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Le 28 avril 2006

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Les indemnisations pour les autochtones ayant fréquenté les écoles résidentielles sur le point d’être versées

Par : Thierry Haddad
Editeur : L'Aurore boréale

Ils sont 86,00 a avoir fréquenté les pensionnats à travers le Canada. Premières nations, Inuits et Métis de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique, en passant par les trois territoires du Nord, ils suivent tous de très près le dossier des pensionnats. Seize mille d’entre eux soutenus par l’Assemblée des Premières nations et de nombreux avocats, ont porté plainte contre le gouvernement fédéral duquel ils exigent le versement de réparations pour mauvais traitements, génocide culturel mais aussi pour abus sexuel.

En 1847, il est convenu que les écoles seront gérées en partenariat entre le gouvernement et les Églises. C’est à partir de 1892 qu’un accord ferme a été signé confirmant que l’enseignement dans ces écoles serait de nature religieuse

L’accord prévoit que les écoles auront pour mission d’ « aider » les enfants autochtones en leur inculquant une éducation chrétienne et des valeurs blanches, et leur faisant adopter l’anglais, des valeurs et un mode de vie occidental afin qu’ils s’intègrent dans la jeune société canadienne. Il s’agissait d’un programme de civilisation et d’évangélisation des enfants autochtones considérés comme des sauvages. Dans ces écoles, 40 pour cent des religieux n’avaient pas d’expérience dans le milieu de l’éducation. De nombreux témoignages sont venus effacer les doutes et confirmer que nombre d’enfants y ont subi des sévices sexuels.

Qui est responsable de ces abus? Qui doit payer? Le gouvernement fédéral, les Églises chrétiennes concernées (catholique, anglicane, Église Unie et presbytérienne?

C’est sur cette question, que la Cour d’appel de la Colombie-Britannique s’est penchée en 2003. En effet, elle a considéré que « le fédéral était entièrement responsable des actes commis dans les pensionnats ». Elle ajoute également que « les associations à but non lucratif ne peuvent pas être responsables des actions de leurs employés. » Insatisfait, le gouvernement porte l’affaire devant la Cour suprême qui, en octobre 2005, partage les responsabilités. Elle évalue à 75 pour cent la responsabilité du gouvernement et à 25 pour cent, celle des églises.

Phil Fontaine, originaire du Manitoba et lui-même ancien élève des pensionnats, est aujourd’hui chef de l’Assemblée des Premières nations. Il se dit satisfait de la décision rendue par la Cour. Il estime cependant que « le fédéral est entièrement responsable et que c’est à Ottawa de négocier avec l’Église Unie. L’Église a été mandatée par la couronne pour gérer ces écoles. C’est bien le gouvernement fédéral qui a financé les écoles; il est donc responsable de leur supervision et responsable des actes de ceux qui y abusaient de l’innocence d’enfants. »

Dès novembre 2005, un accord d’entente est signé entre le gouvernement libéral de Paul Martin, les Églises chrétiennes concernées et les associations autochtones. Cet accord prévoit le versement anticipé de 8 000 dollars aux aînés de 65 ans et plus, ainsi qu’aux malades. Cependant, les événements ont pris une autre tournure en raison des élections de janvier dernier. En effet, la transition voulue par les Canadiens fait que le gouvernement conservateur de Stephen Harper veut prendre le temps d’étudier les conditions de l’accord. De nombreux avocats et représentants de victimes accusent les conservateurs de vouloir retarder la date de versement afin d’alléger la facture. Alvin Dixon, originaire de la Colombie-Britannique, responsable d’une association d’anciens élèves, dénonce les intentions des conservateurs. Il estime que « depuis 1998, quelque 4000 anciens pensionnaires meurent chaque année. C’est ce paramètre qui semble orienter la politique d’indemnisation du gouvernement Harper. Retarder la date de déblocage des fonds afin d’alléger la facture. »

Le dossier prend du retard, et les anciens pensionnaires disparaissent tous les jours sans obtenir réparation.
L’attente du déblocage des fonds a motivé plusieurs actions individuelles afin de sensibiliser l’opinion publique, mais également afin de montrer que les plaignants ne baissent pas les bras. Trois survivantes d’un pensionnat ont décidé d’entamer une marche entre Kelowna, dans le sud de la Colombie-Britannique et… Ottawa, soient près de 6200 kilomètres. Les trois grand-mères se sont promises de les parcourir afin de montrer leur détermination.

Coup de théâtre le 19 avril dernier, lors d’une conférence de presse, alors que Stephen Harper confirme que le cabinet fédéral est prêt à commencer le processus de versements des réparations aux victimes et que Service Canada serait apte à entamer le transfert des indemnités lorsque l’une des parties aura définitivement approuvé l’accord. Le fédéral semble prêt aujourd’hui à débloquer la somme de 1 milliard 425 millions de dollars exigéepar l’accord. Les dirigeants de l’Assemblée des Premières nations prennent la nouvelle avec joie. Qui dénonce-t-il? Les Églises chrétiennes concernées à qui il reproche de ne pas prendre ses responsabilités? En acceptant les termes de l’accord, Stephen Harper reconnaît la responsabilité du gouvernement. Il assume les erreurs commises dans le passé et tout semble sur la bonne voie pour que des excuses officielles soient présentées aux victimes.

En plus des réparations financières, les autochtones revendiquent également le droit d’obtenir des excuses venant du premier ministre lui-même et non pas du ministre des Affaires indiennes. En effet, les dernières excuses aux autochtones ont été présentées en 1998 par Jane Stewart, ministre des Affaires indiennes de l’époque.

Les Canadiens d’origine japonaise et ukrainienne ont eux aussi subi des mauvais traitements sur le sol canadien, l’État les considérant à l’époque comme une menace pour la nation. Le 17 avril 1982, la Charte des droits et libertés reconnaît « les droits et libertés de tous les citoyens canadiens. » Les autochtones ne sont-ils pas des citoyens canadiens? N’est-il pas de leur droit d’exiger des réparations et des excuses officielles?

Qu’est ce qui explique cette différence de traitement?



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