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Le 23 juin 2006

Service de nouvelles de l'APF

Quand on fait partie de deux communautés invisibles

Jean-François Bertrand

FrancoQueer regroupe les gais et lesbiennes franco-ontariens

« Nous sommes une minorité doublement invisible, mais on existe! », explique Éric Stephenson, du conseil d’administration de FrancoQueer, organisme nouvellement créé pour unir les voix de la communauté gaie, lesbienne, bisexuelle et transsexuelle ontarienne.

M. Stephenson, d’Ottawa, soutient que bien souvent sa double identité, francophone et gaie, ne se retrouve pas dans des organismes qui se disent bilingues, mais sont en fait anglophones. « Surtout parce que je travaille pour un organisme franco-ontarien », ajoute-t-il.

Jean-Rock Boutin, de Toronto, siège également au conseil d’administration de FrancoQueer. Il relate que, depuis mai 2005, un petit groupe, composé surtout de gais, a senti le besoin de mettre sur pieds « quelque chose de plus formel qu’un club social, une vraie organisation avec un C.A., qui pourrait recevoir des sous, élaborer une programmation et offrir des services. »

FrancoQueer a été incorporé en avril dernier et la première assemblée générale s’est déroulée récemment à Toronto.

L’organisme compte surtout des membres dans la Ville-Reine mais tient à être d’envergure provinciale. À Timmins, d’où provient Sophie Cloutier, il est très difficile de s’y épanouir. « Les gais et lesbienne sont complètement absents de la scène. Ils vivent l’isolement, n’ont pas beaucoup de réseau de soutien », explique M. Boutin.

Il ajoute que la création d’une association provinciale permettra aux gens de s’identifier, d’en parler dans la communauté. « Il y aura des retombées positives partout. »

Pourquoi le nom FrancoQueer?
M. Boutin explique qu’on a retenu le nom FrancoQueer parce qu’aux États-Unis et en Europe, la communauté a rejeté le qualificatif « gai », parce qu’il n’était pas assez inclusif. « Les lesbiennes clament contre le mot gai depuis longtemps. Queer, c’est le nouveau gai », note M. Boutin. Selon lui, queer est beaucoup plus inclusif et reflète plus la diversité. « Ce mot sera très populaire et effacera le mot gai d’ici cinq ans. »

Gilles Marchildon est le directeur général d’Egale Canada (Equality for gays and lesbians everywhere). Il se sent très à l’aise avec le mot « queer » en anglais, « mais je me rends compte que ce mot n’a pas une faveur très francophone. Mais la langue française a déjà adopté plusieurs mots de l’anglais », soutient-il.

M. Marchildon était l’invité d’honneur lors de la fondation officielle de FrancoQueer. Dans son discours, il a brossé le portrait des réussites d’Egale au cours des 20 dernières années et traité des enjeux de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transsexuelle.

« Nous sommes une minorité doublement invisible, rappelle-t-il. Alors que les minorités visibles ne passent pas inaperçues, la différence se fait remarquer. Mais le francophone, ou le gai, passe inaperçu. L’avantage est que cela attire moins l’attention, le désavantage est que nous passons souvent sous silence. »

FrancoQueer a l’intention de briser ce silence, de se trouver des membres de l’élite qui pourront servir de modèles aux plus jeunes.

L’organisme veut également lutter contre l’assimilation. Cette double minorité invisible fait face à un problème d’exode : lorsque des jeunes gais quittent leurs villes natales, du Nord ou de l’Est, pour s’installer à Toronto ou Ottawa, trop souvent, disent MM Stephenson et Boutin, ils vont s’identifier à la communauté gaie et oublient leur identité francophone.

FrancoQueer veut offrir des programmes et services, veut devenir un interlocuteur auprès du gouvernement provincial et joindra les rangs de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

À court terme, le nouvel organisme, dont le site Web est à www.francoqueer.ca, veut trouver le financement nécessaire à l’élaboration d’une étude qui identifiera les besoins.

Editeur : Association de la presse francophone


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