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Le 15 avril 2005

L'Aurore boréale

Un savoir inestimable pour qui veut larguer les amarres

Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale

Avez-vous parfois l’impression que la société entière vit dans la négation la plus totale du cours du temps? Comme si l’histoire n’avait jamais rien enseigné à personne! (Grandeur et décadence de l’empire romain, horreurs de l’Holocauste, sanglots d’Hiroshima...) Vous posez-vous ce genre de questions profondes? Êtes-vous assez vieux pour avoir peur? Avez-vous un aîné dans votre entourage, une personne qui a vu neiger et qui pourrait vous bercer lorsque la vie se fait pesante ? Une personne qui a le temps devant elle, une personne à la retraite !

Le Yukon, en raison de la rigueur du climat et de la dureté des saisons sur les vieux os, n’est sûrement pas un lieu privilégié pour prendre sa retraite. C’est plutôt le paradis du rhumatisme... Il n’y a pas beaucoup de vieux ici. Quelques maisons de retraite ou de repos suffisent à abriter ceux ou celles qui ont choisi de rester ou qui n’avaient pas le choix…

Il y a de cela pas si longtemps, les grands-parents demeuraient longtemps dans l’entourage immédiat de leurs enfants. La retraite et la vieillesse se vivaient en famille ! Les gens âgés étaient une source reconnue et appréciée de renseignements utiles... Les grand-mamans voyaient dans le fond des yeux des petits si la fièvre était maligne. Leur diagnostic se basait sur leur expérience (et des petits, elles en avaient eus!) et avait une valeur certaine. Leur opinion, leur savoir, leur vécu valaient leur pesant d’or.

Les grands-papas savaient jauger les saisons afin de bien s’y préparer. Et dans ce temps-là, les gens âgés portaient la signature des ans sur leur visage ridé sentant la pomme bien mûre.

Aujourd’hui, la vieillesse effraie. On l’évite, la nie, la camoufle, la ridiculise... La société s’abreuve de jeunesse et célèbre les jeunes éphèbes comme unique façon d’être. Le paraître supplante l’être… Ouste les vieux ! Cachez cette ride que je ne saurais voir ! Teignez cette chevelure qui trahit votre savoir !

La négation de la vieillesse a commencé de façon subtile au niveau du langage. Comme il vaut mieux faire envie que de faire pitié, on a lancé le mot vieillesse à la rivière, donné aux corbeaux le mont ancienneté et on les a remplacés par l’expression pimpante de l’âge d’or.

Mais rapidement, on s’est tanné de l’or. L’âge d’or faisait démodé, dépassé. Dans les coulisses des effrontés disaient même les croulants… C’est alors que les gens âgés ont été rebaptisés les aînés... Cela faisait plus sage, plus noble. Mais cela ne fait que cacher une triste situation… Les vieux avaient disparu de la circulation !

Paradoxalement, depuis quelques années, on parle beaucoup de mémoire corporative dans les entreprises, grandes ou petites. Les gens ont conscience que le passé de l’entreprise représente une somme de travail et d’expériences qui n’a pas de prix. Il est désolant que cette valeur si importante dans le milieu de travail, ne se retrouve pas en milieu sociétal.

Si le passé est un fleuve…les aînés et aînées sont ceux et celles qui en connaissent les remous et les humeurs... Un savoir inestimable pour qui veut larguer les amarres. Même au Yukon.



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