L'Aurore boréale



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Le 23 juin 2006

L'Aurore boréale

En attendant que les tomates mûrissent

Cécile Girard

Et puis ils vinrent enfin, ces jours tant attendus qui se faisaient désirer depuis les calendes de mars! Ils déboulèrent des montagnes; translucides, accrochés aux pattes des libellules turquoises; diaphanes, étendus sur les ailes des papillons monarques. Les jours lumineux de juin dédaignent l’obscurité et font naître les rêveries les plus folles. De longues heures incandescentes et moelleuses se succèdent à la queue leu leu comme une armée de fourmis sur le sable brûlant, une enfilade de promesses enchantées.

La lumière omniprésente fait son œuvre : le cycle de la lassitude noire et mauvaise est brisé! Les Yukonnais et les Yukonnaises font provision de beau temps, emmagasinent les sourires, mettent de la joie en banque. Une époque de grâce surprend l’homme le plus blasé, la femme la plus mélancolique; personne ne peut échapper à la splendeur de la saison. Des secondes vêtues de cotonnade fleuries, des minutes en maillot de bain, des heures paresseuses en sandales légères font la farniente sous des sorbiers odorants. Le temps suspend son vol au-dessus des collines et des buttes rocheuses près du lac Laberge. Les plages endormies s’animent soudain, les monstres marins de vinyle et les matelas soufflés se préparent pour de nouvelles aventures. Une odeur de cuisson sur feu de bois circule en ville ou s’échappe des terrains de camping, des arrière-cours ou des balcons de Riverdale. Des bottes de randonnée retrouvent leur souplesse, elles chausseront bientôt les pieds des randonneurs en quête d’air frais et de paysages époustouflants!

L’école est finie, les enfants sont heureux; ivres de liberté, ils courent à droite et à gauche coiffés de petits chapeaux ou de casquettes protectrices.

Été de mille merveilles où les petits humains en vacances se chamaillent dans des hamacs colorés, les paupières entrouvertes pour ne pas manquer une minute de ce temps magique, le rire aux aguets constants au fond de la gorge.

Saison incroyablement belle qui ravive les esprits et fait oublier les ennuis et les tracas en multipliant les douceurs.

C’est le temps de ne rien faire, le temps de paresser en toute connaissance de cause, en attendant que les tomates mûrissent, que la visite arrive de l’Est ou du Sud, que la vie suive son cours, tranquille et douce.

Que la femme enceinte se mette la bedaine au soleil, que le grand-papa prenne sa marche de santé tous les jours, que les adolescents oublient leur acné, l’été est fugitif... il prend souvent des allures de clin d’œil! Mais un émoi touchant illumine le regard des résidents du Nord dont les principales inquiétudes sont ancrées dans le déroulement des saisons : « Ah! Qu’il fait beau, Ah! que nous sommes chanceux! » répètent-ils béatement, comme un nouveau mantra.

Et sur les bords verdoyants du lac Snafu, les orchidées dressent leurs petites têtes bleues ou roses pendant que les parulines et autres merveilles ailées sont en quête de nouvelles amours. Un aigle pêcheur majestueusement installé sur son nid observe les kayaks, les canots ou autres esquifs qui naviguent sur le lac de ses ancêtres. Demain, il enseignera à ses aiglons l’art de planer, mais aujourd’hui il choisit de se reposer... C’est le temps de ne rien faire, le temps de paresser en toute connaissance de cause!


Editeur : L'Aurore boréale

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