Le 22 septembre 2006
L'Aurore boréale
La misère s’abreuve de misère
cécile Girard
Il y a quatre ans, une Yukonnaise devenait une victime, une biche aux abois dans sa propre demeure. Cette femme n’avait jamais vu Marcellus Jacob (connu sous le nom de Marcel) un homme qui est venu l’assaillir chez elle au beau milieu de la nuit.
Après avoir forcé sa porte, le couteau au poing, il lui a fait subir les pires sévices pendant plus de cinq heures. La brutalité, la violence et le sadisme se sont ligués contre cette innocente pour mettre son cœur en charpie. Elle a survécu certes…mais elle vit maintenant emprisonnée derrière de noirs souvenirs.
Marcel Jacob a été condamné à sept ans d’emprisonnement et il a maintenant purgé les deux tiers de sa peine. Il sera remis en liberté à la fin du mois d’octobre.
Cette décision sera prise par la Commission nationale des libérations conditionnelles.
Sur le site du ministère de la Justice, on apprend que « La Commission nationale des libérations conditionnelles, en tant que partie intégrante du système de justice pénale, prend en toute indépendance des décisions judicieuses sur la mise en liberté sous condition et sur la réhabilitation, et formule des recommandations en matière de clémence. Elle contribue à la protection de la société en favorisant la réintégration en temps opportun des délinquants comme citoyens respectueux des lois. La Commission croit que la meilleure façon d’amener les délinquants à devenir d’honnêtes citoyens est de leur accorder des mises en liberté au moment opportun, de les surveiller pendant qu’ils sont en liberté, et de bien administrer les peines. »
Dans le meilleur des mondes, chaque homme et chaque femme auraient eu une enfance paisible, des parents aimants et des conditions socio-économiques favorables. Mais, ce n’est pas le cas.
Marcel Jacob est un bon exemple de celui qui n’a pas eu cette chance. Il a connu l’enfer dans sa jeunesse, il a été agressé trop souvent et personne ne l’a bordé au lit. Les services sociaux, la famille et la communauté n’ont pu aider l’enfant malmené qu’il était. Quelle profonde tristesse! Quel échec!
Mais la violence se nourrit de violence et la misère s’abreuve de misère. Ce cycle est maintenant bien connu. Où l’infâme tourbillon s’arrête-t-il? Dans le cas qui nous occupe, l’assaillant est gravement perturbé. Il est maintenant étiqueté comme un délinquant à risque élevé. Il n’est pas le premier et ne sera pas le dernier à porter ce triste titre.
La société yukonnaise ne possède pas les structures et les ressources pour encadrer cet homme. Les possédera-t-elle dans trois ans lorsqu’il aura purgé sa peine entière? La société possède-t-elle les ressources pour assurer la protection des victimes potentielles?
D’autres femmes auront-elles à payer de leur vie pour les lacunes de services et les carences sociales? Le Yukon magnifique perd de son lustre au chapitre des problèmes sociaux… Une pétition a circulé afin que Marcel Jacob ne puisse revenir au Yukon et qu’il soit remis en liberté conditionnelle ailleurs.
Mais est-ce la solution? Ne faut-il pas plutôt aider cet homme en l’empêchant de récidiver, en le sauvant de lui-même? Une chose demeure toutefois claire comme de l’eau de roche : personne ne devrait avoir à vivre avec un délinquant à haut risque dans son entourage. Ce n’est sain pour personne.
Editeur : L'Aurore boréale
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