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11 juin 2001

Services de nouvelles nationales

Même Don Cherry a compris! Les Jeux de la Francophonie dans le dernier droit.

Yves Lusignan

Lorsqu’on demande au directeur général du comité organisateur des Jeux de la Francophonie s’il a eu de la difficulté à vendre l’événement à la communauté anglophone d’Ottawa, la réponse ne se fait pas attendre. « Chez les anglophones, c’était la confusion totale » dit Rhéal Leroux.

D’abord, ils ont été surpris d’apprendre que leur ville accueillait un tel événement. Ensuite, ils ont tenté d’établir une comparaison avec les Jeux du Commonwealth. Les unilingues ont alors conclu qu’ils étaient exclus, tout simplement parce qu’ils ne parlaient pas français.

C’est que contrairement au Commonwealth, qui est une institution politique bien connue, les anglophones ne réalisent pas que la Francophonie est davantage que la somme de tous les parlants français, mais également une organisation politique regroupant des pays ayant en commun la langue française.

D’où cette impression qu’il s’agissait avant tout des jeux des francophones, plutôt que des Jeux de la Francophonie. Il a donc fallu tout expliquer aux médias anglophones locaux. Pour ce qui est des autres médias au pays, il n’y a eu aucun effort de sensibilisation.

« La seule presse anglophone qui est importante, c’est celle d’Ottawa et de la région » explique le directeur général des Jeux. En fait, il y a bien eu une exception. Tenez-vous bien, Rhéal Leroux et son équipe ont rencontré dans un grand élan de charité chrétienne, nul autre que le coloré et controversé commentateur sportif Don Cherry, celui-là même qui a joyeusement « planté » à quelques reprises les « Francophones Games » lors de son Coach’s Corner, diffusé d’un océan à l’autre au réseau CBC dans le cadre de l’émission Hockey Night in Canada.

« On lui a dit que s’il ne pouvait pas participer, ce n’était pas parce qu’il parlait anglais, mais parce qu’il ne courait pas assez vite! ». Il a ensuite reconnu qu’il avait été mal informé et a accepté de recevoir toute l’information nécessaire à sa compréhension. Il était même surpris de la qualité des athlètes qui participeront à l’événement. On l’a aussi invité à assister aux Jeux : « S’il nous appelle, on l’accueillera et on lui fera visiter le site. Je ne pense pas cependant qu’on va l’amener à la compétition de poésie! ».

Blague à part, la démarche semble avoir porté ses fruits puisque l’ancien entraîneur des Bruins de Boston n’a fait, depuis, aucune déclaration fracassante. « Il est très connu. On peut bien se dire, nous de la communauté francophone, que ce n’est pas important, mais il est une célébrité en anglais et il est aimé quelque chose de rare. Il a de l’influence et il était important qu’on lui parle. »

Rhéal Leroux n’a cependant toujours pas rencontré Diane Francis, la chroniqueuse du National Post, qui a l’habitude de frapper sur tout ce qui bouge en français. Mais on le comprendra de ne pas vouloir pousser trop loin le concept de charité chrétienne!

Si on tient compte des critiques publiées dans la presse anglophone dans le passé, le grand patron des Jeux sait qu’il doit réussir : « On est condamné à la réussite! » Il faut dire que le comité organisateur a mis la barre très haute au niveau de l’excellence et qu’il n’a pas ménagé ses efforts de visibilité. On ne peut pas faire un pas en ville sans voir une de ces immenses bannières annonçant la tenue des Jeux de la Francophonie. « Du côté anglophone, on regarde ça d’un œil gentil, prudent. Mais il ne faudrait pas s’enfarger beaucoup pour recevoir des critiques » admet M. Leroux.

