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Le 19 novembre 2002

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Immigration : mode d’emploi Dyane Adam propose des mesures pour attirer davantage d’immigrants francophones

Yves Lusignan

Ottawa - Il ne suffit pas de réclamer son lot d’immigrants pour espérer combler les besoins dans les communautés francophones du pays. Encore faut-il savoir comment s’y prendre pour les recruter, les accueillir et surtout les garder dans la communauté d’adoption.

Une toute nouvelle étude sur l’immigration publiée par la Commissaire aux langues officielles Dyane Adam propose justement aux gouvernements et aux communautés des mesures pour attirer et retenir davantage d’immigrants. Une première étude en profondeur publiée au mois de février confirmait que les communautés francophones n’avaient pas profité des avantages de l’immigration pour se développer.

L’étude, sorte de mode d’emploi à l’intention des communautés francophones et des fonctionnaires de Citoyenneté et Immigration Canada, donne un aperçu des préoccupations et des difficultés des immigrants qui décident de s’établir dans une communauté francophone au Canada, brosse un tableau de l’immigration francophone dans les provinces et livre quelques précieux conseils aux communautés qui désirent attirer des immigrants, tout en leur ouvrant les yeux sur des programmes existants.

Trois obstacles se dressent sur le parcours du combattant de l’immigrant qui veut s’établir dans une communauté francophone : la nécessaire connaissance de l’anglais pour lui permettre de fonctionner dans une province anglophone, la difficulté à faire reconnaître ses titres de compétence et son expérience professionnelle par des associations ou des employeurs et l’absence d’antécédents professionnels au pays, ce qui explique pourquoi de nombreux employeurs hésitent à embaucher des immigrants.

Puisque l’emploi est souvent le principal obstacle au succès de l’intégration, l’étude suggère aux entreprises francophones d’offrir aux immigrants leur premier emploi au pays, pour leur permettre justement de démontrer leur expérience canadienne sur le marché du travail.

L’intégration peut toutefois être difficile dans certaines communautés francophones, surtout celles qui ont développé un fort sentiment d’appartenance à un groupe. «Le nationalisme acadien est si fort que je ne serai jamais accepté comme un Acadien» commente d’ailleurs un immigrant ivoirien qui vit au Nouveau-Brunswick depuis 20 ans.

Selon l’auteur de l’étude, Winnipeg est la seule ville où les institutions francophones de la province cherchent à recruter activement des immigrants francophones.

Dyane Adam est la première à admettre que les communautés francophones qui veulent accueillir des immigrants ont très peu de ressources. «Environ la moitié des immigrants d’expression française qui s’installent ailleurs qu’au Québec adoptent l’anglais comme langue au foyer», tout simplement parce que les services d’aide ne sont offerts qu’en anglais.

Des chiffres qui ne mentent pas

Sur le million de francophones vivant à l’extérieur du Québec, à peine 44 000 sont des immigrants. Selon l’étude, il devrait y en avoir quatre fois plus en tenant compte de la proportion des francophones du pays. Car si la population anglophone compte sur l’immigration pour assurer sa croissance démographique, «très peu d’immigrants sont attirés par les communautés francophones».

Les 6 722 immigrants francophones qui ont choisi de s’établir à l’extérieur du Québec en 2001 ne représentaient que 3,1 pour cent de la population francophone totale alors que les Franco-Canadiens forment 4,5 pour cent de la population. On estime que seulement la moitié de ces immigrants sont susceptible de demeurer au sein des communautés francophones. Selon Dyane Adam, le gouvernement doit viser une proportion d’immigration francophone supérieure à 5 pour cent, si on veut que l’immigration joue un rôle.

Une forte proportion (15 pour cent) de la communauté francophone de la Colombie-Britannique est formée d’immigrants. Les communautés francophones de l’Ontario et de l’Alberta comptent une proportion de 6 pour cent d’immigrants. Le Nouveau-Brunswick compte la plus faible proportion d’immigrants francophones avec un peu plus de 1 pour cent. La province n’attire pas davantage les anglophones, alors que seulement 4 pour cent sont des immigrants.

Seulement 2,8 pour cent des francophones du Manitoba sont des immigrants, 1,5 pour cent à l’Île-du-Prince-Édouard, 3 pour cent en Saskatchewan et 10 pour cent (215 personnes) à Terre-Neuve et Labrador. On compte 5 pour cent d’immigrants au sein de la population francophone des Territoires du Nord-Ouest et 7 pour cent au Yukon.

La Commissaire Adam propose la création d’un site Web qui permettrait d’informer les immigrants potentiels des possibilités de vivre en français au pays et donnerait aux agents d’immigration des informations à jour sur les communautés francophones et leurs besoins en main-d’œuvre. Elle suggère aussi au gouvernement de mesurer le degré de réussite de l’immigration dans les communautés francophones, grâce à un «index du maintien des immigrants.»

La Commissaire estime aussi que les communautés francophones doivent participer activement au Programme des candidats d’une province. Ce programme accorde aux provinces une marge de manœuvre pour choisir leurs immigrants en fonction de leurs besoins.



Editeur : Association de la presse francophone


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