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16 octobre 2001

Service de nouvelles de l'APF

Mike Harris démissionne : les Franco-Ontariens jubilent

Yves Lusignan


Ottawa (APF) : Le premier ministre de l’Ontario Mike Harris, l’homme de la Révolution du bon sens, a annoncé qu’il quittera son poste aussitôt qu’on lui trouvera un successeur.

«C’est une décision personnelle. Je crois que le moment était venu. Il fallait que je décide de passer un autre 4 ou 5 ans en politique ou rester un autre 4 ou 5 mois.» Il a l’intention de demeurer «un premier ministre à temps plein» jusqu’à son départ. Il terminera ensuite son mandat de député de Nipissing, une circonscription qu’il représente depuis 20 ans.

Mike Harris dit avoir pris sa décision lors du la fin de semaine de l’Action de grâces. Sa réflexion a débuté alors qu’il survolait la province, en direction de sa circonscription. «Je crois qu’une des expériences les plus inoubliables qu’on puisse faire est de voler des kilomètres et des kilomètres au-dessus du paysage automnal, rempli de couleurs. J’ai vu le pays comme je ne l’avais jamais vu auparavant. Au cours de ce vol j’ai eu le temps, ainsi que pendant la fin de semaine de l’Action de grâces, de réfléchir.»

Il dit avoir alors songé à ses 20 ans de carrière à titre de député, à ses 11 ans à titre de chef du Parti conservateur et aux 6 dernières années à titre de premier ministre de l’Ontario. «J’ai réfléchi à cela, à ma propre famille et à mon avenir.» Il soutient que son épouse l’a encouragé «à faire ce que je voulais faire». Sa décision, insiste-t-il, est d’ordre personnelle. Les mauvais sondages d’opinion, ajoute-t-il, n’y sont pour rien.

Ceci dit, il a indiqué que son parti se lancera bientôt dans une nouvelle consultation populaire intitulé «Saisir l’avenir», semblable à celle du début des années 90 qui a mené à la fameuse Révolution du bon sens. Une consultation qui permettra au nouveau chef conservateur de «mener le parti à un renouveau et à un troisième gouvernement majoritaire.»

Le premier ministre a déclaré avoir réalisé des choses dont il n’aurait jamais pu rêver. Il s’est dit «très fier» de sa Révolution du bon sens, particulièrement des baisses d’impôt, de l’équilibre budgétaire, et de la réduction de la dette provinciale. «Nous avons ramené la fierté chez les Ontariens et fait en sorte d’installer les conditions qui permettront à l’Ontario de réaliser son plein potentiel.»

Les Franco-Ontariens se réjouissent

Personne ne pleure le départ de Mike Harris au sein de la communauté franco-ontarienne. La présidente de l’Association des enseignants franco-ontariens (AEFO) Lise Routhier-Boudreau n’a aucune pitié.

«C’est bien connu que Mike Harris n’était pas un ami des enseignants. Il a fait énormément de tort à l'éducation en imposant des réformes à un rythme accéléré.» Tout au plus Mme Routhier-Boudreau concède qu’il a accordé aux Franco-Ontariens la gestion scolaire. Et encore, précise-t-elle, «il y avait un jugement de la cour qui allait en ce sens.»

Les compressions budgétaires, rappelle la présidente, ont eu un impact dévastateur au niveau de la maternelle et du jardin : «On a dû lutter énormément pour récupérer les fonds.»

Les difficultés actuelles de recrutement du personnel enseignant, ajoute la présidente, s’explique par les politiques du gouvernement Harris. «Les enseignants ont toujours senti qu’ils étaient la cible du gouvernement.»

Un changement de leadership, selon Mme Routhier-Boudreau, n’annonce cependant pas un changement de direction au sein du gouvernement. «Ce qui va être important, c’est de choisir un parti dont l’éducation sera prioritaire.» Et manifestement, le choix des enseignants ne sera pas le Parti conservateur si on se fie aux propos de la présidente de l’AEFO.

La présidente de l’Association canadienne-française de l’Ontario, Conseil régional d’Ottawa, Maxine Hill, ne cache pas son étonnement et sa surprise. «On ne pensait pas qu’il allait démissionner de sitôt. On pensait même qu’il allait chercher un 3ième mandat!»

Elle ne pleure pas son départ pour autant. «Il ne faut pas se leurrer. Mike Harris n’était pas un grand défenseur des droits des francophones» dit Mme Hill, en citant les dossiers de l’Hôpital Montfort et du statut linguistique de la ville d’Ottawa.

Elle ne sait trop à quoi s’attendre des résultats de la course au leadership au sein du Parti conservateur. «Je ne peux pas dire que ce serait pour le pire. On est déjà dans le pire!»

La présidente de SOS Montfort n’a pas été surprise par l’annonce de la démission de Mike Harris. Gisèle Lalonde dit qu’elle s’y attendait depuis quelques mois, à la lumière des sondages et des récentes défaites électorales aux élections partielles.

Celle qui a tant pourfendu le premier ministre dans son combat pour empêcher la fermeture de l’hôpital francophone d’Ottawa, estime que «la plus grande bévue» du premier ministre a été d’avoir remis tous les pouvoirs entre les mains d’une commission de restructuration des soins de santé, sans même avoir songé à y nommer un seul francophone.

«Mike Harris a quand même fait du bien si on pense à la gestion scolaire» reconnaît Mme Lalonde. Elle souhaite maintenant que le prochain chef du gouvernement partage la vision d’un pays avec deux peuples fondateurs. «Mike Harris a été une personne qui nous a très mal compris.»

Le président de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) est plutôt indifférent au départ de Mike Harris. : «Ça m’est égal. C’est le même parti au pouvoir avec la même philosophie» réagit Jean-Marc Aubin.

Il qualifie «d’équilibré» le bilan de Mike Harris en ce qui concerne les dossiers francophones. La gestion scolaire à la grandeur de la province et l’adoption récente d’une loi reconnaissant le drapeau franco-ontarien comme symbole officiel de la communauté francophone sont deux contributions positives, alors que «l’entêtement» du gouvernement dans le dossier Montfort et le refus d’adopter une loi faisant d’Ottawa une capitale officiellement bilingue sont deux taches au dossier.

«Mike Harris n’est pas favorable aux francophones. Il y a en pas beaucoup dans le parti qui ont un penchant pour la cause francophone, mais il faut reconnaître qu’il y a des choses qui ont été faites.»

Finalement, le président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA), Georges Arès, souhaite que le prochain premier ministre fasse preuve d’une plus grande ouverture à l’endroit des Franco-Ontariens : «C’était pas vraiment un ami de la communauté.»

Comme tous les autres intervenants, il pense que Mike Harris «a fait certaines bonnes choses» pour les Franco-Ontariens, notamment en accordant la gestion scolaire. Toutefois, dit-il «il a donné l’impression qu’il n’était pas prêt à protéger l’Hôpital Montfort.»

Il pense enfin que les organisations francophones de la province devrait saisir l’occasion qui se présente, pour sensibiliser le futur premier ministre et son gouvernement à la réalité francophone. Les autres provinces canadiennes, dit-il, font preuve d’une plus grande ouverture et sont davantage sensibles à cet aspect que l’Ontario.





Editeur : Association de la presse francophone


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