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Le 23 juillet 2009
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La pr�sidente de la Soci�t� Nationale de l'Acadie, Fran�oise Enguehard. (Photo: APF/Danny Joncas)
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Congr�s mondial acadien Le peuple acadien, un peuple inclusif
Editeur : Association de la presse francophone
Note : L�expos� qui suit traite de l�identit� acadienne. Il s�agit en fait d�une allocution prononc�e par la pr�sidente de la Soci�t� Nationale de l�Acadie (SNA), Fran�oise Enguehard, plus t�t cette ann�e � Caraquet dans le cadre de la Conf�rence culture et identit�.
Demander � quelqu'un comme moi de r�fl�chir � l'identit� et de partager mes r�flexions sur le sujet n'est pas banal. Je suis n�e Fran�aise aux �les Saint-Pierre et Miquelon, donc pas en Europe, mais dans les Am�riques, d'origines tr�s diverses : Bretonne de par mon p�re, je suis Acadienne, Terre-Neuvienne irlandaise, Normande et Bourguignonne de par ma m�re. De plus, ayant quitt� mes �les � 16 ans pour m'installer � Terre-Neuve, m�re de deux Franco-Terre-Neuviens, je suis aussi Terre-Neuvienne et Canadienne, par choix cette fois. O� est donc mon identit�? Y a-t-il un aspect de cette mosa�que auquel je me rattache plus qu'aux autres? Et pourquoi donc?
Je suis aussi tr�s consciente du fait que de l'identit� au nationalisme il n'y a qu'un pas, un pas qui m�ne souvent au gouffre. J'y ai souvent r�fl�chi et des livres tels que � La puret� dangereuse � de Bernard-Henri L�vy ou � Les identit�s meurtri�res � d�Amin Maalouf m'ont mise en garde contre des nationalismes qui peuvent para�tre l�gitimes, mais qui m�nent tout droit � des d�bordements, � l'exclusion, puis aux conflits : de l'Allemagne de Hitler, � la guerre en Yougoslavie, jusqu'au nettoyage ethnique au Rwanda, notre histoire r�cente nous met en garde contre tout nationalisme aigu.
Cela dit, � l'autre extr�me, comment se fait-il que l'Acadie, pays sans fronti�res, reflet d'un peuple sans �tat, continue son chemin? A-t-elle une identit� surnaturelle qui lui permet de durer? De donner � son peuple cette citoyennet� de g�n�alogie plut�t que de g�ographie? De coeur plut�t que de passeport?
Et justement! Si l'Acadie avait un passeport, � qui, aujourd'hui, le donnerait-elle? Autrement dit, quels sont les crit�res qui donneraient droit � cette nationalit� acadienne?
Pour avancer dans ma r�flexion, je me suis tourn�e vers ceux qui ont r�fl�chi au probl�me avant moi et tout particuli�rement vers Ernest Renan, �crivain fran�ais du 19e si�cle � qui on doit une superbe � Vie de J�sus � et qui, en 1882, un an apr�s la premi�re Convention nationale des Acadiens � les deux �v�nements ne sont pas li�s � pronon�ait � la Sorbonne une conf�rence intitul�e � Qu'est-ce qu'une nation? �.
D'entr�e de jeu, il annon�ait : � Il y a dans la nationalit� un c�t� de sentiment : elle est �me et corps � la fois �.
L'�me serait les individus qui la forment et le corps la nation elle-m�me. Il est �vident que sans les Acadiens pour se r�clamer de l'Acadie, sans �mes pour animer cet �tat du c�ur, il n'y aurait point d'Acadie. Mais, pour que nous tous, ici et ailleurs dans le monde, nous nous disions Acadiens et Acadiennes, il faut bien que nous croyions � ce corps qu'est l'Acadie. Alors, comment le situer lorsque l'on n'a pas d'�tat?
Ernest Renan, toujours, ne pensait pas � l'Acadie lorsqu'il �num�rait ce que beaucoup croyaient alors � et croient encore aujourd'hui � �tre les d�terminants d'un peuple, mais il aurait pu.
