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Le 28 octobre 2003

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Où sont passés les enfants francophones?

Étienne Alary

Une étude des données du recensement de 2001, effectuée pour le compte de la Commission nationale des parents francophones (CNPF), vient confirmer que les tendances linguistiques observées chez les jeunes francophones du Canada sont à la baisse. Entre 1986 et 2001, les effectifs potentiels de 5 à 17 ans ont chuté de 16, 6 %, passant de 285 205 à 237 825. Chez les 0 à 4 ans, le déclin était de 27,2 %, diminuant de 98 640 en 1986 à 71 780 en 2001.

C’est ce qui découle de l’étude réalisée par le directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, Rodrigue Landry, et qui s’intitule : " Libérer le potentiel caché de l’exogamie ".

Deux facteurs sont avancés par Rodrigue Landry pour expliquer cette baisse substantielle d’effectifs potentiels : le faible taux de fécondité et une forte anglicisation des familles francophones.

Au niveau de l’anglicisation, les résultats les plus alarmants proviennent des familles exogames. " Seulement 22,6 % des enfants dont un seul des parents francophones ont le français comme langue maternelle et une faible proportion, soit 14,8 %, ont le français comme principale langue d’usage à la maison ", présente Rodrigue Landry.

M. Landry ajoute que seulement un tiers des enfants, qui ont soit le français comme langue maternelle ou comme principale langue d’usage à la maison, en font un emploi "au moins régulier" et moins de la moitié des enfants des couples exogames ont une connaissance du français pour soutenir une conversation.

Comme le fait remarquer M. Landry, " le taux d’exogamie est en croissance et c’est maintenant 63 % de l’ensemble des enfants admissibles à l’école de langue française qui sont nés de parents exogames, comparativement à 53 % en 1986 ", indique Rodrigue Landry.

Malgré tout, l’auteur croit que l’exogamie constitue un potentiel caché. " L’exogamie est souvent mise en cause dans une décroissance de la population francophone; elle s’avère pourtant un potentiel caché ", est-il écrit dans l’étude.

Les solutions
Cette étude, qui a permis à l’auteur de regarder de plus près la question de la transmission du français langue maternelle aux enfants, l’emploi du français à la maison et la connaissance du français, présente aussi des pistes de solution.

Dans un premier temps, Rodrigue Landry est d’avis qu’une campagne nationale doit être mise de l’avant pour amener ces parents à se conscientiser aux droits linguistiques et aux avantages d’une scolarisation dans la langue minoritaire. " Ce n’est plus un problème d’accès mais c’est plutôt un problème de participation que l’on observe maintenant ", lance M. Landry.

La présidente de la CNPF, Ghislaine Pilon, croit, elle aussi, qu’il s’agit là d’un potentiel. " L’exogamie permettrait d’augmenter les effectifs francophones, au lieu de les éroder ", lance Mme Pilon. " Si nous n’intervenons pas immédiatement auprès des parents de jeunes enfants, si nous ne les intéressons pas à la vie en français et à l’école française, l’horizon se rétrécit pour l’avenir de nos communautés. C’est pourquoi nous demandons, comme le recommande le professeur Landry, que le Gouvernement du Canada appuie sans tarder une campagne nationale de sensibilisation des parents ", indique-t-elle.

La présidente de la CNPF estime que cette campagne est primordiale pour " que les parents sachent que, s’ils n’inscrivent pas leur enfant à l’école française, ils perdront à jamais leur droit constitutionnel et celui de leur enfant à l’instruction en français ", soutient Ghislaine Pilon.

Rodrigue Landry recommande aussi l’établissement de services à la petite enfance, tels les garderies francophones et les centres de la petite enfance, axés sur la socialisation en français pendant toute la durée du préscolaire.

Du côté de la CNPF, on fonde beaucoup d’espoir sur le Plan d’action pour les langues officielles lancé en mars dernier par le gouvernement fédéral puisque 22 millions de dollars seraient consacrés au développement de la petite enfance.

" Au Québec, l’accès universel à des services de garde sera réalisé d’ici deux ans. Dans le reste du Canada, le taux d’accès est estimé aux environs de 12 %. C’est un désastre pour nos communautés francophones et acadienne ", déclare Ghislaine Pilon.

Cette dernière précise qu’à l’extérieur du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario, l’accès est presque nul. " Le développement de la petite enfance est pourtant crucial: c’est la porte d’entrée à la vie en français, la porte d’entrée à l’école ", mentionne-t-elle.

C’est pour cette raison que l’organisme a proposé un accès universel à des services éducatifs au sein des communautés. Cette stratégie est cruciale et, selon la CNPF, il est essentiel que le mouvement de parents se mobilise pour la création d’un réseau de centres de la petite enfance et de la famille, reliés à chacune des écoles primaires en milieu minoritaire

Finalement, Rodrigue Landry suggère l’implantation d’une structure d’accueil capable de bien intégrer la clientèle.

" On s’est rendu à l’évidence que c’est au moment de la naissance d’un premier enfant que les décisions se prennent. C’est alors que les parents choisissent la langue du foyer, leur communauté d’adhésion, et l’école de leur enfant. Non seulement on n’est pas outillé pour les trouver et les renseigner, mais on a presque rien à leur offrir au préscolaire. Nous avons d’excellents services créés de toute pièce par des bénévoles dans certaines régions. Mais on n’a pas les moyens d’offrir ces services sur une base professionnelle dans toutes les régions ", explique Ghislaine Landry.

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