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Le 24 mai 2006
Service de nouvelles de l'APF
Analyse : Les quatre premiers mois de Stephen Harper
Jean-François Bertrand
Harper a livré la marchandise – mais pas celle des francophones.
Après la nommination d’une ministre responsable des langues officielles, après un discours du Trône qui a laissé de côté la dualité linguistique et un budget qui n’offrait pas de gains pour la francophonie canadienne, quel bilan peut-on dresser des premiers mois du gouvernement de Stephen Harper?
Rappelons d’abord que sa campagne électorale, inspirée de la stratégie de l’Australien John Howard, a été menée presque de main de maître : un message clé par jour, le dévoilement de cinq grandes priorités. Dans le document d’une quarantaine de pages intitulé « Changeons pour vrai » -- la plate-forme conservatrice --, on a noté l’intention de « Soutenir la Loi sur les langues officielles, assurant que le français et l’anglais aient le même statut et les mêmes droits et privilèges » et la volonté de « Collaborer avec les provinces afin d’améliorer les possibilités des Canadiens d’apprendre une deuxième langue officielle, et d’assurer la viabilité des communautés linguistiques minoritaires dans les provinces. » Et, en introduction avant ces deux promesses, les stratèges conservateurs ont indiqué que « le gouvernement fédéral a la responsabilité d’encourager la protection et l’épanouissement du français et de l’anglais, partout au Canada. »
Le 23 janvier, les Canadiens se rendent aux urnes, chassent les libéraux minoritaires du pouvoir qu’ils détenaient depuis 1993 et choisissent un nouveau gouvernement, tout aussi minoritaire.
Le nouveau premier ministre passe aux actes deux semaines plus tard en choisissant les membres de son cabinet, dont l’unilingue anglophone Bev Oda au Patrimoine canadien et Josée Verner aux Langues officielles. La communauté francophone a part la suite décrié la nommination de Ted Menzies (Macleod, Alb. – Cons.), qui ne parle pas français, à titre de secrétaire parlementaire de Mme Verner. (Celle-ci peut maintenant compter sur les services de Sylvie Boucher (Beauport—Limoilou, Qué. – Cons.))
Nouvelle consternation chez les minorités linguistiques : le discours du Trône, très court et qui va droit au but en traitant des cinq priorités devenues célèbres, ne les mentionne pas, hormis une brève référence dans le préambule de la gouverneure générale. Pourtant, comme l’a souligné à l’APF l’ancien député Don Boudria par la suite, le discours du Trône est plus qu’un programme législatif, c’est un énoncé de la vision du pays d’un premier ministre.
Au budget, malgré les attentes des communautés, malgré leur lobbying, pas d’argent neuf pour les francophones qui résident à l’extérieur du Québec. Bien que le ministre des Finances ait annoncé une mince augmentation de l’enveloppe budgétaire du Conseil des arts, c’est l’abandon du programme national de garderies – qui comprenait des clauses linguistiques pour chacune des provinces – qui retient l’attention des francophones.
En Chambre, la ministre Verner a démontré que la courbe d’apprentissage est prononcée. En période de questions, elle s’est longtemps tenue à ses notes pour lire ses réponses à l’opposition. Réponses qui parfois reprenaient mot pour mot un communiqué émis la veille.
Et nombreux sont les correspondants parlementaires sur la Colline qui s’entendent pour dire qu’on ne peut pas accueillir « chaleureusement » le secrétaire général de la Francophonie par téléphone.
Pourtant, M. Harper a livré la marchandise :
- « Faire le ménage au gouvernement en adoptant et en appliquant la Loi fédérale sur l'imputabilité. » La Loi fédérale sur l’imputabilité a été présentée et est présentement à l’étude en comité. (On utilisera bientôt le mot « responsabilité », une traduction plus exacte, selon les linguistes.)
- « Accorder un allégement fiscal aux travailleurs du Canada, en réduisant la TPS pour commencer. » Cette mesure faisait partie du budget, présenté le 2 mai.
- « Protéger les familles et les collectivités canadiennes en renforçant le système de justice. » Deux projets de loi ont été déposés en mai.
- « Offrir un choix aux parents en matière de garde d’enfants grâce à une aide directe et grâce à la création de places en garderie. » Cette mesure fait également partie du budget, les chèques de 100 $ par enfant de moins de six ans seront envoyés aux parents à compter du 1er juillet.
Il reste une seule des cinq priorités à combler. Celle qui veut « Assurer aux Canadiens les soins de santé dont ils ont besoin, au moment où ils en ont besoin, en redressant le déséquilibre fiscal et en établissant avec les provinces une garantie sur les délais d’attente pour les patients. » Le ministre de la Santé a annoncé que la garantie sur les délais d’attente sera présentée à l’automne. Quant au déséquilibre fiscal, son règlement pourrait faire partie d’un énoncé budgétaire, également à l’automne.
Si Mme Verner a déclaré aux Communes que lors de compressions budgétaires, prévue pour la rentrée, on ne toucherait pas au financement du Plan d’action sur les langues officielles, il n’en demeure pas moins que les francophones ont toujours des attentes. L’étendue de la contribution fédérale aux ententes Canada-Communautés et la suite du Plan d’action figurent en tête de liste.
Editeur : Association de la presse francophone
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