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25 avril 2001

Services de nouvelles nationales

Dion, responsable du dossier des langues officielles

Yves Lusignan

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, aura la difficile tâche de remettre au centre des priorités du gouvernement la question des langues officielles et de la dualité linguistique. Le premier ministre Jean Chrétien a annoncé que M. Dion était l’homme qu’il lui fallait pour remettre sur les rails ce dossier, qui a été délaissé au fil des compressions budgétaires. Sa tâche consistera à aider ses collègues qui ont déjà des responsabilités en ce domaine, on pense notamment aux ministres du Patrimoine, de la Justice et du Conseil du Trésor, à mieux travailler ensemble.

« Moi, j’ai la responsabilité de m’assurer que le volet langues officielles qui touche ces ministères est une priorité et que les activités du gouvernement sont bien coordonnées ». M. Dion admet du même souffle qu’il existe des lacunes importantes dans l’application de la Loi sur les langues officielles. M. Chrétien a confirmé qu’il y aurait un réinvestissement dans le domaine des langues officielles. M. Dion dit qu’il faut aussi revoir la façon de travailler du gouvernement. Il veut remettre la question des langues officielles « au haut des priorités » du gouvernement, comme la Commissaire aux langues officielles Dyane Adam le réclamait dans son premier rapport annuel. Il dit même que le dossier est très important « pour le Parti libéral du Canada, pour notre tradition. C’est une priorité, il ne faut pas qu’on se trompe ».
Sa première préoccupation sera de s’assurer que les deux langues officielles s’épanouissent au pays, notamment la langue française. Il s’inquiète d’ailleurs de l’incapacité grandissante du gouvernement fédéral de ne pouvoir assurer des services dans les deux langues officielles, dans les bureaux fédéraux qui sont pourtant désignés bilingues.

Dyane Adam heureuse

La Commissaire aux langues officielles est évidemment heureuse de cette nomination «  C’est une décision qui représente un pas dans la bonne direction et une affirmation de l’engagement annoncé dans le Discours du Trône. »

Cette nomination répond aussi à son premier rapport annuel, où elle reprochait au gouvernement fédéral de ne pas avoir une vision cohérente et soutenue en matière de langues officielles : « Il était temps d’avoir quelqu’un à bord. » Elle s’attend à ce que M. Dion concerte les principaux ministères responsables de l’application de la Loi sur les langues officielles, qu’il développe un plan d’action cohérent et qu’il examine les ressources financières qui doivent être consacrées pour la pleine réalisation des obligations gouvernementales en matière linguistique.

Elle souhaite enfin que le ministre Dion jette un regard sur les projets de loi qui pourraient avoir un impact sur le développement des minorités de langue officielle, de façon à y ajouter des clauses linguistiques. Le projet de loi sur l’immigration, qui est actuellement à l’étude, est un exemple à cet égard.

Le ministère fédéral de la Justice a déjà saisi toute l’importance de cette nomination. Il a en effet décidé le jour même de ne pas en appeler du récent jugement de la Cour fédérale portant sur la Loi sur les contraventions. La Commissaire aux langues officielles, au nom de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario, contestait la décision du ministère de conclure des ententes avec les provinces et les municipalités portant sur l’administration de la Loi sur les contraventions fédérales, sans s’assurer de protéger les droits linguistiques des contrevenants.

La Commissaire Adam ne pense pas que l’image de défenseur pur et dur de l’unité canadienne qui colle à la peau de Stéphane Dion va lui nuire dans ses nouvelles fonctions : « La question linguistique est une question d’unité canadienne, il ne faut pas s’en cacher. De plus, le dossier est déjà très politisé en ce qui me concerne. C’est peut-être mieux que, finalement, ce soit clairement mis sur la table de travail ». Elle souhaite d’ailleurs que le ministre plonge dans les eaux troubles de la politique municipale, nommément en ce qui concerne la désignation bilingue de la ville d’Ottawa. Le dossier, qui suscite bien des remous, doit être tranché le 9 mai lors d’une réunion du conseil municipal de la nouvelle ville fusionnée. « À mon avis, la capitale nationale du Canada n’appartient pas seulement aux citoyens de la ville. Le fédéral, à mon avis, a un rôle à jouer ». « On sait ce qu’on veut et on regarde ça de très près. Il est très important que les citoyens de la ville d’Ottawa ait des services dans les deux langues officielles » insiste le ministre Dion.

La FCFA satisfaite

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA), Georges Arès, accueille d’un œil « assez favorable » l’annonce. Il rappelle que l’organisme de défense a demandé à maintes reprises la nomination d’un ministre responsable de la francophonie canadienne.
Il souhaite maintenant l’adoption par le gouvernement central d’un plan global de développement pour les communautés francophones du pays,« quelque chose de noir sur blanc qui serait la Bible pour les fonctionnaires du gouvernement fédéral ».
M. Arès rappelle qu’Ottawa a souvent pris des décisions incohérentes, faute de coordination :
« On a souvent vu le ministère du patrimoine nous aider d’une main, par exemple avec le Programme de contestation judiciaire, et le ministère de la Justice lutter contre nous devant les tribunaux ».

Editeur : Association de la presse francophone


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