Les Jeux de la Francophonie arrivent à Ottawa après une longue controverse sur le statut linguistique de la ville. Est-ce que l’événement sportif et culturel va réconcilier les anglophones de la capitale avec la francophonie? Rhéal Leroux constate avec satisfaction que la presse anglophone était plutôt flexible lors du récent débat portant sur le bilinguisme dans la capitale.« Mais est-ce que les Jeux vont réussir à réconcilier le groupe anti-francophone qui était présent à l’hôtel de ville? Absolument pas! Il n’y a personne sur terre qui est capable de réconcilier ce groupe extrémiste. Pour nous, l’important, c’est la majorité. »

On ne s’en rend pas compte vu de l’extérieur, mais les Jeux ont déjà des retombées chez les francophones de la région. C’est en effet la première fois, dit Rhéal Leroux, que les Franco-Ontariens et les Québécois sont partenaires dans une même aventure : « Nous sommes tous francophones! Les Québécois ont mieux compris les Franco-Ontariens et vice versa. » Et il n’y a personne qui doute que les Franco-Ontariens sont impliqués jusqu’au cou dans cet événement international. Ceci dit, le comité organisateur a quand même été obligé de faire un travail d’éducation auprès de toute la population. Les Jeux manquent à ce point de notoriété et de visibilité, qu’il a même fallu changer la stratégie de communication et devancer le placement publicitaire dans les médias. Plus que des billets, le comité organisateur doit aussi vendre une idée, un concept, un événement, et tenter d’influencer la destination des vacances familiales.

Le budget des Jeux de la Francophonie s’élève à 40 millions. L’entreprise privée a fait sa part, contribuant une somme de 14 millions à l’organisation. La surprise est cependant venue du côté des constructeurs automobiles, qui ont tous refusé de fournir des véhicules! Tous, sans exception! Pourquoi? Mystère? Le comité organisateur devra donc se rabattre sur les entreprises de location.

Le refus de Bombardier d’être l’un des commanditaires des Jeux est une autre déception. « Je trouve surprenant que Bombardier, une entreprise si bien identifiée à la francophonie, qui a son siège social au Québec, n’a pas voulu s’impliquer. » Il paraît que Bombardier ne commandite à peu près jamais des événements. « Je pensais réussir où d’autres n’ont pas réussi. J’ai compris, sans nécessairement être d’accord avec leur décision. »

Sa plus belle nouvelle, Rhéal Leroux l’a eu le jour où le célèbre parolier Luc Plamondon a accepté d’écrire la chanson des Jeux. La deuxième bonne nouvelle, c’est lorsque Bruny Surin a accepté d’en être l’ambassadeur. Et la nouvelle la plus décevante? Le refus de Nortel d’être un commanditaire, alors que l’entreprise de haute technologie embauche des milliers de personnes à Ottawa.

Le comité organisateur est prêt à recevoir plus de 3000 athlètes et artistes en provenance de 50 pays, qui fouleront le sol d’Ottawa et de Hull du 14 au 24 juillet :

« Les Jeux pourraient arriver demain. On est prêt! » assure Rhéal Leroux. Et il n’y aura pas de guerre de drapeaux! « Ce sont les Jeux qui vont mener le show! » dit-il avec assurance. Ce qui n’empêchera pas le Québec, le Canada et d’autres pays comme la France et le Niger de profiter de cet événement international pour promouvoir leur image. Les Jeux se dérouleront essentiellement en français. Il y aura des services en français et en anglais lors des compétitions sportives, pour respecter les visiteurs, mais très peu lors des compétitions culturelles. « Lors du concours du conte, on ne poussera pas le ridicule en disant : Bonjour Mesdames et Messieurs. Good afternoon Ladies and Gentlemen. »

On ne peut pas parler des Jeux de la Francophonie sans parler des substances interdites. Là dessus, Rhéal Leroux est très clair. Si jamais quelqu’un se fait prendre lors des quelque 150 contrôles inopinés, ce sera l’expulsion automatique du village des athlètes et des Jeux, même s’il s’agit d’un athlète dont les services ont été retenus pour faire la promotion de l’événement. « C’est non négociable ».

Editeur : Association de la presse francophone


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