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Le 25 mars 2002

Service de nouvelles de l'APF

Ottawa a perdu le français sur la Toile.

Yves Lusignan

Ottawa (APF) : Le gouvernement fédéral n’est pas très pressé de donner sa juste place à la langue française dans Internet.

La Commissaire aux langues officielles, Dyane Adam, constate dans un nouveau rapport que le gouvernement n’a aucune «vision globale» ni «stratégie cohérente» pour accroître la présence des deux langues officielles dans Internet.

En outre, Ottawa n’a donné suite qu’à moins de la moitié des recommandations formulées par la Commissaire Adam dans une première étude traitant du français dans Internet publiée en 1999.

«L’appareil fédéral ne bouge pas aussi vite que la Commissaire le souhaiterait» constate avec amertume Mme Adam.

Le gouvernement fédéral a surtout multiplié les comités et les rencontres pour réfléchir à la question du français dans Internet, véritable dédale, au point où une chatte ne reconnaîtrait pas ses petits!

«Tous ces mécanismes ont permis le début d’une réflexion sur la problématique du français sur Internet mais il nous apparaît cependant, de façon générale, que ces comités ont produit peu de résultats concrets» lit-on dans le plus récent rapport de la Commissaire sur le français dans Internet.

Plus Ottawa réfléchit à la place du français dans Internet, plus le nombre de plaintes augmente! Le Commissariat aux langues officielles en avaient reçu 63 en 1999, 73 en 2000 et 102 en 2001. La moitié de ces plaintes portaient sur la qualité de la langue sur un site Internet du gouvernement fédéral, ou l’incompatibilité entre les versions française et anglaise.

Le rapport Adam reproche la vision trop limitée des organismes et ministères fédéraux «à cantonner la dualité linguistique à la traduction des contenus» et l’absence d’une vision globale transmise à tout l’appareil fédéral.

«Ce qui semble faire défaut, c’est un message clair et convaincant du gouvernement du Canada statuant que la dualité linguistique doit devenir un principe directeur de l’ensemble des initiatives fédérale sur Internet.» La Commissaire recommande, notamment au ministre de l’Industrie, de créer un Comité consultatif canadien des langues officielles dans Internet.

Le contenu en français dans Internet est à nouveau une source de préoccupation pour la Commissaire. Le gouvernement fédéral produit tellement de documents, souligne le rapport, qu’il pourrait à lui seul hausser la qualité et la quantité de contenus en français dans Internet. Ce n’est pas ce qui se produit.

Le volume global des traductions livrées par le Bureau de la traduction est à plus de 80 pour cent vers le français. Or, 27 pour cent des fonctionnaires fédéraux sont francophones. Autrement dit : les fonctionnaires francophones n’écrivent même pas en français. Le français n’est donc pas une langue de création à Ottawa, mais bien une langue de traduction. Même le Conseil du Trésor, dans ses politiques, ne souligne pas l’importance de produire une portion significative de documents en français. «Les documents sont pensés en anglais» déplore la Commissaire Adam.

Cela lui fait craindre le pire, au moment où le gouvernement fédéral se prépare à lancer en 2005 son projet de Gouvernement en direct, qui consistera à offrir aux Canadiens les principaux services gouvernementaux via Internet. «Peu d’efforts semblent dévolus à la conception de projets en français, langue première et non seulement langue de traduction.»

Mme Adam s’inquiète aussi du manque de traducteurs au pays, ce qui semble avoir des conséquences sur la qualité des textes qui apparaissent sur les sites gouvernementaux. Les besoins du marché sont de 1 000 traducteurs par année alors que les universités canadiennes n’en diplôment qu’à peine 300.

La Commissaire souhaite que le fédéral utilise son énorme pouvoir d’achat pour forcer l’industrie à produire des logiciels, des systèmes informatiques et manuels d’instruction dans les deux langues officielles. Ottawa dépense en effet plus de 3 milliards de dollars par année en équipement et logiciels informatiques.

Mme Adam veut enfin que le gouvernement rende accessible sans frais sur Internet, tous les outils linguistiques qui ont été développés à même les fonds publics, notamment la fameuse banque terminologique trilingue Termium. Ottawa a déjà rejeté une recommandation en ce sens formulée en 1999, sous prétexte que le produit ne susciterait pas beaucoup d’intérêt chez les citoyens s’il était offert gratuitement.

Editeur : Association de la presse francophone


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