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Le 3 octobre 2002

Service de nouvelles de l'APF

La Commissaire aux langues officielles commence à perdre patience à l’endroit d’Ottawa

Yves Lusignan



Ottawa (APF) : La Commissaire aux langues officielles invite le gouvernement fédéral a «accélérer la cadence» et à livrer la marchandise dans le domaine des langues officielles.

Dyane Adam, qui avait dénoncé vigoureusement le laxisme du fédéral il y a deux ans, constate dans son dernier rapport annuel que des progrès sont visibles cette année en ce qui concerne la dualité linguistique. Mais ces progrès sont encore trop lents à ses yeux.

Si «le train des langues officielles» a finalement quitté lentement la gare, Mme Adam attend toujours de connaître sa vitesse de croisière. «Trop souvent le décorticage des difficultés et l’analyse des solutions de rechange sont devenus un exercice en soi. On finit parfois par oublier que les clients attendent avec une impatience grandissante les améliorations qui s’imposent» écrit-elle dans son rapport au sujet des services linguistiques offerts à la clientèle par les institutions fédérales.

Elle en profite d’ailleurs pour écorcher aux passages les gestionnaires fédéraux. «Peut-on se targuer d’être un leader si on néglige un élément essentiel des services qu’on offre aux contribuables?»

Si la Commissaire insiste tant sur l’urgence d’agir au plus vite, si elle manifeste de plus en plus des signes d’impatience, c’est que le programme des langues officielles n’est pas un programme gouvernemental comme les autres. C’est, écrit-elle, «une entreprise collective essentielle au cœur même des valeurs canadiennes.»

Cette vision n’est manifestement pas partagée par le gouvernement canadien. Selon Dyane Adam, «les langues officielles sont encore souvent greffées artificiellement au fonctionnement de l’État.» Elle trouve par ailleurs «paradoxal» que le gouvernement exige le bilinguisme pour ses cadres, un objectif qui n’est toujours pas atteint, mais pas pour les sous-ministres et les sous-ministres délégués qui sont à la tête de l’administration fédérale. Elle ne comprend pas davantage pourquoi le gouvernement n’informe pas les nouveaux sous-ministres ou autres chefs d’agences de leurs responsabilités et des exigences en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Elle n’est pas davantage satisfaite de la situation en ce qui concerne la langue de travail des fonctionnaires fédéraux. «La fonction publique fédérale est toujours loin de constituer une organisation véritablement bilingue» écrit-elle dans son troisième rapport annuel depuis sa nomination en 1999. Elle rappelle que plus de 30 pour cent des gestionnaires fédéraux qui travaillent dans des régions bilingues ne remplissent toujours pas les critères linguistiques de leur poste.

Elle voit quand même «les signes d’un grand branle-bas» au sein du gouvernement, notamment avec le dévoilement prochain du plan du ministre Stéphane Dion, qui doit relancer la dualité linguistique au pays. Elle salue au passage le travail des parlementaires qui siègent au sein du comité mixte sur les langues officielles, qui «a pris fermement position dans plusieurs dossiers», notamment celui portant sur les services au public voyageur chez Air Canada. Mais elle a manifestement hâte que l’administration fédérale «se mette pleinement au diapason des citoyens» et que le gouvernement «livre la marchandise».

Au niveau municipal enfin, elle reproche au gouvernement ontarien d’avoir «esquivé» le débat sur le bilinguisme officiel à Ottawa, alors que le conseil municipal a adopté une politique de bilinguisme. Seul le gouvernement ontarien a le pouvoir de déclarer une ville officiellement bilingue et Mme Adam reproche au gouvernement d’avoir raté cette occasion lors de l’adoption de la loi créant la nouvelle ville d’Ottawa. «Il est grand temps que la dualité linguistique canadienne consacrée par la Constitution soit reflétée officiellement au palier municipal».

Mme Adam a reçu 1 222 plaintes provenant de citoyens en 2001-2002 et la majorité des 935 plaintes instruites concernaient les services au public offerts par les institutions fédérales (77 pour cent). Les autres plaintes portaient sur la langue de travail (12 pour cent) et les exigences linguistiques des postes (4 pour cent).

Ce sont les institutions fédérales qui ont davantage des rapports étroits avec le public qui font l’objet des principales plaintes. Air Canada arrive à nouveau en tête du palmarès avec 143 plaintes. Développement des ressources humaines, la Société canadienne des postes, l’Agence des douanes et du revenu et Statistique Canada suivent dans l’ordre. Curieusement, le ministère du Patrimoine occupe le 16ième rang à ce chapitre, avec 15 plaintes.

Les plaintes portant sur la langue de travail provenaient surtout de francophones et plus de la moitié traitaient d’incidents survenus dans la capitale nationale. Les plaintes portaient sur l’unilinguisme des outils informatiques, de la formation, d’outils de travail et de certains superviseurs.














Editeur : Association de la presse francophone


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