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Le 4 novembre 2005

L'Aurore boréale

Au revoir belle Rosa

Par : Cécile Girard
Editeur : L'Aurore boréale

Rosa Lee Parks se doutait-elle, en ce 1er décembre morose de 1955, dans cet autobus bondé sentant la sueur, que son refus de céder sa place à un homme blanc allait avoir des répercussions historiques?

Assise, les épaules bien droites, le regard fier, ne laissant pas transparaître la peur des représailles, Rosa Parks entrait dans l’histoire comme une seule femme... Le savait-elle, quand ce policier a brutalement saisi son bras pour la forcer à le suivre, que son entêtement à demeurer assise marquait le début d’une longue série de luttes pour la reconnaissance des droits civiques de la communauté noire vivant en Amérique?

Certains ont dit qu’elle était tout simplement fatiguée : ce serait la raison pour laquelle elle a refusé de bouger, mais sa fatigue n’était pas que physique.

Rosa Parks portait dans son cœur le poids des fleurs de coton ramassées par ses ancêtres, elle était endeuillée de quelques milliers de frères pendus aux arbres par des fous haineux portant chapeaux pointus. Rosa connaissait l’histoire de son peuple et elle voulait en changer le cours...

La jeune femme a payé un lourd tribut : elle a dû déménager d’état en raison des menaces qui pleuvaient contre elle et sa famille. Elle a été jugée coupable et a été condamnée à payer une amende d’une dizaine de dollars.

Et des milliers de noirs américains ont décidé, menés par un jeune pasteur, Martin Luther King, qu’ils en avaient assez eux aussi de devoir s’asseoir à l’arrière. Ils ont cessé de prendre l’autobus. Après 382 jours de boycott, la communauté noire a obtenu un traitement équitable dans les autobus : le 13 novembre 1956, les lois ségrégationnistes ont été jugées illégales par la Cour suprême des États-Unis.

Et Rosa a continué à participer aux nombreuses marches de protestation qui ont jalonné les années 1960, ironiquement appelées les années de paix et d’amour. L’amour n’est pas une valeur sociétale... En ces temps fleuris, l’humiliation et le mépris constituaient encore des denrées quotidiennes pour les noirs de nombreux états américains.

En 1999, le président Bill Clinton lui a remis la médaille du congrès américain, la plus haute distinction décernée par le gouvernement américain.

Rosa Parks est décédée le 25 octobre dernier à l’âge de 92 ans.

Rosa, belle Rosa, qui sommeille maintenant dans la blancheur ouaté des nuages, tu n’auras jamais plus à justifier ta couleur, à convaincre ton voisin à la peau blanche que la valeur d’un être humain transcende sa couleur, sa grandeur, sa pesanteur voire son odeur!

Les temps ont changé et continuent de changer belle Rosa à la peau si noire et au sourire si blanc. Avant de partir, tu as pu voir les tourments causés par une méchante tempête en Louisiane… Et devant les bulletins télévisés qui présentaient les gens de ta race comme des pilleurs et les blancs comme des victimes, tu as hoché la tête et une puissante colère a agité tes entrailles!

Mais, repose en paix, belle guerrière armée de patience et de détermination, d’autres ont repris le flambeau un peu partout dans le monde.

Au Canada, on déménage tout un village du nord de l’Ontario parce que l’eau y est contaminée depuis des années. Cette triste histoire est sur la scène nationale canadienne et fait elle aussi boule de neige. L’accès à l’eau pure et à des conditions de vie sanitaires fait-il enfin partie des droits de la personne? Une histoire à suivre...



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