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16 mai 2001

Services de nouvelles nationales

Air Canada entend respecter ses obligations linguistiques.

Yves Lusignan


Air Canada est toujours déterminée à respecter toutes les obligations linguistiques découlant de la fusion avec le transporteur Canadien, mais avertit que cela coûtera quand même beaucoup d’argent à la compagnie.

L'entreprise dépensera 12 millions de dollars au cours des quatre prochaines années dans un programme de formation linguistique pour le nouveau personnel. Depuis le mois de septembre 2000, des dizaines d'agents de bord de Canadien sont retirés du service et remplacés pendant qu'ils passent un test de langue et qu'ils suivent une formation linguistique. Air Canada a déjà dépensé plus de 500 000 $ en coût de formation seulement, sans compter le coût de remplacement des agents en formation.

La loi qui autorise la fusion entre les deux entreprises oblige Air Canada à veiller à ce que les services et les communications aux voyageurs qui voleront sur les ailes de Canadien, soient offerts dans les deux langues officielles d'ici le 1er janvier 2004. Air Canada doit aussi s'assurer que les filiales régionales comme Air Nova, Air Ontario et Air BC offrent maintenant des services bilingues.

Air Canada a toujours eu de son côté l'obligation de respecter la Loi sur les langues officielles, même depuis qu'elle est devenue une entreprise privée en 1988. L'entreprise a d'ailleurs profité de sa comparution devant le comité permanent des langues officielles, qui étudie justement les services bilingues offerts par la compagnie, pour mettre les pendules à l'heure à ce chapitre. « Air Canada a toujours affecté des agents de bord bilingues sur tous ses vols. Je peux vous garantir que Air Canada a du personnel bilingue sur tous ses vols intérieurs et internationaux » assure Michèle Perreault-Ieraci, qui est la responsable du dossier linguistique au sein de la compagnie. Depuis la fusion cependant, le personnel est passé de 23 000 à 40 000 : « La dilution de la capacité bilingue était inévitable », dit-elle, d'autant plus que Canadien « n'avait jamais eu de réelle politique d'embauche bilingue. »

Pour ce qui est des transporteurs régionaux, elle assure que plus de la moitié des agents de bord de ces compagnies seront bilingues d'ici la fin de la présente année. Il restera quand même des employés unilingues à la fin de l'exercice, « qu'il faut bien mettre dans nos avions régionaux quelque part. » Elle affirme aussi que tout nouveau pilote embauché par Air Nova est « nécessairement bilingue », pour la simple raison que les nouveaux avions de la compagnie, des Beechcraft, sont opérés par deux pilotes sans agent de bord.

Pour offrir un service aux passagers, l'un des deux pilotes doit donc nécessairement être bilingue. « Je défie n'importe qui aujourd'hui de dire que nous ne faisons rien. Je ne vois pas qui d'autre au gouvernement a mis autant de mesures en place que Air Canada. »
Les députés et sénateurs, qui voyagent beaucoup, étaient beaucoup moins enthousiastes. « On a des plaintes » de dire le sénateur Jean-Robert Gauthier.

Le député bloquiste Benoît Sauvageau n'a pas raté l'occasion de souligner que le numéro de téléphone pour la région de Montréal, qui figure à l'endos de la carte Air Canada qui est remise à tous les députés de la Chambre des communes, renvoie à un service en anglais seulement.« Il a aussi arraché quelques engagements, notamment de mettre à la disposition de chaque passager un formulaire qui permettrait aux voyageurs lésés de porter plainte. Il a aussi invité la compagnie à faire une campagne publicitaire, de façon à informer les Canadiens de l'importance des langues officielles. Le député néo-démocrate d'Acadie-Bathurst, Yvon Godin, était d'humeur massacrante. Il a raconté sa récente expérience personnelle lors d'un vol Ottawa-Montréal-Bathurst. “Toutes les directives étaient en anglais sur l'avion. Les francophones avaient droit à une cassette ». Il a qualifié la situation d'inacceptable.

« Je veux des réponses et des changements. Je ne veux pas des cassettes. Je veux des humains pour me répondre » a tonné le bouillant député. « J'entends très bien ce que vous me dites » de dire la représentante d'Air Canada, qui a tenté tant bien que mal d'expliquer qu'il avait volé sur les ailes d'un transporteur régional : « Je m'en fiche carrément! » de répliquer M. Godin. Le député libéral Eugène Bellemare a même admis qu'il était ébranlé par « la rhétorique » du Bloc québécois, qui soutient depuis toujours que les francophones ne sont pas chez eux au Canada : « Ça sonne une cloche », de dire M. Bellemare, qui se demande s'il vit bel et bien au Canada lorsqu'il est dans les airs : « Il faut se sentir chez nous à Air Canada, sinon, il va falloir changer de nom. »

La sénatrice anglo-montréalaise Joan Fraser, raconte avoir demandé un jour pourquoi il n'y avait aucun message en français au comptoir Rapidair, à l'aéroport de Toronto. L'employé lui a répondu, assez brutalement dit-elle, que cela ne faisait pas partie de ses tâches. La firme Angus Reid effectue présentement un sondage sur les trajets de Canadien, de façon à mesurer la demande pour des services en français. Selon le règlement fédéral, cette demande doit correspondre à au moins 5 pour cent de la demande globale pour que des services soient offerts dans l'une ou l'autre des deux langues officielles. Les services d'Air Canada sur les trajets en partance ou à destination du Nouveau-Brunswick, du Québec et de l'Ontario doivent cependant être bilingues en tout temps, sans égard au nombre.

Air Canada répondra en priorité aux besoins linguistiques sur les trajets où la demande pour des services en français sera d'au moins 5 pour cent de la demande globale annuelle. Pour les autres trajets, a indiqué Mme Perreault-Ieraci à l'APF, cela dépendra du personnel bilingue disponible.

Editeur : Association de la presse francophone


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