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Le 12 mai 2006

L'Aurore boréale

Au revoir Jean-François

Cécile Girard

L
e décès tragique de Jean-François Pagé a touché un nombre impressionnant de gens. Le jeune homme de 28 ans a trouvé la mort dans la forêt près de Ross River alors qu’il faisait de l’exploration pour une compagnie minière.

L’horreur et la violence lui ont tendu un mauvais piège en plein milieu d’un jour gris d’avril. Pendant une minute fatidique et fulgurante, le ciel s’est voilé de chagrin et les oiseaux ont détourné leur regard.

Le départ précipité de ce coureur des bois au cœur d’or, de ce jeune homme qui avait devant lui encore tant de sentiers à parcourir, de rivièves à explorer et de gens à rencontrer a bouleversé le territoire.

Le Yukon est si petit et tout le monde connaît tout le monde! Devant ce malheur, la communauté prend les allures d’une grande famille éparpillée et resserre ses rangs, elle a perdu un enfant.

En creusant un peu, chacun et chacune peut sesouvenir de Jean-François.

Il faisait partie de la communauté, il était un frère de route, un copain de norditude, un ami saisonnier. Il avait l’âge d’un frère ou d’un fils, il était un fils et un oncle. Plusieurs l’avaient tout simplement croisé un jour dans la rue ou au Centre de la francophonie où il avait travaillé quelques mois.

En répondant lui aussi à l’appel du grand Nord, le jeune homme au regard bleu était devenu un Yukonnais. Il avait embrassé un style de vie simple, était tombé amoureux de ces lieux sans frontières.

Jean-François vivait au bout du monde dans une petite cabane sur le chemin du lac Fish, entourée de montagnes majestueuses, de ciels turquoises assaillis par des batailles de nuages moutonneux.

Son style de vie confirmait celui de tant d’autres arrivés avant lui et celui de bien d’autres qui viendront après. La communauté yukonnaise gagne tant de nouveaux membres au printemps. Ils ont tous leur place bien particulière sous le soleil. Chaque quête est unique et enrichit le territoire et ses gens.

Mais Jean-François n’était pas anonyme. Cet homme incarnait la jeunesse et la vitalité. Le Yukon a toujours attiré des gens épris de liberté, de beauté et de simplicité. Et ce beau coureur des bois, aux cheveux tressés, aura touché la vie et le cœur d’un grand nombre de personnes.

Ses nombreux amis yukonnais se rappeleront que la forêt demeure un endroit dangereux à ce temps-ci de l’année. La Nature est imprévisible et certains emplois comportent davantage de dangers que d’autres.

Mais curieusement, lors de la soirée du 6 mai au Centre de la francophonie, de grands sourires ont éclairé les visages baignés de larmes.

Cette fête communautaire, cette dernière veillée de musique, de chansons, de beaux souvenirs et de réminiscences était réconfortante et à l’image du jeune homme.

Il faut vivre pleinement au jour le jour, être heureux dans ce qu’on fait, sourire aux gens, aimer ses amis et savourer la liberté à chaque instant.

C’est le bel héritage que Jean-François Pagé laisse en terre yukonnaise.


Editeur : L'Aurore boréale

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