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27 juillet 2001

Service de nouvelles de l'APF

L’ONF à la recherche d’un seconde souffle.

Yves Lusignan

La production d’un cinéma original par des cinéastes francophones de l’extérieur du Québec est à l’ordre du jour à l’Office national du film. «  Le milieu de la production hors Québec était une priorité à TFO. Le besoin n’est pas disparu à l’ONF » dit son nouveau président et ancien patron de la télévision éducative franco-ontarienne, Jacques Bensimon. Les francophones de l’extérieur du Québec peuvent donc compter sur le nouveau président de l’Office national du film, mais ils devront auparavant se manifester, et le plus vite sera le mieux. «  Je ne sais pas encore la forme que ça prendra. Je veux connaître les suggestions, les opinions des francophones hors Québec. »

Jacques Bensimon a lancé un grand processus de consultation à l’intérieur de la boîte, avec pour objectif le développement d’un plan stratégique. En poste depuis le 18 juin, il est à la tête d’une organisation mutilée par les grandes compressions budgétaires des années 90. De 80 millions qu’il était, le budget annuel n’est plus que de 60 millions. Des employés et des créateurs ont été remerciés et le climat de travail a souffert de ces moments difficiles. «  Il y a beaucoup de gens qui sont blessés à L’ONF.

Il faut remettre en valeur les choses magnifiques que les gens font. » S’il a trouvé des employés «  maganés, blessés » ils ne sont pas pour autant «  dysfonctionnels » précise-t-il. Ils sont même «  extrêmement motivés. » Sa tâche sera maintenant de «  recoller les morceaux du puzzle », et de trouver un nouveau rôle à l’organisme public. Car l’ONF, «  le berceau du cinéma canadien et québécois » qui a été «  tout pour tout le monde » a encore un rôle à jouer, croit M. Bensimon.

Un rôle, quelque part «  entre les écoles de cinéma et l’industrie. » Il a d’ailleurs quelques idées à ce sujet : «  Il est important qu’on se rebranche avec les jeunes, le monde de l’éducation, les bibliothèques et les apprenants » dit-il, sans oublier les minorités culturelles. Il faut cependant «  arrêter de parler du passé » et «  avoir l’humilité de reprendre sa place dans un créneau, sans essayer d’occuper tous les créneaux. » Oui, l’ONF a une histoire vieille de 62 ans, «  mais il ne faut être prisonnier de notre histoire. » «  Il est très important de faire la passation de cet organisme à des jeunes qui vont assurer la continuité » dit son président. Des jeunes qui seraient accompagnés et soutenus par des anciens, qui agiraient comme guides et mentors.
Mais pourquoi diable avoir quitté les montagnes de l’Alberta, où il occupait le poste de vice-président exécutif du Fonds de télévision de Banff, pour revenir à Montréal au bord de l’autoroute métropolitaine, où sont situés les bureaux de l’Office? Pourquoi accepter un poste dans une organisation qui a vu son budget fondre comme neige au soleil, après avoir justement quitté la direction de TFO parce qu’il estimait qu’il ne pouvait plus remplir son mandat, à cause justement des compressions budgétaires? «  Parce que c’est l’ONF qui m’a aidé, comme immigrant, à m’intégrer dans la société canadienne » répond-t-il simplement. Marocain d’origine, Jacques Bensimon a vécu les belles années de l’ONF de la fin des années 60 au début des années 80. Il y a consacré 18 ans de sa vie :«  J’ai le sentiment du retour de quelqu’un qui revient chez soi. »

C’est aussi un cinéaste qui revient à la tête de la maison. Quelqu’un qui parle le même langage que les employés, ce qui n’est pas mauvais lorsqu’il s’agit de rebâtir la confiance et créer de nouveaux liens. Mais attention! Ce n’est pas parce qu’il parle le même langage qu’il va leur donner tous les outils, prévient-il. «  C’est aussi un gestionnaire qui revient. » Il n’a donc pas l’intention de réclamer du gouvernement fédéral une augmentation de son budget, tant qu’il n’aura pas articulé son plan stratégique. Il est toutefois clair que l’ONF devra faire des choix : «  Est-ce qu’on doit être tout pour tout le monde? » Si l’ONF retrouve une raison d’être, elle le devra à un immigrant marocain, passionné de cinéma, qui croit dur comme fer que l’Office peut être «  la conscience, le témoin cinématographique, télévisuel et Internet de ce pays. » Il a cinq ans pour y parvenir.

Editeur : Association de la presse francophone


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