Le 19 janvier 2007
L'Aurore boréale
Frontière magique et rêvasseries hivernales
Cécile Girard
Quand on demande aux gens ce qui les a attirés au Yukon, les réponses sont nombreuses et le mois de janvier ne ressort jamais! Le style de vie vient souvent en premier. Le territoire représente une frontière magique où tous les rêves sont permis; des plus excentriques aux plus simples. L’incroyable beauté des lieux transforme ceux et celles qui s’y établissent. Ce sont souvent les lunes bleues rêvassant au-dessus des glaciers figés dans leur solennité qui captivent les habitants du territoire.
Une tranche imposante de la population yukonnaise a choisi le mode de vie rurale. En existe-t-il d’autres? La vie dans les agglomérations et petits villages vaut son pesant d’or. Dawson, l’hiver, devient un microcosme doré! Le rythme de vie s’y adoucit, maintenant que les touristes sont partis! L’isolement est un cadeau précieux, une situation choisie entre toutes. Demandez aux six personnes vivant à Keno!
Dans le fond des forêts et sur les berges des rivières, la neige adoucit tous les obstacles. Les trappeurs et trappeuses affrontent quotidiennement cette blancheur lourde et douce qui les piègent. Est-ce que la saison sera bonne? Ils le sauront quand ils sortiront du bois en quête de chandelles.
Les gens vivant à Robinson, près du lac Annie ou près du lac Marsh estiment, pour leur part, profiter du meilleur des deux mondes. La proximité de la grande ville (nous parlons ici de Whitehorse), donne accès à de nombreux services. La plupart des habitants de ces hameaux, circonscriptions ou territoires sans nom travaillent en ville. Ils sont fonctionnaires ou œuvrent dans les secteur privé ou communautaire. Tous les matins, ils font une quarantaine, une cinquantaine ou davantage de kilomètres pour aller gagner leur vie. La voiture roule souvent carré; après avoir dormi sur quatre pneus à des températures frigides, les roues n’ont pas beaucoup d’enthousiasme.
Ils fondent leur famille sur ces terres isolées qui prennent bientôt l’allure de petits paradis. L’entraide entre voisins, la patinoire à déblayer pour la partie de hockey, les soirées familiales au centre communautaire, les chiens à atteler. Tout y est! Et la famille grandit et le rythme de vie accélère. On inscrit les petits à des cours de violon ou de danse ou ils veulent visiter les copains de la ville. Bientôt, les soirées se passent sur la route, les samedis à tenter de concilier toutes les obligations. Et le petit paradis prend des allures cauchemardesques parce que le temps manque. Le temps fuit, il disparaît sur la route de l’Alaska, poursuivi par des milliers d’heures de conduite
Ces familles relocalisées en ville conservent toutefois leurs racines profondes et leur goût de simplicité. Les jeunes seront fiers de dire qu’ils sont nés dans un territoire sans nom. Ils vous raconteront leurs enfance au bout du monde dans cette petite maison si chaleureuse où il fallait sauvegarder chaque goutte d’eau. « L’eau courante? On l’avait en courant la chercher au ruisseau! ». Ces jeunes auront du temps dans leurs poches… ce qui a manqué à leurs parents.
Et pour d’autres le rêve yukonnais en est un de sagesse. Rock, un apprenant franco-yukonnais, déclare pour sa part que le Yukon lui a permis de kidnapper les opportunités!
Puisse la nouvelle année vous être douce quelles que soient les raisons qui vous ont emmenés ici.
Editeur : L'Aurore boréale
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