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Le 26 février 2002

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Les francophones du pays n’ont jamais eu leur part de l’immigration


Ottawa (APF) : Les politiques du gouvernement fédéral en matière d’immigration n’en font pas assez pour contribuer au développement des communautés francophones au pays. Il est donc plus que temps pour Ottawa d’élaborer une stratégie visant le recrutement d’immigrants francophones.

Une première étude portant sur l’immigration et l’épanouissement des communautés de langue officielle au pays, réalisée par le Commissariat aux langues officielles, confirme que le gouvernement fédéral n’a jamais pris de mesures particulières pour recruter un plus grand nombre d’immigrants francophones à l’étranger.

Selon la Commissaire Dyane Adam, ce n’est rien de moins que la vitalité et l’épanouissement des communautés minoritaires qui est en jeu. «Si la population minoritaire francophone ne reçoit pas d’immigrants et qu’en plus son taux de natalité est faible, son poids démographique relatif va toujours diminuer. Sans mentionner le phénomène d’assimilation qui s’ajoute.»

Selon cette étude réalisée pour le compte du Commissariat par M. Jack Jedwab de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill, les francophones du pays n’ont tout simplement jamais eu leur part de l’immigration.

Les chiffres compilés dans l’étude sont éloquents à cet égard. De 1951 à 1996, le Canada a accueilli 1,4 million d’immigrants dont la langue maternelle était l’anglais, comparativement à 159 999 dont la langue maternelle était le français. Jusqu’en 1996, le Canada avait accueilli près de 5 millions d’immigrants. De ce nombre, 4,1 millions
(83 pour cent) avaient l’anglais pour première langue officielle parlée, seulement
337 000 (6,8 pour cent) le français comme langue première et 160 000 (3,2 pour cent) utilisaient à la fois le français et l’anglais.

Les immigrants francophones s’installent surtout au Québec. Cela s’explique d’autant plus qu’il existe une entente particulière entre Québec et Ottawa concernant la sélection des immigrants. De 76 pour cent qu’elle était entre 1961 et 1970, la part d’immigrants au Québec dont la langue maternelle était le français a d’ailleurs grimpé à 85 pour cent entre 1991 et 1996. Pas moins de 96 pour cent de tous les immigrants unilingues francophones habitent le Québec.

Situation difficile à l’extérieur du Québec

À l’extérieur du Québec, on constate que les immigrants francophones s’installent surtout dans les grands centres urbains comme Toronto, Ottawa et Vancouver plutôt que là où la population francophone est concentrée. Les immigrants francophones de Toronto et de Vancouver représentent même le quart de tous les francophones qui habitent dans ces centres urbains.

On compte davantage d’immigrants de langue française en Colombie-Britannique que de francophones qui y sont nés. La proportion d’immigrants francophones est même plus élevée (4 pour cent) que le pourcentage de francophones au pays qui habite cette province (1,5 pour cent).

Au Nouveau-Brunswick, c’est l’inverse. Il existe un écart important entre la proportion de francophones qui habitent cette province (3,5 pour cent) et le pourcentage d’immigrants de langue maternelle française (1,4 pour cent).

Sans surprise, l’Ontario est la province qui accueille le plus grand nombre d’immigrants de langue française après le Québec.

Les États-Unis exercent toutefois un plus grand attrait que le Canada chez les immigrants francophones. Entre 1991 et 1996, le Canada et le Québec ont attiré 33 980 immigrants provenant de la France, d’Haïti et de l’Afrique du Nord, comparativement à 182 029 chez nos voisins du Sud. Les Français étaient même deux fois plus nombreux à choisir les États-Unis (29 063) que le Canada (11 890).

Les immigrants francophones qui tentent l’aventure n’ont pas toujours accès à des services en français à l’extérieur du Québec. Selon un sondage effectué en 1997 dans la région de Toronto pour le compte des ministères de la Citoyenneté et de l’Immigration et du Patrimoine, une personne sur quatre a pu obtenir des services en français, le tiers n’a obtenu satisfaction qu’en partie et un peu moins du tiers n’a pu obtenir de services en français.

