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1 juin 2001
Services de nouvelles nationales
Ottawa bilingue : le fédéral attendra avant d’intervenir
Yves Lusignan
Le gouvernement fédéral va laisser le temps au gouvernement de l’Ontario de répondre favorablement à une requête de la Ville d’Ottawa, qui souhaite que la province impose un statut linguistique bilingue à la capitale du pays.
La nouvelle Ville d’Ottawa, qui est née de la fusion de 11 municipalités, a récemment adopté par un vote de 175 une politique sur les services en français. Elle a aussi demandé à l’Ontario (16 conseillers en faveur, 5 contre) que la province modifie sa loi de 1999 sur la fusion municipale, afin d’exiger que l’administration de la ville et la prestation des services municipaux à la population se fassent en français et en anglais, conformément à la politique de bilinguisme adoptée par le conseil municipal.
Le premier ministre Mike Harris a déjà rejeté la requête, avant même de recevoir la résolution du conseil. Pour le moment, Ottawa se retient à deux mains pour ne pas intervenir. Lors d’une table ronde organisée par le groupe parlementaire Canada Belgique, le ministre responsable des langues officielles, Stéphane Dion, n’a pas caché où il logeait dans cette histoire : « Il me semble que la Ville d’Ottawa, qui a tous les avantages d’être une capitale, devrait en avoir les devoirs…Si la demande du maire était adressée à la Chambre des communes, on applaudirait à deux mains. » Il a souhaité au premier ministre Mike Harris «une bonne réflexion», sans dévoiler plus clairement ses intentions.Le député d’Ottawa-Vanier Mauril Bélanger, l’un des rares à la Chambre des communes à avoir le courage de brasser le dossier linguistique, souhaite l’intervention du fédéral si le gouvernement ontarien refuse d’agir.
« Il y aura un vote à l’Assemblée législative de l’Ontario, même si le gouvernement ne le veut pas. J’espère que l’Assemblée législative saura écouter la volonté de la population canadienne…Lorsqu’on voyage, les gens sont surpris d’apprendre que la capitale n’est pas bilingue…Si l’Assemblée législative n’accède pas à la demande, je suis d’avis que le gouvernement du Canada aura un impératif moral d’agir. »Le sénateur et constitutionnaliste Gérald Beaudoin est convaincu que le fédéral a le pouvoir légal d’intervenir, même si les municipalités relèvent des provinces en vertu de la Constitution. « Ottawa n’est pas une ville comme les autres » dit-il, puisque c’est là où siège du gouvernement canadien : « Il est dans l’ordre des choses que la capitale d’un pays bilingue soit également bilingue. »
« La Ville d’Ottawa, comme municipalité, ne relève que de l’Ontario. Mais dans certains domaines, elle peut tomber sur la compétence fédérale en vertu du pouvoir résiduel fédéral. »
La Commissaire aux langues officielles pense également que le gouvernement fédéral a un rôle à jouer. «La capitale nationale a un rendez-vous attendu avec l’histoire. Il est temps. Ça fait longtemps. » Pour Dyane Adam, « l’heure n’est plus aux beaux discours, mais à l’action. »
Editeur : Association de la presse francophone
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