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2 mai 2001
Services de nouvelles nationales
Des citoyens s'opposent furieusement au bilinguisme à Ottawa .
Yves Lusignan
L'intolérance a atteint des limites insoupçonnées par les touristes et les gens d'affaires qui visitent la capitale nationale, alors que des citoyens opposés au bilinguisme ont cassé du sucre sur le dos des francophones, du maire et des politiciens fédéraux. Les opposants au bilinguisme, la plupart d'un certain âge, ont dénoncé sur tous les tons la politique linguistique qui sera débattue le 9 mai lors de la réunion du conseil municipal de la nouvelle ville unifiée d'Ottawa. Dans une ambiance surréaliste, ils ont dépeint en des termes apocalyptiques les conséquences engendrées par la volonté de la Ville d'Ottawa d'offrir des services dans les deux langues officielles, en reconduisant l'ancienne politique linguistique qui remonte à 1982. Car il s'agit bien uniquement d'offrir des services, et non pas de déclarer la ville officiellement bilingue. Pendant plus de huit heures, sans pause, des citoyens ont défilé devant le Comité des services organisationnels et du développement pour dénoncer ou appuyer la politique. Les gradins étaient bondés le matin. Chaque groupe avait ses partisans qui applaudissaient bruyamment ou manifestaient leur insatisfaction, selon les propos tenus au micro. Plusieurs opposants provenaient des anciennes villes périphériques de la capitale, là où il n'existait pas dans le passé une politique linguistique aussi élaborée
Il fallait avoir une bonne dose de sang-froid pour écouter sans broncher les propos virulents du camp du refus. L'animosité était palpable. Certains ont évoqué les Balkans et l'Irlande du Nord, où les groupes religieux et ethniques sont en guerre. Il a été question d'apartheid ethnique, comme en Afrique du Sud, de « purge linguistique », de complot francophone et québécois, de guerre civile entre catholiques et protestants, de dictature de la minorité contre la majorité
On a appris que le bilinguisme était « un viol », que les anglophones unilingues allaient tous perdre leur emploi, qu'ils ne pourraient pas avoir droit à une promotion, que le bilinguisme était un facteur qui augmentait le chômage, que l'apprentissage d'une deuxième langue causait « du stress, des crises des nerfs et des problèmes médicaux » , que le bilinguisme a détruit des milliers de carrières prometteuses au sein de la fonction publique fédérale et qu'il allait en détruire autant au sein de la fonction publique municipale, que tout cela allait coûter une fortune. Bref, c'est l'Armageddon, la fin du monde, un cataclysme sans précédent dans l'histoire d'Ottawa.
Une dame vêtue de noir a annoncé qu'elle était en deuil pour son pays. Plusieurs ont réclamé un référendum. Le maire Bob Chiarelli a écouté sans broncher les insultes à son endroit. Il s'est fait traiter de Pinocchio et de « bâtard, fils de chienne », cette dernière insulte en italien. On a même remué les cendres de son épouse pour faire passer le message. « Nous avons tous les deux perdu notre femme du cancer. Je pense que forcer les gens à apprendre une autre langue va être aussi pénible »de lancer un citoyen.
L'adoption par le conseil municipal de la politique de bilinguisme de l'ancienne Ville d'Ottawa aura en fait pour conséquence de faire déclarer bilingues les 20 postes de cadres supérieurs restants, de fixer un échéancier pour permettre aux membres du personnel touchés de devenir bilingues, de confirmer l'offre de services municipaux en français et en anglais selon les exigences locales, tout en maintenant le bilinguisme au même niveau que dans le passé dans l'ancienne Ville d'Ottawa. On assure que personne ne perdra son emploi, qu'il n'est pas question d'offrir des services bilingues complets partout sur le territoire de la nouvelle ville, encore moins d'accroître le fardeau fiscal.
Editeur : Association de la presse francophone
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