L'Aurore boréale



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Le 3 novembre 2006

L'Aurore boréale

Plus d’un petit oiseau frissonne, car il a neigé sur les toits…

Cécile Girard

Petit à petit, l’hiver fait son nid au nord du nord. La jeunesse du jour se confond avec sa vieillesse dans le mystère nébuleux du soleil qui refuse d’ouvrir les yeux!

La conséquence la plus tragique en est qu’il devient difficile de se lever dans le petit matin noir. Si noir… que mille négations assombrissent l’aurore; si noir que vingt taches d’encre enlaidissent l’aube; si noir que cent grains de poussière de charbon se déposent sur les rêves; si noir que deux matous ténébreux n’ont pas retrouvé leur chemin jusqu’à la maison. Si noir que l’on voudrait prétendre que la nuit n’est pas finie (elle a été si courte!) et roupiller à satiété dans la matinée grasse… qui se révèle émaciée en hiver! Si noire que même la neige ne peut éclairer le paysage d’ébène.

Lentement mais sûrement, l’hiver s’installe. Le gel pénètre le sol un peu plus profondément à chaque nuit qui passe. Il attaque le cours des rivières et l’immobilise sous une couche de glace lancinante. Seuls les coyotes sans peur et sans reproche ou tout simplement ignorants osent s’y aventurer tant la saison est jeune. Leurs traces sillonnent les berges et la dentelle de leur passage effrai les lièvres et les écureils. Les ours gavés de canneberges ont reconnu le signal ancestral et après quelques longs baillements, se sont endormis dans leur cache. Les mésanges alertes continuent de piailler; l’hiver peut venir, elles ont fait amples provisions de graines et savent où les retrouver.

Mais avant d’être consacré seigneur, l’hiver doit encore faire ses preuves. La radio et la télé deviennent ses vassaux, ses messagers souvent de malheur! Les images de tempête et de carambolage qui s’abattent sur le pays suivent invariablement les prévisions météorologiques. Avant de s’aventurer sur les routes, avant de venir faire les emplettes à Whitehorse, la capitale clinquante et lointaine, les gens des communautés réfléchissent. Les routes sont glissantes, les courbes traîtresses, les fossés dangereux; devraient-ils rester chez eux au coin du feu ou se balader simplement sur Internet à l’abri des intempéries ? Qui sait… Un baladin en panne viendra peut-être frapper à leur porte et réclamer le gîte en échange de nouvelles rocambolesques de la grande ville! Un ménestrel en peine réchauffera peut-être leur soirée avec des chansons gaillardes!

L’hiver s’incrustre et la gent yukonnaise choisit de s’accrocher et de persévérer. Car… dans un nuage de fumée de cheminée de bois, dans la nébulosité causée par les voitures, perce une raison de croire. Cette raison porte des skis, chausse des patins ou est installée dans un traîneau à chiens. Ah! L’hiver pour les mordus du plein air est une saison féérique. Ils raffolent de leurs joues rouges, de leurs mains gelées, ils ont le regard brillant, ils sont excités et inscrivent à l’horaire les courses de ski de fond et autres événements enivrants!

Pour les mordus de lecture ou de cinéma, l’hiver est un havre de paix. Les soirées sont si longues et il y a tant à voir ou à lire! D’histoires aussi à raconter aux tout-petits, de berceuses à chanter aux bébés fatigués dans l’obscurité apaisante.

L’hiver est là pour rester!


Editeur : L'Aurore boréale

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