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Le 6 septembre 2005
Service de nouvelles de l'APF
Radio-Canada: les francophones pris en otage!
De Saïda Ouchaou
Déjà une quatrième semaine de lock-out qui s’engage à la Société Radio-Canada (SRC)/CBC et pendant ce temps-là, les francophones hors Québec souffrent de ne pas pouvoir accéder à de l’information locale en français.
Que ce soit la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, l’Association canadienne-française de l’Alberta ou encore la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique, tous sont unanimes pour dénoncer une situation qui porte atteinte aux francophones en situation minoritaire en les privant de services en français que la société d’état doit leur délivrer en vertu de la Loi sur les langues officielles.
S’il est demandé par certains l’intervention du premier ministre pour faire cesser le lock-out, la Guilde canadienne des médias (GCM), le syndicat engagé dans les négociations avec les représentants de la SRC, va même au-delà. « La déception est grande pour nous de constater que Mme Frulla, ministre du Patrimoine canadien et ancienne employée de Radio-Canada elle-même victime d’un conflit de neuf semaines, ne se soit pas exprimée sur le litige», confie Keith Maskell de la GCM.
Bien que les négociations aient repris le 31 août entre les deux parties, la question du nombre d’employés permanents et non permanents n’est pas encore réglée. C’est en effet, sur ce point que les discussions se cristallisent entre le syndicat et la direction. D’un côté, des employés qui voient dans l’objectif de la SRC d’augmenter le nombre de contractuels, une érosion du statut de permanent. De l’autre, une société d’État qui revendique une nécessaire flexibilité face à un environnement médiatique en évolution.
« L’auditoire a des habitudes qui changent rapidement », explique Jason MacDonald, porte-parole de Radio-Canada, « un programme aujourd’hui peut durer entre 6 mois et 3 ans alors qu’autrefois, il était maintenu sur des années ». « Ce que recherche la SRC, c’est de faire face aux changements rapidement en ayant la capacité d’embaucher les personnes spécifiques à une tâche, comme par exemple en matière de santé d’avoir les expertises demandées. Il n’y a pas de raison de garder un tel contractuel, une fois le programme terminé » ajoute-t-il.
La sénatrice, Mme Maria Chaput, elle-même franco-manitobaine, partage une partie de cette opinion. « La situation des francophones en situation minoritaire est grave car ce conflit prive un grand nombre d’entre eux de tout accès à des médias en français. Il en va également de leur visibilité » explique-t-elle. Cependant sur la question des emplois permanents, elle comprend la difficulté grandissante de la société d’état. « En 2005, il est important d’avoir des postes permanents. C’est ce qui assure la crédibilité et la continuité de l’entreprise. Mais il y a de la place pour des contractuels. » ajoute-t-elle. « Cela sert l’entreprise à aller plus loin pour des projets plus ciblés ». Elle cite l’exemple d’une émission sur le Sida pour laquelle un spécialiste peut être embauché à titre contractuel le temps de l’émission. Elle rappelle d’ailleurs que le financement de la société d’état a diminué.
« Si un permanent a les compétences recherchées pour un poste de contractuel, il devrait également pouvoir postuler avec une mise à disposition et retrouver son poste à la fin du contrat » tient à souligner Mme Chaput. Mais dans les négociations en cours, selon elle, il est déplorable qu’un lock-out soit utilisé. « C’est dépassé en 2005, il y a une responsabilité sociale des deux parties » dit-elle. Elle partage la position selon laquelle le gouvernement n’a pas d’intervention à faire dans ce litige. Elle revient au conseil d’administration de la SRC.
Dans ce sens, Mme Dyane Adam, Commissaire aux langues officielles, n’a pas de position officielle à faire sur le sujet. Elle déplore par contre les conséquences sur les communautés francophones en situation minoritaire. « Ils sont privés du seul réseau complet en français » souligne-t-elle. « Cela démontre leur fragilité et nécessite la vigilance du gouvernement sur des institutions clés pour la vitalité de ces communautés » ajoute-t-elle.
Ce litige qui perdure laisse percevoir la question des coûts reliés à une augmentation du nombre de postes permanents au sein de l’entreprise d’état. Un employé contractuel de l’Ouest, désireux de garder l’anonymat, résume la situation. « C’est un peu un conflit d’époque. Aujourd’hui, on s’attend de plus en plus qu’un journaliste ou reporter soit à même de faire la prise d’images et le pré-montage, tâches autrefois réalisées séparément par plus d’un employé » explique-t-il. « Il y a moins d’argent du gouvernement alors que le syndicat a gagné en force avec le temps, or tout cela a un coût. On sait qu’il est de plus en plus difficile d’obtenir un poste permanent dans le milieu des médias. » confie-t-il.
En attendant la fin du conflit, les francophones devront encore patienter…
Editeur : Association de la presse francophone
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