partout.» Les écoles de langue française perdent donc des effectifs importants. «Si on ne peut pas offrir un service complet de petite enfance, comment va-t-on réussir à avoir des enfants dans nos écoles» se demande la directrice-générale Murielle Gagné-Ouellette. Et c’est sans parler des services spécialisés, pour les enfants autistiques par exemple, qui sont inexistants en français.
Les parents ont un allié politique de taille en la personne du ministre fédéral Stéphane Dion, qui doit soumettre bientôt un plan d’action qui financera plusieurs initiatives touchant les langues officielles. Le ministre a déjà indiqué que l’éducation était une de ses priorités et il s’intéresse particulièrement au travail de la Commission nationale des parents francophones dans le dossier de la petite enfance. Même les ministres responsables des affaires francophones des provinces ont pris l’engagement au mois d’octobre dernier d’encourager leur gouvernement respectif à se pencher sur le financement de programmes pour la petite enfance en français.
Selon la professeure agrégée à la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Moncton, Rose-Marie Duguay, il faut d’abord et avant tout réaliser un profil des besoins des francophones en petite enfance dans toutes les régions. «Si on faisait ce genre de recherche pour chaque région, on interviendrait selon des besoins réels», dit-elle, et non pas uniquement en fonction des subventions gouvernementales disponibles. «On connaît déjà beaucoup de choses mais je pense que pour les francophones hors Québec, on devrait avoir le même genre de profil que le reste du Canada. Ces recherches existent au Canada anglais.»
Le plus récent portrait national des services offerts en français publié en mai 2002 est à tout le moins révélateur de l’ampleur des besoins à combler.
Portrait national
Il n’y a aucune garderie francophone à Terre-Neuve mais il existe quatre programmes de prématernelle. Aucune des trois éducatrices n’a la formation requise par le gouvernement provincial. Il est difficile de trouver des éducatrices francophones qualifiées. L’accès à la formation en éducation à la petite enfance n’existe pas, mais il pourrait y avoir un projet de formation à distance en collaboration avec le Collège de l’Acadie en Nouvelle-Écosse.
Il n’y a pas de politique provinciale sur la petite enfance pour la minorité francophone de l’Île-du-Prince-Ēdouard. On compte une garderie francophone dans la capitale, deux services de garde et cinq centres préscolaires pour les 3 à 5 ans. Il est difficile d’embaucher des éducatrices francophones qualifiés. La Société éducative de l’Île offre la formation de deux ans, mais il y a peu de personnes inscrites au programme.
Il n’y a pas de programme d’éducation préscolaire ou de programme de services de garde financé par la Nouvelle-Écosse, encore moins de politique provinciale sur la petite enfance pour la minorité francophone. On compte trois garderies de langue française, qui reçoivent peu de financement de la Province. Il y a douze prématernelles ou centres scolaires dans les différentes régions, dont quatre dans les écoles françaises. Le nombre d’éducatrices disponibles est limité. Le Collège de l’Acadie offre une formation en petite enfance, mais il y a peu d’intérêt.
Il existe 147 garderies francophones reconnues au Nouveau-Brunswick et il y a de nombreuses garderies qui fonctionnent illégalement. Il n’existe pas de programme d’éducation préscolaire ou de programme de services de garde géré et financé par le gouvernement provincial. Il existe aussi un besoin pour de la formation en francisation dans la formation des éducatrices en petite enfance.
En Ontario, le gouvernement ne subventionne aucun programme universel de garde d’enfants. La minorité francophone ne jouit d’aucune politique particulière visant la petite enfance, mais le gouvernement accorde un financement aux conseils scolaires francophones pour les aider à offrir des services. Il existe 130 garderies francophones, certaines en milieu scolaire. Ces garderies ne répondent cependant pas à tous les besoins.
Il y a sept garderies francophones au Manitoba et un réseau de 67 garderies en milieu familial. Les parents revendiquent le financement public des garderies. Les garderies ne répondent pas aux besoins des familles francophones. Il y a aussi un manque d’éducatrices francophones qualifiées et un manque de gestionnaires de service de garde qualifiés.
En Saskatchewan, on revendique depuis plusieurs années l’intégration des programmes préscolaires dans le système scolaire. On désire la mise sur pied de classes de prématernelles pour les 3 et 4 ans à mi-temps dans toutes les écoles françaises. La formation en éducation à la petite enfance n’est pas disponible en français dans la province. On a également de la difficulté à embaucher des éducatrices qualifiées.
Il existe en Alberta un grand besoin pour des garderies francophones. L’offre de garde est limitée et insuffisante pour répondre aux besoins des familles. Il y a une garderie à Calgary et une autre à Edmonton, ainsi que des garderies en milieu familial et des services de garde en milieu scolaire.
En Colombie-Britannique, la majorité des communautés possèdent un service de garde et il y a une dizaine de garderies francophones, incluant les garderies en milieu familial. Les frais de garderie sont cependant très élevés et l’appui financier du gouvernement est insuffisant. Il faudrait aussi augmenter les services de garderies et de prématernelles pour répondre aux besoins des familles francophones.
Editeur : Association de la presse francophone
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