Le territoire? Si oui, lequel d�limite l'Acadie? Celui d'avant la D�portation? D'apr�s? Celui des provinces atlantiques? Du Canada? De l'Am�rique? O� mettre des fronti�res � un �tat qui n'en a pas?
La religion? L'Acadie de la premi�re Convention nationale l'a fait avec succ�s en utilisant les symboles catholiques rassembleurs que l'on conna�t (15 ao�t, hymne national), mais � cette �poque la religion catholique, � tout le moins le christianisme, dominait l'espace des Am�riques? Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
La langue? Peut-�tre. Le d�sir farouche de garder le fran�ais vivant, de modeler cette langue � notre image, d'en faire un objet, autrefois de r�sistance et aujourd'hui d'�panouissement, nous r�unit. Quoique! Que faire de ceux qui se sont fait voler leur langue par la vie, l'assimilation forc�e, le manque d'�coles? Que faire des Cajuns de Louisiane? Des Gallant, Aucoin, LeBlanc et White de Terre-Neuve, de la Nouvelle-�cosse ou de l'�le-du-Prince-�douard qui ne parlent plus fran�ais, mais s'inscrivent courageusement aux cours de refrancisation pour tenter de retrouver ce que la vie leur a enlev� de force? Que faire de ceux qui vivent � nos c�t�s aujourd'hui, qui ne parlaient pas notre langue comme langue maternelle, mais qui l'ont apprise et qui l'utilisent tous les jours au point de la consid�rer comme la leur?
Le sang? Mais alors que faire des Finn? Des Thomas? Des McLaughlin? Des McGraw? Irlandais ou �cossais, fiers Acadiens de la premi�re heure et, dans certains cas, grands b�tisseurs et ambassadeurs de notre peuple? Que faire de ceux qui nous ont rejoint ces derni�res ann�es en provenance de la Francophonie internationale, qui ont fait avancer l'Acadie et continuent de le faire?
Clairement, le territoire, le sang, la religion, la langue � eux seuls ne d�terminent pas l'identit�, m�me si les nationalismes les plus extr�mes l'affirment; qu'on pense aux massacres perp�tr�s au nom de la race ou du sang, aux d�chirements religieux de l'Irlande.
Quelques autres aspects de l'identit�, fort importants, m�ritent aussi qu'on s'y attarde, et c'est Amin Maalouf, l'�crivain franco-libanais, qui nous les pr�sente :
D'abord, � L'identit� ne nous est pas donn�e une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence �. Si je suis n�e Fran�aise, ma construction identitaire est d'Am�rique; mon amour de la mer me rapproche davantage de mes racines bretonnes que de celles de mon grand-p�re Bourguignon attach� � la terre et aujourd'hui ma vie � Terre-Neuve-et-Labrador fait de moi une citoyenne de la r�gion atlantique.
Ensuite, � ce qui d�termine l'appartenance � un groupe donn�, c'est essentiellement l'influence d'autrui �. Ce qui fait, continue Maalouf, qu'on ne prend pas conscience de son identit�, mais qu'on l'acquiert pas � pas. Ma propre exp�rience est �loquente : si je me dis aujourd'hui Acadienne � part enti�re, c'est que dans mon enfance et ma jeunesse ma grand-m�re maternelle m'a parl� de l'Acadie et m'a inculqu� tr�s t�t l'admiration sans bornes qu'elle portait elle-m�me � ses racines ancr�es quelque part � Beaubassin. Ma grand-m�re m'a donn� deux cadeaux extraordinaires que j'essaie au mieux de faire fructifier : l'amour immod�r� de la langue fran�aise et celui de l'Acadie. Sans elle, ou si elle avait privil�gi� ses racines irlandaises, je chanterais peut-�tre des chansons folkloriques � la taverne de chez O' Reilly's � Saint-Jean et je boirais de la Guinness!
