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Le 27 février 2003

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Langues officielles : Certains sénateurs ont peur du ridicule devant les caméras

Yves Lusignan

Ottawa - Certains membres du comité du Sénat sur les langues officielles ne désirent pas montrer à la grandeur du pays leur méconnaissance du dossier des langues officielles.

Le sénateur Jean Lapointe, pour un, s’interroge sérieusement sur la pertinence de télédiffuser tous les débats du comité sénatorial, comme le propose le sénateur Jean-Robert Gauthier. «Dans un tel cas, de quoi auraient l’air ceux qui ne se prononcent pas parce qu’ils sont nouveaux dans le dossier? Personnellement, je crois qu’ils auraient l’air imbéciles en attendant l’opportunité de poser une question qui, au surplus, pourrait avoir l’air ridicule».

Le sénateur Lapointe, qui n’a pas prononcé un seul mot lors de la dernière réunion du comité sénatorial qui se penchait sur les droits linguistiques des Franco-Ténois, n’a pas caché un certain malaise à la fin de la réunion. «Si j’avais posé une question tantôt, il y a de grosses chances que je me serais mis les pieds dans les plats et c’est pourquoi je me suis abstenu de le faire.»

Le sénateur est aussi d’avis qu’une question d’ordre constitutionnel «n’intéresse personne à part ceux qui sont directement plongés dans le dossier». Il croit également que «le commun des mortels» ne suivra pas à la télévision un débat trop complexe. «Si on ne veut débattre qu’entre gens d’expérience, qu’on me le dise, je n’assisterai pas au comité.» Le sénateur Lapointe estime enfin que les comparutions à venir des ministres Stéphane Dion et Sheila Coops «ne sont pas d’intérêt public.»

La sénatrice Viola Léger, qui intervient peu au sein du comité, a également voté contre la télédiffusion des débats. La sénatrice Shirley Maheu serait prête à faire une exception lors de la comparution de ministres ou d’invités spéciaux. Finalement, les sénateurs ont accepté la télédiffusion de la réunion du comité de la comparution du ministre Dion le 24 mars.

Conflit au sein du comité

Ceci dit, il y a des conflits entre sénateurs qui commencent à apparaître au grand jour au sein de ce nouveau comité, ce qui explique aussi que certains sénateurs préfèrent laver leur lingue sale en famille plutôt que devant les caméras.

Le sénateur Jean-Robert Gauthier souhaitait, par exemple, que les comités sur les langues officielles et du Sénat sur les langues officielles s’entendent pour accueillir conjointement le ministre des Affaires intergouvernementales Stéphane Dion le 24 mars, de façon à ce qu’il présente son plan d’action sur les langues officielles une seule fois devant les parlementaires. Le hic, c’est que le comité de la Chambre des communes sur les langues officielles a déjà prévu accueillir M. Dion le 17 mars.

M. Gauthier, il faut le rappeler, est celui qui a convaincu ses collègues de créer un comité sénatorial sur les langues officielles, parce qu’il trouvait improductif l’ancien comité conjoint du Sénat et de la Chambre des communes. Depuis, les deux comités fonctionnent séparément, sans se consulter, et siègent même parfois le même jour, pratiquement à la même heure.

Les sénateurs Viola Léger, Jean Lapointe, Shirley Maheu et Maria Chaput ont tous rejeté la suggestion du sénateur Gauthier, qui ne l’a pas accepté. «C’est aujourd’hui le 24 février et on parle d’une réunion qui aura lieu dans un mois. Autrefois, le comité mixte se réunissait deux fois par semaine. Maintenant, elle ne se tient qu’une fois par mois. Cela est insensé. Le sujet dont il est question est beaucoup plus important et mérite plus d’une réunion par mois.»

La fréquence des réunions du comité est un autre sujet de bisbille. «Je ne suis pas d’accord que nous devons débuter nos réunions à 4 h l’après-midi et je ne suis pas d’accord que nous devons tenir une réunion par mois. C’est une blague..» a lancé le sénateur Gauthier.

La réplique est venue du sénateur Gérald Comeau de la Nouvelle-Écosse. «Le sénateur Gauthier suggère que nous tenions nos réunions plus tôt dans la journée. Cela fonctionne bien lorsqu’on demeure à Ottawa, à sept minutes. Si la température est clémente, il me faut sept heures pour me rendre ici…Pour être ici avant 16 h le lundi, je dois partir et laisser ma famille le dimanche. Je regrette, mais il y a autre chose dans la vie que de voyager le dimanche afin d’être présent à des réunions du comité des langues officielles.»

La nouvelle sénatrice du Manitoba, Maria Chaput, est plus flexible. Elle doit également voyager le dimanche si elle veut assister à une réunion du comité des langues officielles le lundi, mais elle est prête à le faire à toutes les deux semaines parce qu’elle croit que le comité devrait se réunir deux fois par mois.

Editeur : Association de la presse francophone


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