Le 7 octobre 2005
L'Aurore boréale
La culture franco-yukonnaise est l’enfant de l’automne
Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale
L’automne enfante cent vingt moments magiques au creux d’un espace qui n’est jamais le même : la saison s’est déjà manifestée aussi tôt qu’au tendre milieu de juillet : mauvaise nouvelle dans les jardins et sur le sommet des montagnes.
D’autres fois, l’automne n’a jamais fait son apparition, évincé par un hiver orgueilleux et précoce. Les petits lacs et les rivières au cours tranquille ont gelé en 24 heures, assaillis par un froid qui ne pardonne pas.
Les feuilles sont restées accrochées aux arbres, vertes de surprise, déconfites et stupéfiées. Mais, l’automne a rarement tardé autant que cette année… Il est finalement arrivé, tout en douceur et tout en couleurs. Piquant d’arbustes rougissants, d’églantiers lourds de fruits couleur de feu, de pensées robustes que la gelée ne peut blesser et si tragique de beauté languissante.
Point de presse, point de danger ni de grands vents. L’indolence dort au coin des feux de broussailles. Les cigales légères en profitent. Elles se moquent des fourmis qui ont déjà sorti leur tricot, des écureuils qui emmagasinent les champignons et des mésanges qui ménagent leurs graines, les cachant dans les fissures de l’écorce des arbres pour les temps blancs redoutés et redoutables.
Les Yukonnais, les Yukonnaises, ces bons vivants, ces belles vivantes, qui savourent la chance de vivre en ce pays, reconnaissent pour leur part l’urgence des nuits plus fraîches. Ils ressentent la pression de la neige qui couronne les montagnes de plus en plus lourdement.
C’est en automne qu’ils réalisent pleinement qu’ils possèdent une culture qui leur est propre. La culture franco-yukonnaise est l’enfant de l’automne.
C’est en automne que des jeunes mères se rassemblent pour cuisiner ensemble et préparer des petits plats pour les semaines à venir. Leurs bébés, assis sur des couvertures, ouvrent grand les yeux et les oreilles, attentifs aux odeurs et aux rires qui sortent des casseroles!
D’autres compères décident de faire leur bois ensemble! Il y a le bois à couper, le bois à fendre, le bois à corder, le bois à admirer, le bois à prendre!
L’appel de la forêt se fait lancinant pour plusieurs qui partent en octobre à la chasse à l’orignal ou au caribou ou au petit gibier. Leur instinct s’éveille, puissant, et ne tolère pas de retard ou d’excuse. Le travail attendra : la chasse est une quête sacrée, un rituel qui ne souffre pas d’absentéisme ou de retard.
Mais, ce que peu de gens savent, c’est que le chasseur et la chasseuse cultivent aussi les rêveries éveillées, les retours en arrière et les incursions audacieuses dans l’avenir. Ils hument l’odeur des sous-bois, s’arrêtent pour admirer des lichens en faisant semblant de chercher les traces d’un orignal en mal d’amour.
Une autre délaissera le sentier pour découvrir une talle de petits fruits; la chasse peut attendre, il faut cueillir ces fruits et faire des confitures.
Et en automne, il y a tous ces rassemblements qui s’annoncent, réunions et assemblées, pour décider encore et toujours du cours des événements, prendre des décisions collectives avant d’assister au gala et de s’amuser!
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