Le 10 juin 2005
L'Aurore boréale
L’immensité de la saison estivale envahit chaque heure
Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale
L
’immensité de la saisonestivale envahit chaque heure à l’approche du solstice...Sur le lac Little Salmon (qui n’a rien de petit, les intrépides qui ont navigué sur ses eaux peuvent en témoigner) ou sur le lac Summit (qui lui est si petit que les canoteurs du dimanche lui font confiance les yeux fermés) les huarts paradent avec leurs bébés gris et duveteux, un plaisir à observer. Leur chant mystérieux parle aux fibres les plus secrètes des gens d’ici ( peu importe l’origine du tissu social). Le chant du huart confirme l’appartenance au territoire et la majesté des lieux.
Soudain, tout est intense et rapide et lourd et léger... comme un premier rendez-vous amoureux, comme un adieu douloureux ou une arrivée inopinée, les heures déboulent de façon intempestive... L’été est arrivé!
Dans les fossés, les caribous observent ces phénomènes séculaires d’un oeil curieux, du jour au lendemain, ils doivent devenir prudents puisque la circulation a doublé sur la route de l’Alaska.
Dans ces même fossés cent trente plants de fraisiers sauvages qui porteront des fruits minuscules mais si savoureux à la Saint-Jean-Baptiste, se gorgent de rosée; vingt castors besogneux réinventent le monde et inondent des sentiers où personne ne va plus depuis longtemps. Les tendres copeaux de peupliers flottent à la dérive... tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : l’été est arrivé.
Un ciel si bleu que les myosotis en sont jaloux veille sur le tout. Un jeune faucon apprend à voler et trois corbeaux partent en cavale, tout simplement parce que la nuit ne s’est pas montré le bout du nez depuis des jours et des lustres.
À Whitehorse, la capitale yukonnaise ou à Dawson, la capitale estivale, à Haines Junction, la capitale de la beauté ou à Atlin, la capitale des arts, les touristes envahissent les rues et demandent des directions. Le territoire et ses paysages les médusent par leur splendeur et ils rêvent déjà de revenir.
Les festivals de musique s’enchaînent, les célébrations dans les parcs sous le soleil, les spectacles sous la tente ou en plein air, les musiciens ambulants, les baladins armés de guitares ou d’harmonicas sont au poste, la parenté est arrivée en même temps que l’été!
Les courses à bicyclette (emmenez-en des kilomètres), les courses en canot ou en kayak sur les eaux calmes ou tumultueuses du fleuve, les randonnées qui font naître les espoirs les plus fous et les ampoules les plus douloureuses peuplent le calendrier des mois prochains. Quelques jours sont réservés pour le jardinage ou le hamac... L’été est arrivé.
Soudain tout est intense et rapide, lourd et léger, comme une dernière salutation à la vigueur des jours... Avant le juste retour des choses, le grand dérangement saisonnier qui voit la nuit rallonger et la clarté s’écourter, l’espoir battre en retraite, le solstice, nous avons nommé!
Mais, ne nous affolons point, faisons plutôt comme la cigale de la fable et chantons jusqu’à l’étourdissement rien de moins! L’été est enfin arrivé...
Bon été à tous!
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