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5 novembre 2001
Service de nouvelles de l'APF
Il faudrait 45 millions par année pour améliorer les services de santé en français au pays.
Yves Lusignan
Moncton (APF) : L’amélioration des soins de santé en français pour les communautés francophones en milieu minoritaire nécessiterait un investissement annuel de 45 millions de dollars.
Selon un rapport rédigé par un comité consultatif spécialement mis sur pied par le ministre fédéral de la Santé Allan Rock, il faudrait 5 millions pour le fonctionnement de réseaux communautaires francophones en santé, 15 millions pour la formation de professionnels de la santé francophones et 25 millions pour la mise en place d’infrastructures pour les soins de première ligne en français. À cette somme s’ajouterait un 20 millions de dollars pour la mise en place graduelle d’un réseau d’information sur la santé pour les populations francophones.
Le rapport, qui a été dévoilé dans le cadre du premier Forum national sur la santé en français qui avait lieu à Moncton, constate qu’il existe des différences importantes entre les services de santé offerts aux francophones et aux anglophones. Il serait en effet de trois à sept fois plus difficile pour un francophone que pour un anglophone d'avoir accès à des services de santé dans sa langue maternelle. Entre 50 et 55 pour cent des francophones vivant en milieu minoritaire n’ont jamais, ou presque jamais accès à des services en français.
Le comité consultatif estime que les gouvernements ont l’obligation de créer un climat où les membres de chacune des communautés francophones «puissent naître, être soignés et mourir dans leur langue». Pour y parvenir, le comité estime qu’il est essentiel de sensibiliser les francophones à l’utilisation des services en français.
La stratégie qui est proposée repose sur le réseautage, la formation, la création d’infrastructures pour rendre accessible les soins primaires en français, la technologie et l’information.
La mise sur pied d’une vingtaine de réseaux provinciaux et territoriaux, croit-on, permettrait de créer des liens entre les communautés, les professionnels, les établissements d’enseignement et de santé et les associations professionnelles francophones.
Pour contrer la grave pénurie de professionnels francophones de la santé, on propose la création d’un consortium pancanadien d’universités et de collèges francophones et bilingues qui aurait un mandat de formation. Déjà, les universités de Moncton et d’Ottawa, les universités Sainte-Anne et Laurentienne, le Collège Saint-Boniface, la Faculté Saint-Jean, l’Université de Sherbrooke et le Réseau des cégeps et collèges francophones du Canada s’apprêtent à faire une proposition en ce sens.
Il existe déjà depuis plus de 20 ans un partenariat entre l’Acadie et l’Université de Sherbrooke pour la formation des professionnels de la santé en Acadie. Dans la foulée de la crise de l’hôpital Montfort, le gouvernement fédéral a aussi financé en catastrophe la création du Centre national de formation en santé qui est situé à Ottawa. Rattaché à l’Université d’Ottawa, ce centre a pour mandat de former 30 nouveaux médecins et 60 professionnels de la santé d’ici 2003, tous originaires des communautés francophones.
Selon le recteur de l’Université de Moncton, Yvon Fontaine, il faudrait idéalement tripler ou même quadrupler le nombre de professionnels francophones dans les communautés. Le consortium aurait pour objectif de doubler le nombre de professionnels qui sont formés en français. «Le défi est tellement grand que si on ne collabore pas, on sera incapable de rencontrer les attentes de la communauté» selon Yvon Fontaine. Attention, dit-il, il n’est pas question de créer une nouvelle université. Les membres du consortium offriraient leurs programmes mais il y aurait un partage des cours, qui seraient offerts en réseau.
Le Comité consultatif mise dans son rapport sur les nouvelles technologies pour contrer la dispersion géographique des 71 communautés francophones et acadienne du pays. On parle ici d’offrir des télésoins à domicile en français, de même que la création de services de télémédecine et de téléradiologie.
On pense enfin qu’il est essentiel d’obtenir des données fiables sur les besoins en santé des communautés francophones, pour mieux définir les stratégies d’intervention. On propose donc au ministère de la Santé de financer la recherche en ce domaine.
Le rapport tombe à point nommé puisque le gouvernement fédéral est en plein processus de consultation prébudgétaire. Le sous-ministre adjoint au ministère fédéral de la Santé, Denis Gauthier, a confirmé lors du forum national sur la santé que le financement des soins de santé en français était toujours une priorité, malgré l’incertitude économique depuis les événements du 11 septembre.
Il a indiqué que le ministère allait donner suite à la recommandation visant à démarrer un réseautage communautaire. Pour ce qui est du financement d’infrastructures pour les soins de santé primaires, l’argent est déjà disponible. Il ne s’agirait plus, dit-il, que de négocier avec les provinces. Il a cependant mis en garde les participants : l’exercice budgétaire est très compétitif. «Habituellement, les mieux préparés sont les mieux nantis».
Justement, une cinquantaine chefs de file de la francophonie canadienne prendront d’assaut le Parlement le 22 novembre dans le cadre d’un blitz destiné à convaincre les ministres et les députés d’investir dans les services de santé en français. Le temps presse, puisque le budget du ministre Paul Martin devrait être déposé au début du mois de décembre.
Editeur : Association de la presse francophone
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