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Le 6 décembre 2002
Service de nouvelles de l'APF
Plus de la moitié des francophones du pays souffrent d’un problème d’alphabétisme.
Yves Lusignan
Ottawa (APF) : Plus de la moitié des francophones au pays ont un sérieux problème d’alphabétisation et la situation des Acadiens du Nouveau-Brunswick est encore plus dramatique.
Une étude de Statistique Canada sur les niveaux d’alphabétisation chez les francophones du pays, indique que les francophones qui vivent à l’extérieur du Québec ont un niveau d’alphabétisation plus faible que celui des francophones du Québec ou des anglophones du Canada.
Plus de 60 pour cent des francophones hors Québec se situent aux niveaux les plus bas de l’alphabétisme (niveaux 1 et 2), comparativement à plus de 50 pour cent pour les francophones du Québec et 37 pour cent pour les anglophones du pays.
«Vous seriez surpris de connaître la proportion de la population qui est incapable de lire un horaire d’autobus!» dit Jean-Pierre Corbeil de Statistique Canada, qui a participé à l’étude rédigée par M. Serge Wagner de l’Université du Québec à Montréal.
Il faut se rappeler, souligne encore M. Corbeil, que 64 pour cent de la population francophone du Nouveau-Brunswick avaient moins d’une 13ième année en 1996. Cette proportion était de 56 pour cent chez les Franco-Ontariens et de 59 pour cent chez les Québécois. Pire encore, 26 pour cent des Acadiens du Nouveau-Brunswick et 16 pour cent des Franco-Ontariens avaient complété moins d’une 9ième année en 1996.
L’auteur de l’étude a utilisé les données de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation des adultes de 1994, à laquelle ont participé six pays dont le Canada, pour examiner de plus près la réalité de l’alphabétisme chez les francophones au pays. Les résultats sont basés sur les réponses obtenues auprès de 1 000 Québécois, 1 000 Franco-Ontariens et 700 Acadiens du Nouveau-Brunswick. Les réponses des Acadiens de la Nouvelle-Écosse et des Franco-Manitobains à l’enquête de 1994 n’ont pas été retenues pour les fins de l’étude, parce que l’échantillon était trop petit.
Les francophones de l’Ontario sont proportionnellement deux fois plus nombreux au niveau le plus faible (niveau 1) que les anglophones de la province et deux fois moins nombreux au niveau le plus élevé. Pas moins de 60 pour cent des Franco-Ontariens se situent aux deux plus faibles niveaux de l’alphabétisme.
La situation est critique chez les Acadiens du Nouveau-Brunswick, alors que les deux tiers se retrouvent aux deux niveaux les plus bas de l’alphabétisme (niveaux 1 et 2). L’écart entre les Acadiens et les anglophones est tellement important qu’il a pour résultat de placer la province sous la moyenne canadienne!
Le marché du travail au Nouveau-Brunswick, dit Jean-Pierre Corbeil de Statistique Canada, explique en partie ce faible niveau d’alphabétisation, puisque l’Acadie a une économie qui est encore fortement dépendante des ressources naturelles. Cependant, même en considérant toutes les variables possibles et imaginables, il existe tout de même un écart inexplicable entre les niveaux d’alphabétisation des francophones et des anglophones de la province, même chez les gens qui sont relativement scolarisés.
Autre découverte : les Franco-Ontariens et les Acadiens (28 pour cent au total) qui ont choisi de répondre en anglais à l’enquête de 1994, ont obtenu des résultats encore plus mauvais que ceux qui ont répondu dans leur langue maternelle. «Les francophones qui ont fait le test en anglais mais qui parlent français le plus souvent à la maison obtiennent en général des résultats plus faibles que les francophones qui ont fait le test en anglais et qui parlent également cette langue le plus souvent au foyer» note Serge Wagner.
Même si l’étude utilise des données de 1994, l’alphabétisme chez les francophones n’aurait guère évolué depuis cette date.«Je pense que ces données sont encore très pertinentes» dit Jean-Pierre Corbeil de Statistique Canada.
Il admet toutefois que l’étude n’apporte pas toutes les réponses. «Il est important de garder à l’esprit que l’objectif était de fouiller davantage la situation des francophones hors Québec, mais dans les limites de la taille de l’échantillon. Il y a une limite aux explications qu’on peut trouver. Mais il n’en demeure pas moins que les résultats sont assez éclairants.»
L’espoir, lointain, ce sont les jeunes. Moins de la moitié des Franco-Ontariens et des Acadiens du Nouveau-Brunswick, âgés entre 16 et 25 ans, se situaient aux niveaux les plus bas de l’alphabétisme. «Quand on évalue les jeunes, la situation tend à s’améliorer, mais c’est lent» affirme M. Corbeil.
Curieusement, les francophones de l’extérieur du Québec fréquentent davantage les bibliothèques publiques, assistent davantage à des spectacles, sont proportionnellement plus nombreux à écrire des lettres, à participer à des associations et à lire des livres que les Québécois.
Ils sont aussi proportionnellement plus nombreux que les Québécois à posséder à la maison des journaux et des quotidiens, une encyclopédie, un dictionnaire et plus de 25 livres. La proportion de francophones hors Québec qui disent posséder un dictionnaire, une encyclopédie ou des journaux est même aussi forte que chez les anglophones du pays.
Ces chiffres sur les pratiques culturelles des francophones hors Québec peuvent cependant être trompeurs, admet M. Corbeil. C’est que l’auteur de l’étude, Serge Wagner, a utilisé les réponses les plus inclusives. Par exemple, le calcul de la fréquentation des bibliothèques publiques tient compte de ceux et celles qui ont répondu n’y mettre les pieds qu’une seule fois par année. On a aussi combiné les données des Franco-Ontariens et des Acadiens, ce qui a tendance à donner des résultats plus respectables, puisque ceux des Acadiens sont franchement mauvais.
Ainsi selon l’étude, 41 pour cent des francophones hors Québec fréquentaient des bibliothèques publiques en 1994. La réalité, c’est que 22 pour cent des Franco-Ontariens, 18 pour cent des Québécois et seulement 13 pour cent des Acadiens du Nouveau-Brunswick fréquentaient une bibliothèque publique au moins une fois par mois en 1994.
Statistique Canada tiendra l’an prochain une nouvelle enquête sur l’alphabétisation, cette fois auprès de 25 000 Canadiens, alors qu’il n’y avait que 5 660 répondants en 1994.
L’échantillon francophone sera beaucoup plus important en Ontario, au Nouveau-Brunswick et au Manitoba. Pas moins de 3 000 Franco-Ontariens, 875 Acadiens et 600 Franco-Manitobains seront évalués sur leurs habitudes de lecture et d’écriture. En Nouvelle-Écosse, l’échantillon sera cependant proportionnel à la population acadienne.
En raison des coûts de l’enquête et des négociations avec les provinces, il sera à nouveau impossible de connaître le niveau d’alphabétisation des francophones des autres provinces, notamment ceux de l’Alberta et de la Colombie-Britannique qui comptent plus de 50 000 francophones.
Fait à signaler : le gouvernement de l’Ontario a accepté de payer pour obtenir un échantillon plus vaste de la communauté franco-ontarienne.
Editeur : Association de la presse francophone
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