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Le 5 octobre 2006
Service de nouvelles de l'APF
Compressions budgétaires au fédéral
Les réactions affluent de part et d’autre
Danny Joncas
Depuis l’annonce de compressions budgétaires de l’ordre de plus d’un milliard de dollars par le gouvernement conservateur de Stephen Harper, le sujet est sur toutes les lèvres sur la scène politique nationale alors que divers organismes et individus représentant les intérêts des francophones au pays n’ont pas tardé à dénoncer le récent exercice de révision des programmes mené par le gouvernement.
On se souvient que le lundi 25 septembre dernier, le premier ministre Harper, en compagnie de Jim Flaherty, ministre des Finances, et de John Baird, président du Conseil du Trésor, ont annoncé que le fédéral allait sabrer dans les dépenses au cours de la prochaine année, et ce, malgré le fait qu’un surplus de 13,2 milliards de dollars ait été enregistré lors du dernier exercice financier. Évaluées à plus d’un milliard de dollars, ces compressions budgétaires comprennent notamment l’élimination du financement résiduel pour le différend commercial sur le bois d’œuvre, l’élimination de fonds non utilisés à Pêche et Océans Canada, l’élimination du programme de stages internationaux pour les jeunes et l’élimination du Programme de contestation judiciaire.
Au Canada français, c’est sans contredit cette dernière annonce, soit l’abolition du Programme de contestation judiciaire, qui a suscité les réactions les plus vives. Mais il n’en demeure pas moins que certains groupes ont dénoncé haut et fort les économies qu’entend réaliser le gouvernement fédéral aux dépens de services jugés essentiels à la population canadienne.
C’est le cas notamment de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui avoue s’inquiéter de la révision de programmes ayant trait à l’alphabétisation, aux musées, au bénévolat, à la condition féminine, à la santé, au développement social, aux jeunes de même qu’à la recherche en politiques publiques.
«Je vois mal comment messieurs Harper, Baird et Flaherty peuvent annoncer un surplus budgétaire de 13 milliards de dollars d’une part et justifier les coupures qu’ils annoncent d’une autre part. Encore une fois, ce sont les communautés francophones en milieu minoritaire qui sont laissées pour compte», commente la présidente de l’AFO, Mariette Carrier-Fraser, précisant que le gouvernement Harper semble vouloir modifier le tissu social du pays.
Du côté des Maritimes, la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick (SAANB) critique le gouvernement fédéral d’avoir pris de telles décisions sans même consulter les communautés concernées. «C’est une situation inadmissible, puisque le gouvernement a une obligation, soit de consulter les communautés sur toute question politique ou sur tout programme qui pourrait avoir un impact sur elles. C’est une atteinte grave à l’expression démocratique de la société civile et dangereuse pour le développement de nos communauté», a fait savoir la SAANB par voie de communiqué.
En ce qui a trait aux cinq millions de dollars en moins dont bénéficiera Condition féminine Canada, des membres de l’opposition craignent que le tout ne vienne ralentir le processus visant à permettre aux femmes d’obtenir l’équité salariale. «Les femmes ont lutté pour que la parité salariale soit au premier plan de la question de l’égalité au Canada. Les conservateurs ont accédé au pouvoir il y a à peine quelques mois et déjà, ils font preuve d’une attitude rétrograde en ce qui concerne ce droit fondamental», déclare Irene Mathyssen, députée néo-démocrate pour la circonscription de London-Fanshawe.
Enfin, les réductions se chiffrant à 17,7 millions de dollars sur une période de deux ans en ce qui concerne les programmes d’alphabétisation aux adultes qu’offrait Ressources humaines et Développement social Canada sont également très mal perçues à l’échelle du pays.
En fait, quelques jours seulement après que la Fédération des communautés francophones et acadiennes ait émis une mise en garde à l’effet que les compressions risquaient de mener à la fermeture de certains programmes et centres offrant des services en matière d’alphabétisation aux adultes, la question faisait l’objet d’échanges pour le moins intéressants à la Chambre des communes. La députée libérale de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine, Marlene Jennings, indiquait notamment que l’organisme Pluri-elles pourrait se voir dans l’obligation de fermer neuf centres d’alphabétisation dans des communautés rurales francophones du Manitoba. On juge aussi que d’autres organismes offrant des services d’alphabétisation auront à réduire leurs effectifs en Saskatchewan et au Yukon.
À la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), on abonde dans le même sens. «Investir dans les programmes d’apprentissage et d’alphabétisation des adultes contribue à la productivité générale de la main-d’œuvre canadienne. Quiconque ne possède pas les aptitudes de base et ne peut accéder à de la formation a peu de chances d’en venir à participer et à contribuer activement au monde du travail», estime Winston Carter, président de la FCE.
Editeur : Association de la presse francophone
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