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Le 4 octobre 2006
Service de nouvelles de l'APF
Sommet de la Francophonie
Brûler les ponts vers le monde
Paul Therrien et Maude L’Archeveque
BUCAREST (Roumanie) - Lors de son discours d’ouverture du XIe Sommet de la Francophonie à Bucarest, le Premier ministre du Canada Stephen Harper a souligné les mérites de l’éducation et de l’entraide comme outils de promotion de la paix durable et des droits humains dans le monde. Trois jours avant cette allocution, son gouvernement fermait les portes du programme Jeunes professionnels à l’international (JPI). Ainsi, les jeunes du Canada perdront de précieuses opportunités d’acquérir une première expérience de travail rémunéré dans leur champ d’étude à l’international. Souvent consacrés à la promotion de la paix et de la sécurité, des droits de la personne, de la démocratie et de l’éducation, ces stages pour jeunes seront dépossédés des fonds cruciaux à leur survie.
Parlant de l’intervention militaire du Canada en Afghanistan, le Premier ministre Harper a tenu à souligner que «les mesures militaires ne suffisent pas. L’avenir dépend tout autant de la contribution d’éducateurs, d’ingénieurs, de conseillers en élections.» L’éducation, disait M. Harper, est un des piliers de la politique de coopération internationale de son pays. Ayant reçu la forte approbation d’Abdou Diouf et de Jacques Chirac pour son allocution, le Premier ministre canadien marquait de manière favorable la première participation de son gouvernement au Sommet de la Francophonie qui cette année avait pour thème l’éducation et nouvelles technologies de l’information. Or le lundi 25 septembre dernier, le gouvernement Harper annonçait des réductions budgétaires de plus d’un milliard dans les dépenses de ses ministères. Des coupures qui dès l’an prochain nuiront à l’opportunité de la jeunesse canadienne de contribuer à la paix durable et le développement à l’étranger.
Dans cet assainissement financier se trouvait le programme de stages internationaux pour les jeunes qui coûtaient 10,2 millions $ par année. Par cette décision budgétaire, le gouvernement Harper vient d’éliminer la possibilité pour les jeunes Canadiens de trouver des stages rémunérés de travail dans leur domaine d’étude. Disparaîtra donc le programme JPI qui depuis 1997 a permis à 4100 jeunes Canadiens d’oeuvrer dans les secteurs des droits humains, de la démocratie, de la sécurité et du multilatéralisme. Le ministre des Finances a justifié cette décision en affirmant que les programmes coupés avaient été soit inefficaces, inutilisés, trop complexes ou encore qui n’entraient pas dans les priorités du gouvernement canadien. Sollicités à plusieurs reprises afin d’exprimer leur point de vue concernant l’apparente contradiction entre la volonté exprimée par le Premier ministre Harper lors du Sommet de la Francophonie et sa décision financière exprimée quelques jours auparavant, les représentants du gouvernement canadien ont choisi de ne pas commenter.
Des contributions difficiles à chiffrer
Action Mines Canada organise des stages qui contribuent à l’élimination des mines antipersonnelles en promouvant l’élaboration de ressources éducatives, la recherche et les communications. Elle sera une des nombreuses organisations affectées par l’abolition du JPI. Paul Hannon, son directeur général, croit que le gouvernement ne voit que les finances et non pas le véritable impact des actions menées par les jeunes stagiaires. «Ils jouent un rôle très important dans les pays où ils vont. Leur contribution principale est de montrer aux autres jeunes des pays visités qu’ils peuvent s’impliquer dans les problèmes sociaux et politique de manière non violente et démocratique», rappelle Paul Hannon. Les stagiaires reviennent des pays en détresse beaucoup plus motivés à transformer le monde vers le mieux. «Les gens qui participent à ces programmes seront de bien meilleurs citoyens canadiens, dit Paul Hannon. Ils ouvrent les yeux de leurs concitoyens par les efforts qu’ils mènent.»
Abolir ce programme serait un coup dur pour la vision à long terme du Canada concernant les affaires et la coopération internationales. «Je crois que c’est fixer le court terme et c’est très malheureux. Beaucoup de personnes très qualifiées voulaient profiter de ces opportunités», maintient John Sibbert, directeur de Project Ploughshares qui organise des stages comportant la promotion, des recherches et des analyses sur des questions comme la sécurité, le contrôle des armes, le désarmement et les conflits régionaux au Costa Rica, au Kenya, au Nigéria, en Afrique du Sud et en Thaïlande.
L’annonce lundi par le gouvernement Harper semble avoir pris tous les organismes impliqués par surprise. La Faculté de droit de l’Université McGill coordonne des stages consacrés aux questions juridiques dans les domaines comme les droits de la personne, le droit humanitaire dans le système de justice international. René Provost, professeur de droit responsable des stages se demande où l’université trouvera maintenant les fonds nécessaires pour remplacer le soutien du ministère des Affaires étrangères qui finançait le programme de JPI. «On a présenté les coupures comme si elles éliminaient des programmes inefficaces, ce qui est une représentation très partiale», soutient-il.
Dans un communiqué de presse, l’Association du Barreau canadien a manifesté certaines craintes concernant les effets causés par cette compression : «Ce programme de stages de jeunes professionnels permet à de jeunes juristes canadiens d’apporter une contribution unique à la protection internationale des droits de la personne et au développement juridique à l’étranger.» Le Canada perd ainsi une manne efficace pour contribuer à la paix et au développement. Par de tels programmes, le pays s’est bâti une présence et une réputation uniques dans les grandes organisations comme l’ONU, la Francophonie et la justice internationale. S’agirait maintenant de voir avec quoi le gouvernement Harper compte les remplacer.
Editeur : Association de la presse francophone
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