Le 9 septembre 2005
L'Aurore boréale
Autant en emporte le vent
Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale
La Nouvelle-Orléans, giflée par des vents meurtriers, noyée dans ses sanglots ne sera jamais plus la même.
Ceux ou celles qui rêvaient d’aller écouter du jazz débridé dans ces lieux romantiques et surannés ont manqué le bateau... la Louisiane et toute la société américaine font face à une longue convalescence.
Des scènes pitoyables faisant fi de la dignité humaine, des rassemblements dignes des heures les plus noires du Moyen Age se sont produits à la Nouvelle-Orléans, mais ce n’était pas le Mardi gras.
Le passage de l’ouragan Katrina la grande a tristement touché le creuset américain (melting-pot), le laissant nauséabond. Des cadavres abandonnés, des bébés au regard terrifié, des pauvres gens principalement noirs ont dérivé vers l’actualité.
Les images ont révélé cette dure facette de la société américaine : la pauvreté américaine est noire. Trente mille personnes ont vécu l’horreur dans des lieux de plaisir et autres centres de convention transformés en refuges; ces endroits sont devenus des enfers dantesques.
Comment expliquer que des milliers de gens soient restés sans eau ni nourriture pendant près d’une semaine et que certains n’aient pas encore été secourus?
Les autorités louisianaises se défendent : « Nous leur avons dit de partir! » Mais comment partir sans voiture? Comment quitter l’hôpital? L’État n’a pas évacué les hôpitaux. On vient de retrouver trente cadavres dans un foyer pour personnes âgées! Ce sont principalement ceux qui en avaient les moyens qui sont partis.
Les critiques à l’endroit de la Maison blanche, qui porte si bien son nom, sont nombreuses. Les accusations pleuvent. Un rappeur américain a déclaré abruptement lors d’une émission pour amasser des dons que Georges Bush n’aime pas les noirs.
Pourtant, au lendemain du 11 septembre, l’administration américaine était censée revoir sa réponse aux situations d’urgence sur son sol en créant un Département de la sécurité intérieure. La réponse de FEMA, l’agence fédérale pour les situations d’urgence, a été lente et inefficace.
On dit que les secours ont été difficiles à organiser en raison de l’anarchie qui règne. En effet, dans un retournement de situation bizarre, certains sinistrés ont choisi ce moment pour se révolter. Les échanges de coups de feu, le pillage, les attaques des équipes d’aide ont grandement ralenti les opérations de secours. On a dû faire appel à la garde nationale, des soldats fraîchement rentrés d’Irak, n’ayant pas peur de la gachette, pour pacifier les lieux…Craignait-on que Katrina ait de la parenté terrorriste?
Mère nature n’a pas été tendre, mais tout le monde savait qu’elle se préparait à frapper. L’effort de guerre américain a sûrement joué contre le renforcement des digues qu’on savait inadéquates contre des ouragans de cette ampleur. Quarante pour cent des effectifs de la garde nationale du Mississipi et de la Louisiane sont en Irak… cela ralentit les secours quand ses propres enfants, ceux qui ont de la force dans les bras et du cœur au ventre sont partis combattre ailleurs…
Ce n’est peut-être pas la tempête qui est véritablement la cause de tous les problèmes. L’anarchie et le chaos sont les enfants du désespoir… et le désespoir américain prend les armes facilement surtout lorsque les armes à feu, fusils et revolvers sont en vente libre dans chaque quincaillerie de la ville.
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