Mais s�il n'y a pas de d�terminants � l'identit�, et si celle-ci peut-�tre multiple et se b�tir au fil d'une vie, qu'est-ce qu'un peuple? Ernest Renan �crit :
� L'homme est tout dans la formation de cette chose sacr�e qu'on appelle un peuple. Rien de mat�riel n'y suffit. Une nation est un principe spirituel, r�sultant des complications profondes de l'histoire, une famille spirituelle, non un groupe d�termin� par la configuration du sol. �
Une famille spirituelle! Une fiert� commune! Tout s'�claire : voil� l'appartenance! Voil� comment il se fait que de toutes mes racines, l'Acadie soit si proche de mon c�ur. La fiert� de l'Acadie transmise par une grand-m�re descendante de Poirier, le d�rangement � le mien, voulu, dans mon d�part de Saint-Pierre et Miquelon vers le Canada; le Grand, pas du tout � , l'adaptation, l'inclusion, l'accueil, l'id�al de d�mocratie, l'ouverture sur le monde �vidente d�s le d�but de l'Acadie... voil� autant de notions qui correspondent � ma vision du monde, qui fait que j'adh�re au peuple acadien.
Mon engagement dans cette Acadie du coeur, la fonction que j'ai voulu occuper au sein de la SNA, mon travail personnel pour l'�ducation en fran�ais dans ma province, voil� ce qui fait de moi une citoyenne de cette grande Acadie, tout autant sinon plus que mes anc�tres arriv�s � Miquelon autour de 1763 sur la vague de fond du Grand D�rangement. Car m�me sans ce sang acadien, je me serais reconnue � comme beaucoup d'immigrants � dans ce peuple fier, debout, invaincu et aujourd'hui si dynamique.
Le secret de la long�vit� de l'Acadie et de son identit� si forte r�side � mon avis dans son universalit�. Son histoire parle de la dignit� de la personne, de son droit fondamental � vivre sans pers�cution, de son droit de choisir librement sa vie, d'acc�der au savoir et � une vie pleinement r�alis�e, du besoin de s'ouvrir aux autres pour y arriver, de la tol�rance qui doit animer notre existence pour que, ensemble, nous avancions.
Il s'agit l�, � mon sens, de l'atout majeur de l'Acadie, celui qui la rend attirante � tous ces gens venant des quatre coins du monde globalis� et multiple qui est le n�tre. Tant de gens pers�cut�s, souvent minoritaires, eux aussi, dans leur pays d'origine, arrivent en Acadie assoiff�s de justice et de libert�. S�ils se retrouvent dans � le principe spirituel de l'Acadie �, n'ayons pas peur de les accueillir, de les inviter � partager nos valeurs universelles et � ajouter leur pierre � l'�difice acadien.
Nous le faisons d'ailleurs aux quatre coins de notre Acadie. Certains des plus ardents b�n�voles de la communaut� franco-acadienne de la p�ninsule de Port-au-Port ne sont ni Cormier, ni Chiasson, ni Lecointre, ni Olivier. Pourtant, ils aident depuis des dizaines d'ann�es la minorit� franco-terre-neuvienne � prendre sa place. Jean L�ger, directeur g�n�ral de la F�d�ration acadienne de la Nouvelle-�cosse, a longtemps eu comme assistant un immigr� du Maghreb qui se disait Acadien.
Des exemples comme ceux-ci ne manquent pas. Ils prouvent tous les jours ce qui fait v�ritablement l'identit� :
� Avoir des gloires communes dans le pass�, une volont� commune dans le pr�sent; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voil� les conditions essentielles pour �tre un peuple �, conclut Ernest Renan et, je suis tent�e d'ajouter, voil� le secret de l'Acadie.
Et, s'il est vrai, comme le disait le philosophe chinois Lao Tse, que � Ce n'est pas la force qui fait le m�rite d'une nation, mais son intelligence �, l'Acadie est promise, aujourd'hui encore, � un brillant avenir.
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