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Le 24 juin 2005

L'Aurore boréale

Devront-ils se borner à regarder passer le train?

Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale

Le récent jugement de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Chaoulli-Zeliotis devrait marquer le visage du régime de santé public du Québec et celui du pays entier.

M. Georges Zeliotis est un résident du Québec qui estime que les délais d’attente pour obtenir des soins médicaux dans le réseau public sont trop longs et qu’il devrait avoir le droit de payer de sa propre poche pour obtenir les soins que son état requiert. M. Jacques Chaoulli, médecin de profession, est pour sa part prêt à offrir des soins à domicile ou en clinique, mais il veut être rémunéré pour ce faire.

La cause s’est rendue jusqu’à la Cour suprême du Canada après que la Cour supérieure du Québec a jugé que l’émergence d’un système de santé privé parallèle mettrait en péril l’existence du régime de santé public québécois.

Plusieurs voient dans le jugement de la Cour suprême un rejet du principe d’universalité, ce frère jumeau de la compassion.

Assistons-nous, impuissants, à la naissance d’un régime hybride où des gens recevront de meilleurs soins parce qu’ils ont plus de sous que d’autres?

Dans le meilleur des mondes, personne ne serait malade. Tout le monde pèterait de santé, de la naissance au grand départ! Mais ce monde idéal n’existe pas encore. Pour l’instant, la santé n’est pas donnée à tous... Il faut donc un régime de santé efficace pouvant permettre aux pauvres hères autant qu’aux riches héritiers de se faire soigner quand ils en ont besoin; un système universel qui repose sur les épaules de tous et qui donne les mêmes droits à tous!

C’est un secret de polichinelle que le régime de santé canadien ne correspond pas à cette définition. La Commission Romanow ne s’est pas penchée sur l’avenir des soins de la santé pour rien! Les listes et files d’attente pour les soins de santé existent à la grandeur du pays et sont le cauchemar des usagers.

Le jugement de la Cour suprême condamne cette situation, mais cette condamnation entraîne l’acceptation implicite de la privatisation des services. Si la solution est l’ouverture de cliniques privées... Tant pis ou tant mieux, selon que l’on soit d’accord ou non avec la décision des plus hauts magistrats du pays.

Dans l’éventualité où des assurances privées épauleraient parallèlement le système d’assurance-maladie public, il faut se demander qui pourra se permettre de telles assurances? Elles ne seront pas données.

C’est un peu comme voyager dans une diligence tirée par des chevaux épuisés et sous-alimentés. Plutôt que de tenter d’améliorer la situation en prenant le temps de nourrir et de bichonner les animaux, on offre un transfert super coûteux pour le train. Mais la majorité des voyageurs, les fesses serrées sur la banquette, ne peuvent se payer ces billets... Devront-ils se borner à regarder passer le train parce que leur diligence ne les conduit nulle part?

Parce que la vie n’est pas juste, certaines personnes ont de plus grands besoins que d’autres; quand on sait comment fonctionnent les compagnies d’assurances, on peut présumer que les gens âgés seront les premiers pénalisés, suivis des malades chroniques et de ceux ou celles sur qui la fée santé ne s’est pas penchée quand ils ont été conçus!

Tout le monde sait que le système de santé est en crise, et les gouvernements font des efforts un peu partout dans le pays pour l’améliorer.

Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir dit le dicton... Nous avons un régime de santé qui n’est pas parfait, mais nous en avons un. Travaillons à le réformer et à le bonifier plutôt que de laisser aux bons soins du profit la responsabilité de notre mieux-être collectif.



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