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Le 11 septembre 2006
Service de nouvelles de l'APF
Désaccords sur le bien-fondé de Condition féminine Canada
Jonathan Blouin
Qu’adviendra-t-il de Condition féminine Canada? La rentrée parlementaire s’effectuera dans quelques jours, mais les tractations de coulisses ont déjà commencé. D’un côté, REAL Women of Canada milite depuis plusieurs années pour son abolition; de l’autre, l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC) est au cœur d’une coalition d’une quinzaine d’organismes qui veille à sa survie.
Cette coalition, nouvellement créée, a été mise sur pied pour revendiquer le programme de promotion de la femme et l’intégrité de Condition féminine Canada. « Nous avons une attitude proactive. Nous ne voulons pas attendre des coupures sans avoir eu le temps de réagir », a expliqué la vice-présidente de l’AFFC, Paulette Sonier Rioux, la semaine dernière.
« Il ne peut pas y avoir un département qui parle pour toutes les femmes. Nous ne sommes pas d’accord. Notre organisme ne voit pas les femmes comme une victime, mais comme un ensemble de la famille. Les hommes ne sont pas nos ennemis. Pourquoi discriminer? On appuie l’égalité d’une façon différente des autres et on trouve ça insultant de se faire dire qu’on ne représente pas les Canadiennes », a pour sa part indiqué Diane Watts, la porte-parole de REAL Women of Canada.
En fait, les discussions se sont réanimées en avril dernier, soit quelques mois après l’entrée en poste du nouveau gouvernement conservateur. Une lettre de REAL Women of Canada a alors été adressée à la ministre responsable du dossier, Bev Oda. Plusieurs missives ont par la suite été échangées et une rencontre a eu lieu plus tôt cet été avec différents membres des organismes représentant les intérêts des femmes et la ministre Oda.
Dans un communiqué daté du 7 août, REAL Women of Canada mentionne qu’il est temps « d’examiner ce sérieux abus d’argent » à Condition féminine Canada et de revoir le bien-fondé de l’organisme et du comité permanent, qui a été créé à l’automne 2004.
« Depuis le début des années 1990, les gouvernements de diverses provinces, des gouvernements plus conservateurs, ont coupé dans les fonds et les institutions qui représentent les femmes, comme en Alberta par exemple. Condition féminine Canada a également vu son mandat être réduit. Ces transformations ont une longue histoire », note Dominique Masson, professeure à l’Institut de la femme et au département de sociologie de l’Université d’Ottawa.
Selon elle, REAL Women of Canada pourrait obtenir une oreille plus attentive des conservateurs. « C’est un organisme de femmes de droite très traditionaliste. Elles ont des assises plus importantes dans l’Ouest canadien et probablement des contacts plus personnels établis. Le mandat de Condition féminine Canada est d’améliorer la condition des femmes vers une plus grande égalité, entre autres, sur les plans social, économique et politique. REAL Women of Canada va probablement à l’encontre de ce mandat. Beaucoup d’organismes sont pour le maintien de l’agence, qui gère le programme de promotion de la femme. Ils représentent une proportion plus importante ».
Elle ajoute cependant que des études démontrent encore que des inégalités perdurent et que l’écart entre les hommes et les femmes est toujours là. À ce chapitre, un organisme comme Condition féminine Canada a encore sa place, croit-elle.
L’organisme anglophone, qui compte environ 55 000 membres à l’échelle canadienne, n’a pas reçu de subventions depuis 1999, alors qu’aucune autre demande n’a été logée à Condition féminine Canada depuis cette date. Auparavant, entre 1988 et 1998, près de 100 000 $ a été accordé à cet organisme, pour des projets spéciaux. « Nous n’avons jamais reçu d’argent pour appuyer notre organisme. Les subventions que nous avons reçues concernaient certains projets et des conférences. Mais le mandat de Condition féminine Canada n’est pas en accord avec les perspectives de toutes les femmes au pays », poursuit Mme Watts.
De son côté, Mme Sonier Rioux souligne que l’apport de 140 000 $ de Condition féminine Canada, sur un budget de 600 000 $, est considérable, pour les femmes francophones en situation minoritaire au pays. « Depuis l’entrée en poste du nouveau gouvernement, nous n’avons pas établi beaucoup de liens. La rencontre en juillet s’est bien déroulée. Nous sommes vigilantes, il faut garder l’œil ouvert ».
L’automne s’annonce chaud dans ce dossier, alors que la coalition pour le maintien de cette agence et REAL Women of Canada intensifieront leur lobby respectif, afin de mousser leur position. La ministre Oda doit d’ailleurs comparaître devant le Comité permanent de la condition féminine dans quelques semaines.
Editeur : Association de la presse francophone
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