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31 mai 2001

Services de nouvelles nationales

Langues officielles  : Du plomb dans l’aile pour Air Canada

Yves Lusignan

Air Canada ne fait rien pour favoriser l’embauche de pilotes francophones et “ne prend pas au sérieux ses responsabilités” en ce domaine, reproche la Commissaire aux langues officielles dans un rapport qui jette un nouvel éclairage sur les difficultés des francophones au sein de la compagnie.

Le rapport d’enquête dévoilé par l’Association des gens de l’air du Québec, qui est à l’origine de la plainte, est très dur à l’endroit du transporteur aérien. Dyane Adam reproche à Air Canada de ne pas avoir offert « sa pleine collaboration » et accuse même la compagnie de l’avoir « induit en erreur au départ » au sujet du pourcentage de pilotes francophones, en ne lui fournissant pas toutes les données qui lui aurait permis de bien saisir la situation.

Il y aurait entre 11,9 et 15,7 pour cent de pilotes francophones chez Air Canada, selon les informations glanées ici et là par le Commissariat, un pourcentage qui est loin de satisfaire les exigences de la Loi sur les langues officielles en matière de la participation équitable. Même si Air Canada n’est plus une institution fédérale depuis sa privatisation en 1988, elle est toujours tenue de respecter la Loi sur les langues officielles dans sa totalité. Un passage de cette loi fait justement état de la participation équitable entre francophones et anglophones au sein du gouvernement fédéral.

Air Canada, qui entretient depuis longtemps une relation amour-haine avec le Commissariat aux langues officielles, a tout fait pour mettre des bâtons dans les roues de la Commissaire au cours de son enquête. La compagnie a contrôlé l’accès à ses représentants clés et organisé des rencontres collectives avec les employés, alors que le Commissariat souhaitait des rencontres individuelles. Elle a même inclu des anglophones unilingues dans chaque réunion avec des francophones, ce qui fait que toutes les rencontres se sont déroulées en anglais!

«  Dans l’ensemble, nous avons constaté chez Air Canada peu d’intérêt pour la composition linguistique de son bassin de recrutement de pilotes et aucune conscience de la responsabilité qui lui incombe ». Les commentaires de la société concernant les résultats de nos recherches trahissent un empressement à invoquer des excuses pour ne pas agir plutôt qu’une volonté de voir ce qu’il est possible de faire  » écrit la Commissaire, qui va jusqu’à affirmer que la compagnie a perdu depuis sa privatisation «  le sens des responsabilités qui lui incombe en matière de participation équitable. »

Le rapport remet sérieusement en question le processus de sélection des pilotes, qui est «  grandement vicié » parce que, lit-on, Air Canada s’en remet à la spéculation pour identifier les candidats francophones et anglophones. La compagnie impose aussi aux candidats pilotes des entrevues uniquement en anglais ce qui, selon Mme Adam «  révèle une incompréhension fondamentale des droits linguistiques, pour ne rien dire du message négatif qu’elle adresse aux pilotes francophones du pays ».
Même la formation se donne souvent uniquement en anglais.

La conclusion de Dyane Adam est cinglante  : «  Air Canada a , au cours de l’enquête, prétendu que ses portes sont ouvertes à tous les candidats pilotes qualifiés. Les portes sont peut-être ouvertes, mais la société est bien moins accueillante pour les pilotes francophones que pour leurs homologues anglophones. »

Le ministre Stéphane Dion, qui a été récemment nommé responsable du dossier des langues officielles, a très mal pris les conclusions du rapport et a promis qu’il allait y voir  : «  Le gouvernement fédéral est très préoccupé par la façon dont Air Canada ne respecte pas la Loi sur les langues officielles » a déclaré le ministre à la Chambre des communes.

L’Association des gens de l’air du Québec reproche toutefois au gouvernement fédéral de ne pas avoir profité de la restructuration du transport aérien au pays pour forcer Air Canada à corriger le tir. Le ministre des Transports, David Collenette, a en effet refusé l’an dernier d’inclure dans la loi des modifications qui auraient forcé la compagnie à se conformer aux exigences de la Loi sur les langues officielles en ce qui a trait à la langue de travail et à la participation équitable des francophones et des anglophones. Le président de l’Association, Serge Martel, a profité de sa comparution devant le comité parlementaire sur les langues officielles pour demander à nouveau l’intervention d’Ottawa. Il a rappelé que deux présidents de l’entreprise avait promis dans les années 80 d’augmenter l’embauche de pilotes francophones. Or, mis à part une période faste entre 1985 et 1990, le déclin s’est poursuivi par la suite.

Ce n’est guère mieux au chapitre de la langue de travail. Selon M. Martel, la convention collective des agents de bord n’est toujours pas disponible en français, deux ans après sa signature. En cas de conflit entre les versions anglaise et française, seule la version anglaise de la convention collective a force de loi. Pire encore  : le manuel d’opérations aériennes utilisé par les pilotes n’est toujours pas disponible en français. Il a même confirmé au député néo-démocrate Yvon Godin qu’en cas d’urgence, les agents de bord ont ordre de transmettre aux passagers toute l’information en anglais.

Il y a quelques semaines, une représentante d’Air Canada avait soutenu devant le même comité parlementaire que la compagnie n’avait aucun problème de sous-représentation de francophones «  ni en général, ni chez les pilotes ». Le sénateur Jean-Claude Rivest, qui n’en rate pas une, avait alors ironiquement félicité Mme Perreault-Ieraci pour son beau travail de relations publiques.

«  Il y a une volonté palpable de voir à ce que Air Canada soit plus respectueuse des langues officielles » a confirmé le président du comité, le député Mauril Bélanger.

Editeur : Association de la presse francophone


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