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Le 21 janvier 2005

L'Aurore boréale

La clémence a déserté leur quotidien

Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale

A
u cours des dernières semaines, des froids impitoyables ont forcé nombre de gens à changer leurs habitudes quotidiennes ou leurs plans de vacances : les avions sont restés au sol, les voitures ont souffert d’hypothermie et les hiboux se sont tus.

En ville, à Dawson ou à Whitehorse ou au cœur froid des villages, là où les voitures exhalent des nuages bleutés, la météo est devenue un sujet de conversation universel, un étrange point de ralliement, un dénominateur commun. Les gens se serrent les coudes, ont le poil des bras qui retrousse et des glaçons pendus aux moustaches; un instinct séculaire venu du temps où leurs ancêtres se vêtaient de fourrures et aiguisaient leurs canines sur des proies encore chaudes... leur dit
qu’ils sont vulnérables et qu’ils devraient rester chez eux.

Mais, deux écoles de pensée creusent un profond fossé dans la société yukonnaise lorsque les froids mordants et sans pardon prennent possession des jours de janvier.

Alors que certains veulent déménager et laisser derrière eux jusqu’aux plus petits souvenirs de frimas et d’engelures, d’autres se complaisent dans ce climat rigoureux et affirment même y trouver leur raison d’être.

« Pourquoi êtes-vous déménagés ici si vous n’aimiez pas le froid ? » questionnent-ils. « Vous saviez qu’il ferait froid, ce n’est pas si pire, frisquet tout au plus » ajoutent-ils avec forfanterie!

Ces tenants du froid, mordus du Pôle Nord, ces bien vêtus griffés de norditude, solides et fringants parlent de la température avec des mots tricotés d’extase. Une chaleur hors du commun tapisse leur voix lorsque le mercure est en chute libre. Ces jours sibériens où la fournaise de la terre semble avoir manqué de combustible les allume tout simplement, ravive la flamme sacrée de leur relation avec les territoires nordiques.

S’ils en ont le temps, il vous donneront un cours sur la façon de vous vêtir. Et, trouvant en vous un bon public, ils vous raconteront maintes aventures toutes plus polaires les unes que les autres. Ils vous abreuveront d’anecdotes qui se sont déroulées sur la route Dempster : « On ne voyait ni ciel ni terre et le thermomètre avait éclaté ! »

Dans le camp des douillets, des moumounes et des frileux, des asthmatiques ou des aînés, le discours est différent! D’un ton dégoûté, ils clameront avoir été trahis. La clémence a déserté leur quotidien et l’âpreté de la saison les poursuit sans pitié. Leur dernière porte de sortie réside dans les rêveries depuis que leur véhicule roule carré et que la pédale d’embrayage est gelée.

Aucun vêtement ne semble assez chaud pour les protéger contre ce vilain assaut de janvier…(Et le vent qui ne se mêle jamais de ses affaires ajoute à leur confusion en changeant les prédictions radiophoniques). Trop froid pour skier, trop froid pour marcher, trop froid pour patiner.

Alors que l’un craint d’attraper son coup de mort, un autre vous dira que ces températures ne sont pas nécessaires pour vivre l’expérience nordique!

L’essence de la norditude pour les douillets et les frileux se définit tout autant par les juillets lumineux que par les janviers tranchants! Mais dans ce camp récalcitrant on sait aussi que la froidure extrême fait souvent fondre la froideur qui caractérise les rapports sociaux! Tous les espoirs sont donc permis...






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