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Le 14 septembre 2006
Service de nouvelles de l'APF
Graham Fraser est nommé commissaire aux langues officielles
Jonathan Blouin
Graham Fraser devrait succéder à Dyane Adam au poste de commissaire aux langues officielles, si sa nomination est acceptée par les députés de la Chambre des communes et le Sénat. Cette concrétisation ne devrait être qu’une formalité, lorsque les travaux des Communes reprendront, alors que les intervenants francophones et les critiques de l’opposition s’entendent pour dire que c’est un choix logique.
Il serait ainsi la sixième personne à occuper ce poste depuis 1970, succédant à Dyane Adam, dont le mandat vient de se terminer, elle qui était en poste depuis 1999. Joint à son bureau à la tribune de la presse à Ottawa, M. Fraser s’est dit honoré de sa nomination et excité à l’idée de relever un nouveau défi.
« Je suis excité, mais je suis dans un état de suspension. C’est le Parlement qui va décider, je ne veux pas rien présumer. J’ai beaucoup de respect pour les députés et les membres du Comité permanent aux langues officielles. »
Actuellement journaliste à Ottawa pour le Toronto Star, mais également auteur et professeur, son appui à la dualité linguistique au pays ne date pas d’hier. Au fil des ans, il a assumé différentes responsabilités au sein de divers quotidiens, notamment comme chef de bureau à Québec pour le Montreal Gazette et le Globe and Mail. Il a aussi été chef de bureau à Montréal pour la revue Maclean’s. Son ouvrage Sorry I Don’t Speak French, publié en mars 2006, a contribué à stimuler le renouvellement du débat public sur les politiques linguistiques.
Il voit son futur rôle de manière encourageante, rappelant que le commissaire aux langues officielles est un promoteur de la dualité linguistique, qui a un rôle d’ombudsman face aux plaintes et de surveillance des instances gouvernementales. « Il y a aussi un rôle de liaison entre les communautés minoritaires, le gouvernement et la communauté majoritaire », ajoute-t-il.
Des intervenants en accord
Il entend d’ailleurs détailler un peu plus sa pensée lorsqu’il comparaîtra devant le Comité permanent des langues officielles, un peu plus tard cet automne. Mais ce rôle de liaison entre les communautés, les intervenants francophones croient qu’il pourra l’assumer pleinement. « M. Fraser venant d’un milieu anglophone, mais étant francophile, il va apporter une expérience qui l’aidera à faire avancer les dossiers en faveur de la dualité linguistique. Il agira comme facilitateur pour créer un pont entre les communautés », note Jean-Guy Rioux, le président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada.
Cette venue d’un anglophone francophile à la barre du Commissariat aux langues officielles est aussi bien perçue par Mariette Carrier-Fraser, présidente de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui affirme que ces origines linguistiques ne nuiront pas, dans le contexte actuel. « Nous, comme francophones, on se fait souvent accuser d’être biaisés sur la Francophonie dans son ensemble et de ne voir qu’un côté de la médaille. On ne pourra certainement pas l’accuser de ne pas comprendre la réalité des anglophones ».
Une analyse juste
Les Libéraux voient eux aussi en M. Fraser un bon candidat au poste. « C’est une très bonne nomination. On voit qu’il a beaucoup de sensibilité à la dualité linguistique. Je ne comprend juste pas pourquoi les conservateurs ont mis autant de temps à nominer une personne pour succéder à Mme Adam », a observé Pablo Rodriguez, vice-président du Comité permanent aux langues officielles. Selon lui, il avait acquis sa crédibilité bien avant d’avoir écrit Sorry I Don’t Speak French, une analyse que le député d’Honoré-Mercier trouve à point.
Cet écrit sur la dualité linguistique devrait tout de même lui être utile, comme il l’admet lui-même. « Le livre va être un actif et non pas un passif. Ce défi est un peu à cause du fait que j’ai écrit sur le sujet linguistique. Ç’a m’a engagé ». Il compte désormais se servir des problèmes qu’il a identifiés dans son livre pour apporter des solutions incitatives.
Sa connaissance du dossier est aussi remarquée. « C’est quelqu’un à qui on n’a pas besoin d’enseigner ce qu’est la dualité linguistique et le bilinguisme au Canada. Il comprend bien les défis que les minorités francophones doivent relever pour faire respecter leurs droits. Il a également indiqué dans son livre que les anglophones aussi avaient une responsabilité », a ajouté la présidente de l’AFO.
M. Rioux admet que Graham Fraser a de gros souliers à chausser, en succédant à Dyane Adam. « Mme Adam a fait un travail soutenu, efficace et s’est dotée d’outils pour faire avancer les dossiers. Il faudra maintenant se servir de ces outils et faire valoir aux ministères leurs responsabilités. Mais M. Fraser croit à la dualité linguistique ».
Le leader du gouvernement aux Communes, Rob Nicholson, présentera vraisemblablement la nomination de M. Fraser au cours des premiers jours des travaux, qui reprennent le 18 septembre. Le Comité permanent aux langues officielles disposera dès lors de 30 jours pour l’examiner et en faire un rapport à la chambre. Un vote sur la nomination est prévu cet automne.
Editeur : Association de la presse francophone
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