Les Africains francophones ont souvent de la difficulté à s’établir à Toronto à cause de leur capacité limitée de parler l’anglais, ou tout simplement à cause de l’absence de services en français. Ce sont surtout les services de santé en français qui étaient le plus en demande chez les immigrants francophones de Toronto.

Au Manitoba, aucun cours de français n’est offert aux immigrants et il existe «un sérieux manque de personnel bilingue» dans plusieurs bureaux fédéraux et provinciaux. Il existe aussi une pénurie de logements dans le quartier francophone de Saint-Boniface, près des écoles de langue française.

Faute d’obtenir des services en français, l’assimilation fait aussi des ravages chez les immigrants francophones. Après une période de dix ans, environ un immigrant francophone sur deux s’assimile à la majorité anglophone. D’autres préfèrent quitter les petites communautés francophones, qui ont pourtant été les premières à les accueillir. Les grands centres urbains hors Québec retiennent cependant plus facilement les immigrants francophones.

Les communautés francophones ne sont pas toujours accueillantes

Les communautés francophones n’ont à peu près rien fait pour aider les immigrants, craignant notamment que la diversité culturelle ne remette en question la notion des deux peuples fondateurs. Selon le rapport, les organismes francophones nationaux doivent trouver des façons de faciliter la participation des immigrants francophones dans leurs activités.

La Commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, estime que les communautés minoritaires doivent être prêtes «à accueillir cette différence ethnoculturelle». Elle constate qu’il y a du chemin à parcourir avant d’assister à une réelle volonté d’attirer et d’accueillir les immigrants. «Lorsqu’il n’y a pas de tradition, c’est difficile. C’est un terrain nouveau. Je dirais que c’est la communauté franco-ontarienne qui a le plus d’expérience, particulièrement à Toronto et un peu à Ottawa.»

Elle note que la communauté franco-manitobaine a pris des initiatives intéressantes à ce chapitre, notamment en participant aux efforts de recrutement du gouvernement provincial. Au Nouveau-Brunswick, la Société des Acadiens et des acadiennes a décidé de faire de l’immigration une priorité.

Même si les leaders de la francophonie canadienne ont fait preuve d’une plus grande ouverture d’esprit face à l’immigration et au multiculturalisme, les efforts pour intégrer les immigrants francophones sont jugés insuffisants par les premiers intéressés.

«Très souvent, les efforts faits pour intégrer les francophones ethnoculturels sont jugés insatisfaisants et beaucoup croient que les ressources ne sont pas bien réparties au sein de la communauté. Il ne faut donc pas de surprendre si les francophones ethnoculturels et ethnoraciaux sont souvent sceptiques devant les appels à l’unité de certains leaders francophones établis» lit-on dans le rapport.

Mais il reste encore à donner aux communautés les outils et les moyens d’accueillir les nouveaux arrivants. «Il n’y a pas de mesures spéciales prises pour outiller les communautés minoritaires pour accueillir ces immigrants. Souvent, ces immigrants ne sont même pas informés qu’il y a des communautés d’expression francophone dans leur province» constate Dyane Adam, qui invite le gouvernement fédéral à sensibiliser les immigrants à cette réalité.

La Commissaire Adam recommande la création dans les communautés francophones de centres de ressources, semblable aux Carrefours d’intégration du Québec. «Il y a une capacité d’accueil beaucoup plus importante, mais elle est insuffisante.» Le Commissariat aux langues officielles est justement en train de préparer une nouvelle étude, qui portera cette fois sur les mécanismes d’intégration et d’établissement dans les communautés francophones et acadiennes.

Dyane Adam souhaite enfin que le ministre responsable de la coordination des dossiers touchant les langues officielles, Stéphane Dion, fasse de l’immigration francophone une priorité à l’intérieur du plan d’action visant à renforcer les langues officielles, qu’il doit rendre public cette année. «Pour moi, l’immigration est incontournable».

Editeur : Association de la presse francophone


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